MIAMI, dimanche 27 septembre 2026 (RHINEWS)– Un Haïtien naturalisé citoyen américain affirme avoir été arrêté et détenu pendant environ une semaine par des agents de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), alors même qu’il leur avait présenté son passeport américain. Son témoignage élucide les inquiétudes de citoyens naturalisés confrontés à des procédures susceptibles de remettre en cause leur statut, notamment lorsque les autorités invoquent des faits antérieurs à leur naturalisation.
L’homme, qui affirme être actuellement l’objet d’une procédure de dénaturalisation, raconte avoir été interpellé alors qu’il se trouvait dans un restaurant. Selon son récit, des agents de l’immigration sont entrés dans l’établissement et ont commencé à vérifier le statut migratoire de plusieurs personnes présentes.
« Quand ils sont entrés dans le restaurant, ils ont dit qu’ils allaient contrôler tout le monde. Ils demandaient : “Est-ce que vous êtes citoyen ?” », raconte-t-il.
Il affirme avoir répondu qu’il était citoyen américain, naturalisé, et avoir présenté son passeport américain aux agents. Malgré ce document, il dit avoir été arrêté.
« Je leur ai dit : je suis citoyen américain, naturalisé. Je leur ai présenté mon passeport américain. Mais ils m’ont quand même arrêté », affirme-t-il.
Selon son témoignage, les agents lui auraient reproché d’avoir séjourné aux États-Unis au-delà de la période autorisée par un visa touristique qu’il détenait avant de devenir résident permanent puis citoyen américain.
Il affirme être arrivé aux États-Unis en 1994, alors qu’il était âgé de 14 ans, avec un visa touristique valide deux ans.
« Je suis venu en 1994. J’étais jeune, j’avais 14 ans. Je suis venu avec un visa de deux ans », explique-t-il.
Il dit avoir ensuite régularisé progressivement sa situation migratoire, obtenu la résidence permanente, puis la citoyenneté américaine. Il affirme toutefois que les autorités reviennent aujourd’hui sur sa situation au moment de son arrivée et sur la période durant laquelle il serait resté aux États-Unis au-delà de la durée autorisée par son visa.
« J’ai eu ma résidence, jusqu’à devenir citoyen. Mais maintenant, ils remontent dans le temps, 20 ans, 30 ans, 40 ans, et ils disent que ce sont des crimes », soutient-il.
Il affirme que les agents lui auraient présenté le dépassement de la durée de séjour autorisée par son visa comme une violation de la loi.
« Rester sur un visa au-delà de la durée autorisée, ils disent que c’est un crime », rapporte-t-il.
Son dossier serait désormais lié à une procédure visant sa denaturalisation. Il explique avoir comparu devant un juge et avoir compris que l’affaire pouvait conduire à une procédure de dénaturalisation avant qu’une éventuelle mesure d’éloignement puisse être envisagée.
« Quand je suis devant le juge, le juge regarde le dossier. Il y a des choses qui remontent dans le temps. Il peut finalement m’envoyer dans une procédure pour me dénaturaliser », affirme-t-il.
La dénaturalisation d’un citoyen américain naturalisé relève d’une procédure devant un tribunal fédéral et peut notamment être recherchée lorsque le gouvernement soutient que la citoyenneté a été obtenue illégalement ou au moyen de la dissimulation d’un fait important ou de fausses déclarations.
L’homme dit avoir rencontré, durant sa détention, d’autres personnes affirmant être elles aussi citoyennes américaines. Il assure que certaines auraient été confrontées à des procédures en raison d’infractions ou de faits qui auraient précédé leur naturalisation.
« Il y avait des gens qui étaient citoyens depuis 15 ans, 17 ans, et qui étaient aussi là. Des Blancs, des Hispaniques, des Haïtiens, tout le monde pouvait tomber entre leurs mains », affirme-t-il.
Il explique que, dans certains cas, les autorités chercheraient à déterminer si des informations avaient été dissimulées au moment de la demande de naturalisation.
