PORT-AU-PRINCE, vendredi 22 août 2025 (RHINEWS) – L’ancienne directrice générale du Service national de gestion des résidus solides (SNGRS), Magalie Habitant, a confirmé vendredi à la militante des droits humains Marie Yolène Gilles que son état de santé se détériore en prison. Lors d’une visite effectuée par la dirigeante de la Fondasyon Je Klere (FJKL), Mme Habitant a déclaré avoir subi un accident vasculaire cérébral. « J’ai fait un AVC », a-t-elle confié, précisant que les conséquences sont visibles sur sa mobilité : elle boitille et éprouve de grandes difficultés à se déplacer, sa jambe droite étant partiellement paralysée et sujette à des fourmillements qu’elle associe à l’AVC.
Marie Yolène Gilles, qui a elle-même observé ces signes physiques, a confirmé à RHINEWS que la démarche de l’ancienne responsable publique était altérée. Toutefois, elle a précisé qu’elle n’est pas médecin et qu’elle ne peut attester des autres symptômes décrits par Mme Habitant, hormis ceux visibles tels que le boitillement et la mobilité réduite. L’activiste a indiqué avoir alerté sur la nécessité d’un suivi médical adapté, rappelant que l’accès aux soins en détention demeure un problème majeur dans le pays.
Lors de cette même visite, Marie Yolène Gilles a également rencontré Marie Rosemila Saint-Vil Petit-Frère, ex-mairesse de l’Arcahaie, incarcérée récemment dans le cadre de poursuites judiciaires pour blanchiment et fausses déclarations de patrimoine. Selon Gilles, Mme Saint-Vil présente « des signes de grande fatigue » et lui a confié souffrir de maux de tête chroniques, aggravés par plusieurs interventions chirurgicales passées. « Elle m’a parlé de crises récurrentes et de douleurs persistantes », a rapporté la militante.
En revanche, toujours selon les informations recueillies par la dirigeante de la FJKL, l’ancien député Prophane Victor et l’ex-directeur de la Caisse d’assistance sociale (CAS), Eliinor Dévallon, détenus dans le même centre que Magalie Habitant et Rosemila Saint-Vil, se portent relativement bien. « Ils ne présentent pas de signes visibles de maladie et bénéficient de conditions de détention nettement meilleures que celles observées au pénitencier national », a précisé Gilles.
Magalie Habitant est accusée d’entretenir des liens étroits avec l’organisation terroriste Viv Ansanm, responsable d’attaques dévastatrices ayant frappé la région métropolitaine de Port-au-Prince. Cette organisation criminelle a détruit des prisons, des écoles, des universités, des bibliothèques, des lieux de culte, des installations policières, des pharmacies et des infrastructures hospitalières. Selon diverses sources fiables, plus de 40 % des infrastructures hospitalières de la capitale restent inopérantes à cause de ces attaques, qui ont également entraîné le déplacement forcé d’environ 1,3 million de personnes et le viol de plusieurs centaines de femmes et de filles, en plus des destructions massives de biens publics et privés.
Ces informations, rapportées par plusieurs témoins et sources concordantes, ravivent les inquiétudes sur l’ampleur de la crise humanitaire et sécuritaire qui secoue Haïti. Les actes attribués à Viv Ansanm mettent en évidence une violence systémique et un climat de terreur qui fragilisent davantage les institutions et privent des milliers de personnes de services de base, notamment en matière de santé, d’éducation et de sécurité publique.
Un vaste dossier judiciaire met au jour une collusion organisée entre plusieurs figures politiques haïtiennes et les réseaux armés les plus violents du pays. Selon des informations confirmées, Magalie Habitant, ancienne directrice du SNGRS, l’ex-député Prophane Victor et Eliinor Devallon, directeur de la Caisse d’assistance sociale, sont accusés d’avoir soutenu activement la coalition criminelle « Viv Ansanm » dirigée par Jimmy « Barbecue » Chérizier. Le dossier inclut conversations WhatsApp, relevés téléphoniques et bancaires, saisies de biens et témoignages démontrant un soutien structuré entre sphères politiques et chefs de gangs.
Magalie Habitant, arrêtée le 9 janvier 2025 à Thomassin, a reconnu avoir été en contact avec plusieurs chefs de gangs, dont Chérizier, Kempès Sanon, Izo et Chen Mechan. Les enquêteurs ont trouvé sur son téléphone une note vocale transmise à Prophane Victor relayant une demande de Sanon : « Kòm se batay nap batay, fòk nou jwenn 20 kès bal, kès la 3500 sa fè 70,000 dola… » Victor, arrêté le 12 janvier à Vivy Mitchell, a admis cet échange tout en invoquant des menaces d’autres groupes armés. Chez lui, la police a saisi véhicules, passeports, documents d’identité et des chèques, dont l’un de plus de 2 millions de gourdes émis par son entreprise CELISE, soupçonnée de couvrir ces opérations.
Les investigations montrent également que Devallon, arrêté le 30 janvier à Turgeau, agissait comme levier administratif pour injecter des fonds publics aux gangs. Dans un échange avec Habitant, il promettait 350 000 gourdes au profit de Barbecue. Des messages retrouvés révèlent aussi l’émission d’un chèque de 4 millions de gourdes au nom d’une station de radio et d’autres paiements suspects vers des médias, sans justification. Les données téléphoniques relient les appareils de Habitant, Victor et Devallon à des numéros de chefs de gang, de collaborateurs et même de personnalités judiciaires, confirmant l’ampleur du réseau.
Selon les enquêteurs, la coalition « Viv Ansanm » est impliquée dans au moins dix assassinats ciblés de policiers et de nombreux civils entre 2024 et 2025. Magalie Habitant est citée dans des notes de renseignement comme commanditaire indirecte d’enlèvements et d’attaques armées, dont le kidnapping des religieux de Malpasse en 2021 et l’attaque contre un convoi diplomatique chilien en 2019. Des communications détaillent des discussions sur l’achat d’armes, de véhicules, et le financement de l’ascension d’un inspecteur général de la PNH, dans une stratégie présumée de prise de contrôle institutionnelle.
Ces révélations surviennent alors que « Viv Ansanm » et ses alliés multiplient les massacres en Haïti. Entre octobre et décembre 2024, au moins 115 personnes ont été tuées à Pont-Sondé et 207 à Cité Soleil, selon l’ONU. Les gangs ont incendié des hôpitaux, des stations de radio et des écoles, causant le déplacement de plus d’un million de personnes. La gravité des faits et l’implication de responsables publics illustrent, selon des sources judiciaires, « un pacte souterrain structuré » entre élites politiques et réseaux criminels, aggravant la crise sécuritaire et humanitaire du pays.

