L’IGGEP lance une série de conférences sur l’intelligence artificielle en Haïti

Post image

Jacmel, dimanche 9 août 2026 (RHINEWS)– Près de 500 personnes se sont inscrites à une conférence consacrée à l’intelligence artificielle, organisée par l’Institut de Gestion, de Gouvernance et d’Études Politiques (IGGEP). Animée par l’entrepreneur et éducateur haïtien Mike Bellot, cette rencontre marque le lancement d’une série d’activités sur l’IA sous la direction du Dr Roland Joseph.

Le 8 août 2026, l’IGGEP a lancé cette série avec une première conférence autour du thème : « L’intelligence artificielle au service de la réussite universitaire et professionnelle : opportunités, bonnes pratiques et enjeux éthiques ».

Cette initiative vise à ouvrir et à approfondir en Haïti la réflexion sur les transformations liées à l’IA, notamment dans l’éducation, la recherche, le monde professionnel et la gouvernance.

La conférence a suscité un vif intérêt auprès du public, particulièrement chez les jeunes. Étudiants, professeurs d’université, enseignants, professionnels et représentants d’institutions publiques ont pris part à cette réflexion sur les possibilités offertes par l’IA, mais aussi sur les défis et les responsabilités qui accompagnent son utilisation.

Utiliser l’IA sans lui confier notre travail

Mike Bellot, entrepreneur et éducateur haïtien, fondateur de Kaw Academy et actuellement étudiant en éducation à Harvard University, a présenté une approche concrète et responsable de l’utilisation de l’IA dans les études, la recherche et le monde professionnel.

Il a notamment distingué trois façons d’utiliser l’IA : comme sous-traitant, comme assistant ou comme partenaire de réflexion. Dans le premier cas, l’utilisateur lui confie pratiquement tout son travail et se contente du résultat, une approche que Bellot déconseille. Comme assistant, l’IA aide plutôt l’utilisateur à améliorer un travail qu’il réalise lui-même. Enfin, comme partenaire de réflexion, elle peut l’aider à confronter ses idées, approfondir son raisonnement et tester sa compréhension.

Pour Bellot, l’objectif est de garder la maîtrise de son travail intellectuel tout en profitant des possibilités offertes par ces nouveaux outils.

Il a également insisté sur l’importance de savoir communiquer efficacement avec les systèmes d’intelligence artificielle : « Ceux qui savent poser les bonnes questions avancent plus vite », a-t-il déclaré.

Dans cette perspective, il a encouragé les jeunes à s’intéresser au prompt engineering, c’est-à-dire à développer leur capacité à formuler des instructions précises et pertinentes afin d’obtenir de meilleurs résultats.

Pour Bellot, avoir accès à ChatGPT ou à d’autres outils ne suffit pas : il faut apprendre à les utiliser avec méthode, à évaluer leurs réponses et, surtout, à conserver son jugement critique.

L’IA à l’université : accompagner plutôt qu’interdire

Une partie importante des échanges a porté sur l’utilisation de l’intelligence artificielle par les étudiants. Mike Bellot a expliqué que, selon son expérience, les universités américaines, notamment Harvard, ne se contentent pas d’aborder l’IA sous l’angle de l’interdiction. Des institutions développent également leurs propres outils et cadres d’utilisation.

Pour lui, il serait difficile et contre-productif de vouloir simplement interdire aux jeunes d’utiliser l’intelligence artificielle. L’enjeu est plutôt de les encadrer, de les former et de leur apprendre à l’utiliser correctement et de manière éthique.

Bellot a pris son propre parcours universitaire comme exemple. Il a expliqué qu’un étudiant peut utiliser l’IA à plusieurs étapes de son travail : pour mieux formuler une question de recherche ou un prompt, préparer et comprendre des lectures, structurer un devoir, organiser des références ou des paragraphes, ou encore effectuer des révisions actives.

L’IA peut également jouer le rôle d’un lecteur critique. L’étudiant peut lui demander d’identifier les faiblesses d’un raisonnement, de lui poser des questions sur ce qu’il vient d’étudier ou de l’aider à vérifier s’il maîtrise réellement un sujet. Dans cette perspective, l’IA ne remplace pas l’étudiant : elle l’oblige au contraire à réfléchir davantage.

