Hausse des prix des carburants en Haïti : la CUTRASEPH appelle à une mobilisation pour un retrait immédiat…

Screenshot

PORT-AU-PRINCE, mercredi 8 avril 2026 (RHINEWS)- La Centrale unitaire des travailleurs-euses des secteurs public et privé et le Jeune Barreau de Port-au-Prince (CUTRASEPH) ont dénoncé mardi une décision gouvernementale d’augmenter les prix des produits pétroliers, la qualifiant de « scandaleuse et pénalisante », et a lancé un appel à la mobilisation nationale pour exiger son retrait immédiat.

Dans une note conjointe, les organisations accusent le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé d’avoir pris « froidement » cette mesure « sans la moindre considération pour ses conséquences désastreuses sur les conditions de vie déjà précaires de la population ». Elles estiment que cette décision, recommandée par un Conseil consultatif qu’elles jugent « suspect », repose sur des justifications « fallacieuses », notamment l’augmentation des prix sur le marché international et la nécessité de réduire le poids des subventions sur le budget national.

Selon la CUTRASEPH, « ces arguments résistent-ils à une analyse sérieuse, au regard de l’évolution réelle du prix du baril et du devoir fondamental de l’État d’assurer un minimum de bien-être à la population ? ». Les organisations affirment que la hausse des carburants s’inscrit dans une série de décisions similaires prises depuis l’administration précédente, dénonçant « une série d’augmentations injustifiées […] dépassant les 100 % », qui auraient contribué à « l’appauvrissement massif de la population ».

La note met en avant une comparaison entre l’évolution des prix internationaux et ceux pratiqués en Haïti. Elle souligne qu’entre 2008 et 2026, le prix du baril a connu des fluctuations importantes, oscillant entre 20 et 150 dollars américains, pour se situer entre 90 et 120 dollars en 2026. Dans le même temps, les prix à la pompe en Haïti auraient connu une hausse beaucoup plus marquée, la gazoline passant de 196 gourdes en 2009 à 725 gourdes en 2026, le diesel de 130 à 850 gourdes et le kérosène de 123 à 845 gourdes.

« Alors que le prix du baril a augmenté d’environ 30 à 32 % sur le marché international, le prix des carburants à la pompe a bondi d’environ 500 à 600 % en Haïti », relèvent les signataires, qui s’interrogent sur « un tel écart » et dénoncent « l’indifférence totale » des autorités face à la situation sociale.

Le gouvernement justifie pour sa part la révision des prix par des paramètres techniques tels que le coût assurance-fret, les frais portuaires et douaniers, ainsi que les marges des compagnies pétrolières et les coûts de transport et de stockage. Des explications jugées insuffisantes par la CUTRASEPH, qui pose la question : « pourquoi l’État, les importateurs et les distributeurs refusent-ils de réduire leurs marges afin de soulager la population ? ».

Les organisations mettent également en doute l’efficacité des mesures d’accompagnement annoncées, notamment les subventions ciblées pour les chauffeurs de transport public, estimant qu’elles pourraient ne bénéficier qu’à « un groupe restreint d’acteurs proches du pouvoir ».

Elles dénoncent par ailleurs une « contradiction flagrante » entre les objectifs affichés du Conseil consultatif — stabilité sociale, protection des consommateurs, transparence et participation citoyenne — et les effets attendus de la décision, qui « menace la stabilité sociale », « pénalise directement les consommateurs » et « exclut la véritable participation de la société civile ».

Qualifiant la mesure d’« assassinat économique du peuple », la CUTRASEPH et le Jeune Barreau de Port-au-Prince appellent à une mobilisation nationale pour exiger « le retrait immédiat et sans condition de cette mesure », la réduction des marges de profit des acteurs publics et privés, ainsi que l’ajustement des salaires « en fonction du coût de la vie ».

« L’histoire nous enseigne que “l’enfer est pavé de bonnes intentions”. Ce ne sont pas les discours qui comptent, mais les actions », conclut la note, qui juge que « la première action de ce Conseil consultatif […] est un échec grave et inacceptable ».