MINNEAPOLIS, vendredi 19 juin 2026 (RHINEWS) – L’organisation Human Rights Watch (HRW) affirme que l’opération fédérale d’immigration baptisée « Operation Metro Surge », menée au Minnesota entre décembre 2025 et le début de l’année 2026, a engendré une grave crise des droits humains marquée par des arrestations arbitraires, des violences, des pratiques discriminatoires et des atteintes aux libertés fondamentales.
Dans un rapport publié le 18 juin, intitulé « A Manufactured Crisis: Minnesota Communities Terrorized by the Federal Government », l’organisation de défense des droits humains soutient que le déploiement massif de milliers d’agents fédéraux de l’immigration dans cet État du Midwest a eu des conséquences profondes sur les populations locales, en particulier dans les villes jumelles de Minneapolis et Saint Paul.
Selon Human Rights Watch, l’opération constituait le plus important déploiement d’agents fédéraux de l’immigration depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. L’organisation estime que les autorités ont mené une campagne d’application des lois migratoires « en faisant fi des droits humains et de l’État de droit ».
Le rapport repose sur plus de 130 entretiens réalisés auprès d’immigrants, d’avocats, de défenseurs des droits humains, de professionnels de la santé, d’enseignants, de responsables gouvernementaux actuels ou anciens ainsi que d’autres témoins directs des événements. Les chercheurs ont également analysé des photographies, des vidéos, des déclarations sous serment, des décisions judiciaires et divers documents administratifs.
D’après HRW, les agents du Service de l’immigration et des douanes (ICE) et de la Protection des frontières et des douanes (CBP) ont procédé à l’interpellation, à l’arrestation et à la détention de milliers de personnes durant environ trois mois. Parmi elles figuraient non seulement des immigrés en situation irrégulière, mais également des citoyens américains, des réfugiés, des résidents permanents et des demandeurs d’asile.
L’organisation affirme que nombre de ces contrôles auraient été effectués sur la base de l’apparence physique, de l’origine ethnique ou de la couleur de peau des personnes concernées. « Beaucoup de ces individus semblent avoir été arrêtés et détenus en raison de leur race ou de leur origine ethnique », indique le rapport.
Human Rights Watch conteste également les justifications avancées par l’administration fédérale. Alors que les autorités soutenaient que l’opération visait principalement des étrangers présentant un passé criminel violent, l’organisation affirme que « près de deux immigrés sur trois arrêtés par l’ICE durant l’opération ne possédaient aucun antécédent criminel aux États-Unis ».
Le rapport décrit par ailleurs des conditions de détention jugées préoccupantes au bâtiment fédéral Bishop Henry Whipple, situé au sud de Minneapolis. Des détenus auraient été privés d’un accès adéquat à leurs avocats et soumis à des conditions qualifiées d’inhumaines et dégradantes. Human Rights Watch évoque notamment des cellules surpeuplées et insalubres, l’utilisation prolongée de menottes ou d’entraves, une exposition permanente à une lumière intense, l’absence de lits et de couvertures ainsi qu’un accès insuffisant aux soins médicaux.
Selon l’organisation, plusieurs avocats ont saisi les tribunaux au moyen de recours en habeas corpus afin d’obtenir la libération de personnes détenues illégalement. De nombreuses décisions judiciaires auraient ordonné des remises en liberté immédiates. HRW affirme toutefois que certaines de ces injonctions n’auraient pas été respectées par les autorités fédérales.
L’organisation accuse également les agents fédéraux d’avoir réprimé les mouvements de protestation organisés contre l’opération. Face aux arrestations et aux contrôles, des résidents auraient mis en place des réseaux de surveillance citoyenne, organisé des manifestations et documenté les interventions des forces fédérales.
« La réponse du gouvernement a été brutale et abusive », affirme Human Rights Watch. Le rapport évoque des actes de surveillance, d’intimidation, de harcèlement, des arrestations arbitraires ainsi que des blessures infligées à des personnes engagées dans des activités légalement protégées, notamment l’observation des opérations policières ou la participation à des manifestations pacifiques.
L’un des aspects les plus controversés de l’opération concerne l’usage de la force. Human Rights Watch rapporte que deux citoyens américains, identifiés comme Renee Good et Alex Pretti, ont été mortellement atteints par des tirs d’agents fédéraux dans des affaires qui ont suscité une vive émotion aux États-Unis et à l’étranger. Une troisième personne aurait également été blessée par balle.
Le rapport fait également état de vitres de véhicules brisées sans justification apparente, de personnes plaquées violemment au sol alors qu’elles ne résistaient pas à leur arrestation, ainsi que de l’usage répété de gaz irritants et de grenades assourdissantes, parfois à courte distance et sans avertissement préalable. Des journalistes figureraient parmi les blessés recensés.
Au-delà des interventions policières elles-mêmes, Human Rights Watch souligne les répercussions sociales, sanitaires et psychologiques de l’opération. De nombreux habitants auraient limité leurs déplacements ou choisi de rester confinés à domicile pendant plusieurs semaines, craignant d’être arrêtés ou victimes de violences.
Cette situation aurait affecté l’accès aux soins de santé, y compris les suivis prénataux et postnataux, ainsi que la prise en charge de maladies chroniques. Le rapport indique également que des milliers d’élèves ont manqué l’école ou ont été contraints de suivre leurs cours à distance en raison de la peur suscitée par les opérations fédérales.
Les conséquences économiques auraient également été importantes. Plusieurs familles auraient rencontré des difficultés pour se rendre au travail, accéder à la nourriture ou maintenir leurs revenus. Face à cette situation, des organisations communautaires et des bénévoles auraient mis en place des services de livraison alimentaire, d’aide au paiement des loyers, de transport scolaire et d’accompagnement vers les centres de soins.
Human Rights Watch estime que les effets psychologiques de l’opération pourraient perdurer pendant de nombreuses années. Des spécialistes de la santé mentale interrogés dans le cadre de l’enquête évoquent des traumatismes, de l’anxiété et un sentiment d’insécurité durable au sein des communautés touchées.
Un citoyen américain ayant immigré aux États-Unis il y a trente ans a déclaré aux chercheurs que le climat créé par l’opération l’avait conduit à remettre en question sa place dans le pays. « Où est ma place sur cette planète ? », a-t-il confié.
Bien que l’opération soit officiellement terminée, Human Rights Watch estime que les responsables des abus allégués n’ont, pour la plupart, pas été tenus de rendre des comptes. L’organisation appelle le gouvernement fédéral à mettre fin aux violations dénoncées, à engager des enquêtes indépendantes et, le cas échéant, des poursuites judiciaires contre les responsables.
Le rapport recommande également aux autorités du Minnesota de poursuivre leurs propres investigations et de renforcer le mandat du conseil d’enquête annoncé en mars 2026 afin de documenter l’ensemble des impacts humains de l’opération.
Human Rights Watch plaide enfin pour une réforme profonde de la politique migratoire américaine. L’organisation estime que la détention des migrants ne devrait être utilisée qu’en dernier recours et dans le respect des normes internationales relatives aux droits humains. Elle appelle également à une refonte du Département de la Sécurité intérieure, à un renforcement des mécanismes de transparence et de contrôle ainsi qu’à l’instauration de véritables mécanismes de responsabilité pour les agents et dirigeants impliqués dans les opérations d’immigration.