Selon Mike Bellot, bien utilisée, l’intelligence artificielle ne rend donc pas nécessairement l’étudiant moins intelligent. Elle peut au contraire contribuer à renforcer ses capacités, à condition qu’il demeure maître de son travail et de sa réflexion.

Un outil pour transformer également le monde professionnel

L’intelligence artificielle ne concerne pas seulement les étudiants. Mike Bellot a insisté sur les transformations qu’elle entraîne déjà dans le monde professionnel.

Dans l’institution qu’il dirige, a-t-il expliqué, il encourage ses collaborateurs à utiliser l’intelligence artificielle. Certaines tâches, comme la préparation et la mise en forme de rapports, peuvent ainsi être réalisées beaucoup plus rapidement. Un travail qui pouvait autrefois nécessiter plusieurs jours peut, dans certains cas, être préparé en quelques heures, tout en maintenant des exigences de qualité.

Il a également évoqué des usages très concrets pour les chercheurs d’emploi. En 2026, estime-t-il, les professionnels disposent désormais d’outils leur permettant de mieux structurer et présenter leur CV. L’intelligence artificielle peut aussi aider une personne à préparer un entretien d’embauche, à anticiper certaines questions et à mieux présenter son expérience professionnelle.

Pour Bellot, la disparition ou la transformation de certains emplois sous l’effet de l’IA est une réalité à prendre au sérieux, mais elle ne doit pas conduire à la peur ou au rejet de la technologie. Les individus et les institutions doivent plutôt apprendre à s’adapter, se former et développer de nouvelles compétences.

Données, confidentialité et IA institutionnelle

La conférence a également abordé une question essentielle : celle des données. Mike Bellot a attiré l’attention des participants sur les informations qu’ils transmettent aux plateformes d’intelligence artificielle et sur la nécessité de réfléchir à leur confidentialité et à leur utilisation.

Il a expliqué que certaines organisations développent ou utilisent des environnements d’intelligence artificielle adaptés à leurs propres besoins et à leurs données. Il estime que les institutions publiques et privées haïtiennes devraient elles aussi commencer à réfléchir sérieusement à cette question, notamment lorsqu’elles travaillent avec des informations sensibles ou stratégiques.

Bellot a également souligné que les possibilités actuelles de l’intelligence artificielle sont encore loin d’être pleinement exploitées. Selon lui, nous n’avons pas encore exploré une grande partie de ce que ces technologies permettront de faire à mesure que leur capacité à traiter et à exploiter les données continuera de progresser.

De la conférence à un groupe de travail sur l’IA et la gouvernance

Pour le Dr Roland Joseph, qui dirige cette série de conférences au sein du Programme de science politique et de relations internationales de l’IGGEP, l’objectif dépasse l’organisation d’une activité ponctuelle. La forte participation à cette première rencontre sur l’IA révèle notamment le besoin de créer davantage d’espaces de formation et de réflexion sur ces nouvelles technologies en Haïti.

Dans cette perspective, Roland Joseph travaille actuellement à la création, au sein de l’IGGEP, d’un Groupe de travail sur l’intelligence artificielle, la gouvernance, et la paix. Ce groupe devrait permettre de poursuivre la réflexion sur les implications de l’IA pour l’éducation, la recherche, l’administration publique, la gouvernance et le développement professionnel.

À travers cette initiative et les prochaines conférences prévues sur le sujet, l’IGGEP souhaite contribuer à faire de l’intelligence artificielle un véritable sujet de réflexion, de formation et de débat en Haïti. Dans un contexte où ces technologies transforment rapidement l’éducation, la recherche, le marché du travail et le fonctionnement des institutions, il devient essentiel que les universités haïtiennes, les pouvoirs publics, le secteur privé et la jeunesse puissent mieux comprendre les possibilités qu’elles offrent, mais aussi leurs limites et leurs enjeux éthiques.

Pour le Dr Roland Joseph, l’un des initiateurs de ce projet sur l’intelligence artificielle à l’IGGEP, l’enjeu n’est ni de craindre l’IA ni de l’adopter sans discernement, mais de préparer les étudiants, les professionnels et les institutions à s’adapter aux transformations qu’elle entraîne. Les prochaines conférences ainsi que la création du Groupe de travail sur l’intelligence artificielle, la gouvernance et la paix s’inscriront dans cette démarche : créer un espace de réflexion, de formation et d’échange autour d’une utilisation responsable, critique et efficace de l’IA en Haïti.