Haïti : Trois mille passeports délivrés à la diaspora dominicaine, mais silence du MHAVE sur la révocation du TPS aux États-Unis pour plus de 500 mille ressortissants…

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PORT-AU-PRINCE, 1er juillet 2025 (RHINEWS) — Alors que des dizaines de milliers d’Haïtiens vivant aux États-Unis sont sous la menace d’expulsion à la suite de la révocation de leur Statut de protection temporaire (TPS), le ministère des Haïtiens vivant à l’étranger (MHAVE) est resté silencieux sur la question lors de sa prise de parole publique ce mardi.

Intervenant dans le cadre des Mardis de la Nation, la ministre Kathia Verdier a présenté un bilan des efforts gouvernementaux visant à faciliter l’accès aux documents officiels pour les membres de la diaspora, notamment dans les communautés haïtiennes d’Amérique latine. « Nous avons constaté une nette amélioration dans le traitement des dossiers grâce à la coordination entre le MHAVE, la DCPJ, l’ONI, les Archives Nationales et la DIE », a-t-elle déclaré. À l’appui de ses propos, elle a cité la régularisation de 3 000 dossiers de passeport en attente sur les 5 000 recensés à l’Ambassade d’Haïti en République dominicaine.

La ministre a également souligné que des dispositifs d’accompagnement et de rapatriement sont en place pour les compatriotes vulnérables ou menacés d’expulsion, affirmant : « Lakay se lakay. Lakay ap toujou lakay. »

Mais aucune référence n’a été faite au sort des 520 000 Haïtiens vivant aux États-Unissous le régime du TPS, dont l’abrogation a été annoncée vendredi 28 juin par le Department of Homeland Security (DHS). Cette décision signifie que ces ressortissants perdront leur droit de résider légalement sur le sol américain à compter de février 2026, à moins d’un renversement politique ou juridique.

Dans son communiqué, le DHS a justifié sa décision en affirmant que « les conditions extraordinaires justifiant la désignation initiale du TPS pour Haïti ont suffisamment changé », une affirmation jugée « déconnectée de la réalité » par de nombreuses organisations de défense des droits humains. La situation sécuritaire, économique et humanitaire en Haïti reste pourtant gravement détériorée, avec une insécurité généralisée et un système institutionnel paralysé.

Plusieurs élus américains, dont la représentante Sheila Cherfilus-McCormick (Floride), ont dénoncé cette décision comme « cruelle, irresponsable et contraire à la morale ». À New York, Boston et Miami, des leaders communautaires ont exprimé leur colère face à ce qu’ils considèrent comme une trahison politique, alors même que la diaspora haïtienne avait joué un rôle important lors des élections de 2024.

Face à l’ampleur de cette crise annoncée, l’absence de position claire du gouvernement haïtien — et notamment du MHAVE — soulève des questions. Aucune mesure spécifique n’a été évoquée pour les Haïtiens menacés d’expulsion des États-Unis, ni sur les modalités d’accueil ou de réinsertion.

En revanche, la ministre a encouragé les membres de la diaspora à utiliser les canaux numériques du ministère et son centre d’appel permanent pour soumettre leurs préoccupations. Elle a aussi rappelé l’existence de Natif Natal TV, une chaîne publique dédiée à l’écoute de la diaspora.

L’intervention de Mme Verdier s’inscrit dans la stratégie du gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé visant à afficher transparence et dialogue. Elle a réaffirmé que la diaspora aura sa pleine place dans les élections générales à venir, comme prévu par le projet de nouvelle Constitution.

Mais pour de nombreux Haïtiens de l’extérieur, notamment aux États-Unis, la priorité immédiate est ailleurs : savoir si leur gouvernement est prêt à les défendre — ou à les recevoir — dans une situation d’urgence imminente.

La Secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a annoncé aujourd’hui la fin du Statut de Protection Temporaire (TPS) pour Haïti. La désignation TPS pour le pays expirera le 3 août 2025, et la fin officielle du programme prendra effet le mardi 2 septembre 2025.

Conformément à la loi, au moins 60 jours avant l’expiration du TPS, la Secrétaire, après consultation avec les agences gouvernementales américaines compétentes, doit évaluer si les conditions ayant justifié l’octroi du TPS sont toujours réunies, et le cas échéant, décider d’une prolongation éventuelle.

« Cette décision rétablit l’intégrité de notre système d’immigration et garantit que le Statut de Protection Temporaire reste bien temporaire », a déclaré un porte-parole du DHS. « La situation environnementale en Haïti s’est suffisamment améliorée pour que les citoyens haïtiens puissent rentrer chez eux en toute sécurité. Nous encourageons ces personnes à utiliser les ressources mises à disposition par le Département pour faciliter leur retour, notamment via l’application CBP Home. Les ressortissants haïtiens peuvent également entamer des démarches pour obtenir un statut légal par d’autres voies, s’ils sont éligibles. »

Après consultation avec ses partenaires interagences, la Secrétaire Noem a conclu que les conditions en Haïti ne remplissent plus les critères juridiques du TPS. Cette décision repose sur une évaluation des conditions en Haïti effectuée par les Services de Citoyenneté et d’Immigration des États-Unis (USCIS), en concertation avec le Département d’État. La Secrétaire a estimé que, globalement, la situation dans le pays s’est améliorée au point de permettre un retour sécurisé des Haïtiens. Elle a également jugé que le maintien temporaire de ces ressortissants aux États-Unis va à l’encontre de l’intérêt national. Les Haïtiens sont invités à utiliser l’application CBP Home de la douane américaine pour signaler leur départ du territoire des États-Unis.