QUARTIER-MORIN, , samedi 13 septembre 2025 (RHINEWS) – Dans un texte intitulé « Continuités historiques et subalternités », l’ex-député de Quartier-Morin, Hugues Célestin, signe une violente charge contre ce qu’il appelle la « servilité colonisée » des élites haïtiennes, accusées de reproduire les logiques de dépendance et de sacrifier les intérêts nationaux au profit des puissances étrangères et du grand capital.
« L’histoire d’Haïti n’est pas seulement une simple succession de crises, elle constitue avant tout la chronique obstinée de continuités dans la dépendance », écrit Célestin, qui fustige des « élites colonisées dans l’âme, incapables d’inventer, refusant de discuter, d’apprendre et d’expérimenter de nouveaux modèles porteurs de réussite ».
Il prend pour exemple la remise officielle de la version finale de la nouvelle Constitution par Enex Jean-Charles au Conseil Présidentiel de Transition (CPT). « Enex Jean-Charles, vieux sorcier de la bureaucratie, surgit en messie fatigué pour déposer, avec un sérieux dérisoire, la version finale de sa Constitution, un document ridiculement rebaptisé “Constitution Jean-Charles/Tardieu” », écrit-il, qualifiant ce texte de « cercueil politique conçu pour enterrer définitivement toute idée de démocratie populaire ».
Célestin n’épargne pas le président en exercice du CPT : « Le précieux grimoire est solennellement remis à Laurent Saint-Cyr, chef du Conseil Présidentiel de Transition, une “Bande de Truands” qui prétend incarner la République », affirme-t-il, ajoutant que Saint-Cyr « arbore une servilité si outrancière qu’elle ferait pâlir de jalousie les plus zélés gouverneurs coloniaux ».
Selon lui, la confiscation de l’appareil d’État au profit des classes dominantes est une constante de l’histoire haïtienne. « Chaque génération d’élites a reproduit la même mécanique de gestion de la dépendance : administrer la misère et maintenir l’ordre social au profit d’intérêts dépassant la nation », souligne-t-il, citant les « programmes d’ajustement structurel des années 1980-1990 », le « bradage des entreprises publiques » et « la dépendance chronique aux financements du FMI, de la Banque mondiale ou de l’USAID ».
L’ancien député attaque également ce qu’il décrit comme une « capitulation programmée » : « En s’alignant servilement sur les prescriptions néolibérales, les élites ne gouvernent plus, mais orchestrent une capitulation programmée. » Pour étayer son propos, il rappelle que les élites « relèguent le déploiement des dispositifs de sécurité aux diktats de Washington ou de l’ONU » et nourrissent un « cycle infernal d’endettement et de précarité ».
Dans sa diatribe, Hugues Célestin cite l’exemple de la zone franche de Chinorette, inaugurée par Fritz Alphonse Jean et Leslie Voltaire : « Les deux compères, pelles en mains, casques mal ajustés et gilets de chantier flambant neufs, mimaient le labeur ouvrier pour mieux séduire les maîtres du grand capital. » Il dénonce ce qu’il appelle un « Budget des Zones Franches », qu’il décrit comme la résurgence du « Budget de Guerre » effondré, accusant les autorités de transformer les gangs en « milices de service » et de maquiller le chaos en « plan de développement officiel ».
Célestin oppose cette dérive aux forces populaires et spirituelles qu’il rattache à la culture vodou, comme les fêtes de Zili Freda ou de Manman Filo. Il évoque une « Haïti de la lumière, obstinée à préserver ses forces de vie », confrontée à « l’Haïti des ténèbres, prospérant dans la criminalité des gangs-milices, dans l’exploitation et dans le chaos ».
Pour lui, seule une rupture radicale peut permettre de sortir du cercle vicieux : « Rompre ce cycle exige plus qu’une nouvelle Constitution, plus qu’un comité bidon CNHRR, plus qu’une autre Chinorette. Il faut refonder l’État, renouer avec l’esprit de Dessalines, non en figure mythique, mais en projet politique concret incarnant la souveraineté réelle, la justice sociale, l’autonomie économique. »
Et de conclure : « Tant que l’État demeurera l’otage des élites subalternes, Haïti restera condamné à répéter les mêmes illusions sous de nouvelles formes. Organisons la lutte, imposons notre projet, alors s’ouvrira le chemin du réel changement qualitatif. »

