PORT-AU-PRINCE, vendredi 7 novembre 2025 (RHINEWS)- L’ex-première dame Martine Moïse a publié jeudi un message empreint d’émotion et particulièrement accusateur sur le réseau social X, à l’occasion des 52 mois écoulés depuis l’assassinat de son époux, le président Jovenel Moïse, tué par un commando de mercenaires colombiens dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 à Pèlerin 5. Ce meurtre, qui avait plongé Haïti dans une crise politique majeure, reste au cœur d’une procédure judiciaire toujours inachevée et marquée par de vives contestations.
Dans son message, elle met en cause « les oligarches et politiciens criminels » qui, selon elle, auraient « envoyé des mercenaires colombiens pour tuer le président Jovenel Moïse et prendre le pouvoir ». Martine Moïse évoque une douleur demeurée intacte : « 52 mois plus tard, toute la souffrance et toute la douleur du 7 juillet 2021 sont toujours là », écrit-elle, rappelant que le pays a depuis été frappé par des catastrophes naturelles, des crises humanitaires successives et une escalade de violences armées.
Elle affirme que le peuple haïtien, « laissé seul dans la misère et la souffrance », n’a pas cessé de pleurer la disparition de l’ancien chef de l’État. « #PrezidanJojo, le peuple pleure parce que tu n’es pas là. S’ils savent quelque chose, c’est que tu aurais essayé de sauver ce qui reste », écrit-elle, évoquant la conviction des partisans du président selon laquelle il aurait été abandonné et trahi par une partie de son entourage.
Martine Moïse met également en cause certains acteurs judiciaires, affirmant que « la famille et les partisans du président sont persécutés par des juges qui ont participé au meurtre et à la prise de pouvoir ». Selon elle, elle-même aurait dû être éliminée : « Ils avaient besoin que je sois là pour m’assassiner. Lorsque tu as proposé de témoigner avec les outils technologiques fournis, ils ont dégagé le chemin pour continuer leur sale travail. » L’ex-première dame conclut en promettant que la recherche de vérité et de responsabilité ne s’arrêtera pas : « Face aux dangers et aux menaces, ta famille, le peuple, ne laisseront aucun répit aux assassins. Fidèles aux idéaux que tu leur as laissés, ils mèneront une bataille acharnée jusqu’à ce que justice triomphe. Nous nous battrons jusqu’au bout. Et nous obtiendrons justice !! »
Cette prise de parole intervient alors que la Cour d’Appel de Port-au-Prince a confirmé l’ordonnance d’instruction du 25 janvier 2024 dans le dossier de l’assassinat, validant le renvoi de 51 inculpés devant le tribunal criminel sans assistance de jury pour association de malfaiteurs, vol à main armée, terrorisme, assassinat et complicité d’assassinat. La juridiction rappelle qu’elle ne statue pas sur la culpabilité, mais vérifie uniquement l’existence de charges suffisantes pour permettre la tenue d’un procès, précisant que son arrêt « ne disculpe ni ne condamne ».
La Cour met fin à l’action publique contre cinq inculpés décédés, annule le mandat visant feu Gérald Bataille et applique le principe non bis in idem pour plusieurs ressortissants déjà jugés aux États-Unis ou en Colombie, empêchant une nouvelle poursuite en Haïti. Elle confirme également le renvoi hors des liens de l’inculpation pour les personnes contre lesquelles l’instruction n’a établi aucun indice sérieux, ordonnant leur mise en liberté si aucune autre procédure ne les retient.
Les 51 personnes renvoyées en jugement comprennent d’anciens responsables politiques, d’anciens cadres de la sécurité présidentielle, des policiers et des civils haïtiens, ainsi qu’un groupe important de Colombiens présentés comme membres du commando ayant pris d’assaut la résidence de Pèlerin 5. Parmi les noms cités figurent notamment Joseph Félix Badio, Dimitri Hérard, Jean Laguel Civil, Léon Charles, Claude Joseph, Marie Étienne Martine Joseph Moïse, Renald Lubérice et Ardouin Zéphirin, ainsi que de nombreux policiers de l’USGPN et de la PNH.
La Cour ordonne leur prise de corps, maintient les scellés sur la résidence du Président et transmet l’ensemble du dossier au parquet pour la préparation du procès criminel. Cette décision clôt ainsi la phase d’instruction et ouvre la voie au premier procès relatif à l’assassinat d’un président haïtien en exercice.

