WASHINGTON, jeudi 30 juillet 2026 (RHINEWS)-Plusieurs organisations de défense des droits des migrants ont lancé ces dernières semaines des mises en garde contre une intensification des opérations de l’Agence américaine de l’immigration et des douanes (ICE), affirmant que l’augmentation des arrestations s’accompagne d’une surpopulation croissante dans les centres de rétention et les installations temporaires utilisées pour accueillir les personnes interpellées.
Selon ces organisations, l’accélération des opérations d’immigration intervient dans un contexte marqué par un renforcement des moyens financiers alloués à l’ICE par le Congrès et par la fin de certaines protections migratoires, notamment le Statut de protection temporaire (TPS) pour les ressortissants de plusieurs pays, dont Haïti. Elles estiment que le nombre de personnes placées en détention dépasse désormais régulièrement les capacités prévues de nombreuses installations.
Les inquiétudes sont particulièrement vives dans le sud de la Floride, où les associations rapportent une intensification des contrôles dans les secteurs de Miami-Dade et de Homestead. La décision de la Cour suprême des États-Unis autorisant l’administration à mettre en œuvre la fin du TPS pour des centaines de milliers d’Haïtiens pendant que les procédures judiciaires se poursuivent a suscité une vive inquiétude au sein de la communauté haïtienne, selon plusieurs organisations de défense des droits humains.
Dans la région de la baie de San Francisco, des réseaux d’assistance juridique affirment également observer une augmentation des arrestations dans les aéroports, conduisant plusieurs organismes à recommander aux personnes en situation migratoire précaire de consulter un avocat avant tout déplacement aérien, qu’il soit national ou international. D’autres associations, notamment dans l’État de New York, en Louisiane et dans l’Ohio, disent constater une hausse des interpellations lors d’opérations menées directement dans les communautés.
Les organisations dénoncent surtout les conditions de détention dans certains centres de traitement temporaire. À New York, des documents internes obtenus par plusieurs médias montrent que les salles de rétention situées au 26 Federal Plaza, conçues pour accueillir des personnes pendant quelques heures seulement, ont parfois été utilisées durant plusieurs jours en raison du manque de places disponibles ailleurs. Les documents font état de personnes contraintes de dormir sur des bancs ou à même le sol, sans lits ni douches, ainsi que d’un accès limité aux soins médicaux.
Des préoccupations similaires ont été exprimées concernant le bureau de l’ICE à Miramar, en Floride. Lors d’une conférence de presse organisée début juillet, des responsables associatifs ont affirmé que l’installation fonctionnait désormais comme un centre de détention improvisé, alors qu’elle avait été conçue comme un simple bureau administratif.
« Aujourd’hui, des personnes sont entassées, dormant sur des sols en béton avec un accès limité à la nourriture, à l’eau et à l’hygiène, dans des conditions qui portent atteinte à la dignité humaine », a déclaré Jacqueline López, directrice exécutive de Working Women USA et membre fondatrice du Miramar Circle of Protection.
Le lendemain, la représentante démocrate de Floride Debbie Wasserman Schultz, après une visite inopinée des lieux, a indiqué que ce qu’elle avait observé corroborait les allégations de surpopulation et de manque d’intimité formulées par les associations.
Les défenseurs des migrants s’inquiètent également de l’élargissement des opérations menées dans les aéroports. Selon eux, des personnes en situation irrégulière ou dont le statut migratoire est en cours d’examen auraient été interpellées lors de contrôles liés aux déplacements aériens, bien que les autorités fédérales ne détaillent pas publiquement leurs méthodes opérationnelles.
Par ailleurs, plusieurs organisations, dont le Vera Institute of Justice et le Transactional Records Access Clearinghouse (TRAC), soutiennent qu’une proportion importante des personnes actuellement détenues ne possède pas de condamnation pénale. Elles affirment que certaines opérations conduisent également à l’arrestation de proches ou d’autres personnes présentes sur les lieux lors des interventions ciblées.
Les associations reprochent enfin à l’ICE un manque de transparence concernant l’utilisation de certaines installations de détention temporaires ou de prisons locales mobilisées pour absorber l’augmentation du nombre de personnes arrêtées.
De leur côté, l’ICE et le Département de la sécurité intérieure (DHS) rejettent les accusations de traitements inhumains. Les autorités fédérales affirment que leurs opérations visent uniquement à faire appliquer les lois sur l’immigration et que la gestion des capacités de détention s’adapte aux besoins opérationnels. Elles soutiennent également que les conditions de détention respectent les normes fédérales applicables.
Le gouvernement américain a par ailleurs continué de promouvoir son programme de « départ volontaire », présenté comme une alternative à la détention et à l’expulsion forcée. Ce dispositif prévoit notamment une aide financière et la prise en charge du transport pour les personnes sans statut légal qui acceptent de quitter volontairement le territoire américain, selon le Département de la sécurité intérieure.

