GEORGETOWN, (Guyana), vendredi 2 octobre 2026 (RHINEWS)– Les États de la Caraïbe sont appelés à mutualiser leurs compétences techniques limitées afin d’assurer une supervision durable de la sécurité aérienne dans la région, ont souligné jeudi des responsables et experts réunis à Georgetown, en Guyana.
Plus de 70 représentants, dont des ministres chargés du transport aérien et de l’aviation civile, des directeurs généraux d’autorités de l’aviation civile, des responsables gouvernementaux, des institutions régionales, des partenaires internationaux et de développement ainsi que des représentants de l’industrie aéronautique, ont participé à un symposium de haut niveau consacré à la sécurité aérienne dans la Caraïbe.
La rencontre d’une journée, organisée par le Secrétariat de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), en collaboration avec l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), s’est tenue à l’Arthur Chung Convention Centre, sous l’égide du gouvernement du Guyana et de la Guyana Civil Aviation Authority.
Les participants ont travaillé autour du thème : « Renforcer la sécurité aérienne dans la Caraïbe : coopération régionale, supervision résiliente et développement durable des capacités ».
Les échanges ont notamment porté sur la nécessité de renforcer le Caribbean Aviation Safety and Security Oversight System (CASSOS), institution de la CARICOM créée pour aider les États membres à respecter les normes internationales dans un secteur où les petites administrations disposent souvent de ressources humaines, techniques et financières limitées.
Les participants ont examiné le projet de feuille de route et de matrice d’action du CASSOS à l’horizon 2035. Le document doit notamment aborder la viabilité des autorités de l’aviation civile, l’harmonisation des réglementations, les services de transport aérien dans le cadre de l’accord multilatéral sur les services aériens, les échéances, les mécanismes de financement ainsi que le suivi de la mise en œuvre de la feuille de route.
Plusieurs partenaires stratégiques ont également présenté leurs perspectives sur le renforcement de la coopération régionale en matière de sécurité aérienne. Il s’agit notamment de l’OACI, de l’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne, de la Federal Aviation Administration des États-Unis, de Transports Canada et du Royaume-Uni.
Des représentants des compagnies aériennes, du secteur privé et des administrations chargées des recettes ont, pour leur part, apporté leur point de vue sur les enjeux auxquels est confrontée l’industrie.
La coopération régionale présentée comme indispensable
Lors de la cérémonie d’ouverture, les intervenants ont insisté sur une même réalité : les petites administrations de la région sont soumises aux mêmes obligations internationales que des États disposant de populations et de ressources beaucoup plus importantes.
Le Premier ministre du Guyana, Mark Phillips, a estimé que la confiance des passagers reposait notamment sur la qualité des mécanismes de contrôle et de supervision.
« Un passager peut ne jamais voir un rapport d’inspection ou connaître le nom du contrôleur qui guide un vol. Ce passager a néanmoins le droit de s’attendre à ce que le travail ait été effectué. Notre responsabilité est de faire en sorte que cette confiance soit méritée », a déclaré M. Phillips.
Il a également insisté sur l’importance des ressources humaines et institutionnelles nécessaires à l’application des normes. « De bonnes procédures ne comptent que lorsque les personnes disposent de la formation, du temps et de l’autorité nécessaires pour les appliquer », a-t-il ajouté.
Le ministre guyanais des Services publics et de l’Aviation, Deodat Indar, a appelé à transformer la coopération régionale en mécanisme opérationnel.
« La décision qui se présente à nous est de savoir si la coopération régionale restera une aspiration ou deviendra le principe de fonctionnement de l’aviation dans la Caraïbe. Choisissons l’action », a-t-il déclaré.
Pour la secrétaire générale de la CARICOM, Carla Barnett, les contraintes auxquelles sont confrontées les autorités nationales de l’aviation civile rendent nécessaire une approche régionale.
« Nos autorités nationales de l’aviation civile font face à des exigences réglementaires croissantes, à des changements technologiques, à des contraintes en matière de personnel et à des pressions financières. Pour les petites administrations, ces réalités renforcent une vérité fondamentale : la coopération régionale est indispensable », a-t-elle affirmé.
Dr Barnett a également souligné l’importance particulière du transport aérien pour les petits États insulaires et les États côtiers de faible altitude.
« Pour les petits États insulaires et les États côtiers de faible altitude en développement, la connectivité n’est pas une commodité, c’est une nécessité. Le transport aérien soutient le tourisme, le commerce, l’investissement, les interventions d’urgence, les liens familiaux ainsi que l’intégration économique et sociale plus large de notre Communauté », a-t-elle indiqué.
La mutualisation des capacités
Le directeur régional pour l’Amérique du Sud de l’OACI, Luis Fernando Fiallos, a rappelé que les responsabilités nationales en matière de sécurité aérienne demeurent liées à la souveraineté des États, même lorsque ceux-ci choisissent de coopérer au niveau régional.
« En vertu de la Convention de Chicago, la responsabilité ultime de la supervision de la sécurité incombe à chaque État souverain. Pourtant, les dispositifs régionaux ne diminuent pas la souveraineté ; ils la renforcent », a-t-il déclaré.
Cette approche rejoint les préoccupations exprimées par les représentants des institutions financières régionales.
William Ashby, chef par intérim de la Division des infrastructures économiques de la Caribbean Development Bank (CDB), s’exprimant au nom du président de l’institution, Daniel Best, a relevé les contraintes particulières auxquelles sont confrontés les États de la région.
« Nos États opèrent sur des marchés relativement petits, font face à des contraintes en matière de capacités techniques spécialisées et doivent respecter les mêmes obligations et normes internationales que des pays disposant de populations et de ressources nettement plus importantes », a-t-il déclaré.
Le symposium a ainsi placé la mutualisation de l’expertise, des ressources et des capacités institutionnelles au centre des discussions sur l’avenir de la supervision de la sécurité aérienne dans la Caraïbe.
Les travaux sur la feuille de route et la matrice d’action du CASSOS à l’horizon 2035 doivent notamment permettre de préciser les mécanismes nécessaires au financement, à l’harmonisation des normes et au suivi des engagements régionaux en matière de sécurité aérienne.