« Imaginez quelqu’un qui a commis un crime avant de devenir citoyen. Quand il a demandé la citoyenneté, on lui a posé la question : “Est-ce que vous avez déjà commis un crime ?” La personne a répondu non. Elle devient citoyenne, dix ans, quinze ans passent, et maintenant on revient vers elle en disant qu’elle a violé la loi parce qu’elle avait menti », explique-t-il.
Il insiste toutefois sur sa propre situation et affirme ne pas avoir été condamné pour un crime qui aurait entraîné une peine de prison.
« Je suis sorti et j’ai dit : merci à Dieu, je n’ai pas commis de crime. Le crime qu’ils m’accusent d’avoir commis, c’est d’être resté aux États-Unis au-delà de mon visa en 1994 », déclare-t-il.
« Je n’ai jamais commis un crime qui m’a envoyé en prison. Je n’ai jamais été condamné à six mois, un an ou deux ans de prison », ajoute-t-il.
Le ressortissant haïtien affirme avoir été détenu dans une grande salle où se trouvaient, selon lui, près de 150 personnes. Il décrit des conditions marquées par la promiscuité et ce qu’il considère comme un manque d’hygiène.
« On était dans une grande une grande salle où il y avait presque 150 personnes et des petits lits », raconte-t-il.
Il affirme également que les personnes détenues avaient rarement accès à la douche.
« Ils se lavent rarement. Une fois par semaine seulement », déplore-t-il.
Il compare ces conditions à celles qu’il dit avoir connues dans une prison ordinaire.
« En prison, les conditions sont meilleures que dans ce centre de détention de l’immigration », soutient-il.
Son témoignage est également marqué par la surprise de se retrouver lui-même confronté à une procédure d’immigration après avoir obtenu la citoyenneté américaine.
« Je n’ai jamais pensé qu’une chose pareille pouvait m’arriver, à moi qui suis citoyen américain et détenteur d’un passeport valide », confie-t-il.
Il raconte avoir appelé sa mère après son arrestation pour lui expliquer ce qui lui était arrivé.
« Quand j’ai appelé ma mère le matin, je lui ai raconté ce qui m’était arrivé. Elle était choquée. Moi-même, je n’arrivais pas à croire que je me trouvais dans cette situation », dit-il.
L’homme affirme que son expérience lui fait désormais s’interroger sur la portée de la protection que représente la citoyenneté américaine pour les personnes naturalisées lorsqu’une procédure est engagée contre elles.
« Quand vous devenez citoyen, on vous dit que c’est un privilège. Mais maintenant, ils peuvent revenir sur votre passé et chercher tout ce qu’ils peuvent trouver », déplore-t-il.
Il affirme par ailleurs que des personnes naturalisées depuis plusieurs années peuvent, selon lui, se retrouver confrontées à des procédures portant sur des faits antérieurs à leur naturalisation.
« Des gens qui sont devenus citoyens, qui ont une famille, une mère, un père, une femme, des enfants, peuvent maintenant se retrouver dans cette situation », soutient-il.
Il dit également avoir rencontré en détention des personnes originaires de différents pays et appartenant à différents groupes ethniques.
Pour cet Haïtien, la présentation d’un passeport américain ne l’a pas empêché d’être arrêté, son statut faisant ensuite l’objet d’une procédure qu’il décrit comme une démarche de dénaturalisation.
« Je leur ai montré mon passeport américain et ils m’ont quand même arrêté », répète-t-il.
Il affirme finalement être sorti de détention mais dit rester profondément marqué par cette expérience.
« Sincèrement, je suis sorti, mais cette situation m’a beaucoup marqué. Je n’aurais jamais pensé que cela pouvait m’arriver », conclut-il.
Son témoignage intervient dans un contexte de renforcement des procédures de dénaturalisation aux États-Unis. Le Département de la Justice a annoncé en 2026 plusieurs actions visant des citoyens naturalisés, en invoquant notamment des accusations de fraude à l’immigration, de dissimulation d’informations importantes ou de faits criminels antérieurs à la naturalisation. Ces procédures restent soumises à l’examen des tribunaux.

