NEW YORK, dimanche 19 juillet 2026 (RHINEWS)- m Les Nations Unies estiment que, malgré quelques avancées récentes dans la lutte contre les gangs armés et les préparatifs en vue d’un retour à l’ordre constitutionnel, Haïti demeure confronté à une crise multidimensionnelle où l’insécurité, les déplacements massifs de population et le manque de financement humanitaire continuent de fragiliser le pays.
Dans une analyse publiée samedi, l’ONU souligne que « quelques signes d’amélioration apparaissent », notamment grâce à des opérations des forces de sécurité ayant permis de reprendre certains secteurs stratégiques de Port-au-Prince, à l’accélération des préparatifs électoraux et à l’arrivée de nouveaux soutiens internationaux destinés à renforcer la lutte contre les groupes armés.
L’organisation rappelle toutefois que « pour des millions d’Haïtiens, la vie quotidienne est devenue une lutte pour se mettre en sécurité, trouver suffisamment de nourriture et simplement se déplacer dans leur propre quartier », alors que de puissants gangs continuent de contrôler une grande partie de la capitale et poursuivent leur expansion dans d’autres régions du pays.
Selon les Nations Unies, plus de la moitié des quelque 11 millions d’habitants du pays, soit 6,4 millions de personnes, ont aujourd’hui besoin d’une assistance humanitaire, dont 3,3 millions sont considérées comme prioritaires. L’organisation indique également que 1,47 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays, principalement en raison de la violence, tandis que plus de 5,8 millions de personnes devraient souffrir de la faim en 2026.
L’ONU souligne que la fermeture d’écoles et d’établissements de santé, les difficultés d’accès à l’eau potable ainsi que les déplacements de population aggravent une situation déjà critique. Elle avertit en outre que le Plan de réponse humanitaire pour 2026 demeure gravement sous-financé. À la mi-juin, seulement 25 % des 880 millions de dollars requis avaient été mobilisés, limitant les opérations d’urgence.
Sur le plan politique, l’organisation rappelle qu’Haïti ne dispose plus d’un président élu depuis l’assassinat de Jovenel Moïse en juillet 2021. Elle estime que le rétablissement des institutions démocratiques reste un objectif majeur, tout en précisant que la tenue d’élections crédibles dépendra d’une amélioration significative de la sécurité.
L’ONU relève néanmoins que les préparatifs électoraux se sont accélérés ces derniers mois. Un budget de 120 millions de dollars a été adopté et les autorités haïtiennes espèrent organiser un premier tour de scrutin avant la fin de l’année 2026 afin qu’un président élu puisse entrer en fonction en février 2027.
L’insécurité demeure cependant le principal obstacle au redressement du pays. Les Nations Unies rappellent que la lutte entre groupes criminels pour le contrôle des territoires et des réseaux d’extorsion continue de provoquer des violences meurtrières.
L’organisation cite notamment les affrontements survenus plus tôt cette année à Cité Soleil, où au moins 542 personnes ont été tuées et 355 blessées. Elle ajoute qu’au moins 176 femmes et filles y ont été victimes de viol, tandis que les enfants continuent d’être déplacés de force, recrutés par les gangs ou exposés à diverses formes de violence.
Malgré cette situation, l’ONU estime que les forces de sécurité haïtiennes enregistrent leurs premiers résultats concrets depuis plusieurs mois. Des unités spécialisées de la Police nationale d’Haïti ont repris plusieurs sites stratégiques dans la capitale, rouvert certains axes routiers et permis à plusieurs institutions publiques de réinvestir des secteurs du centre-ville.
Les Nations Unies mettent également en avant le déploiement de la Force de répression des gangs (FRG), présentée comme une opération multinationale soutenue par l’ONU pour aider les autorités haïtiennes à reprendre le contrôle des territoires dominés par les groupes armés. Déployée en juin, cette force a notamment procédé, selon l’organisation, à l’arrestation de 14 suspects et à la saisie de plusieurs centaines de cocktails Molotov lors d’une opération.
Parallèlement, deux unités judiciaires spécialisées ont commencé leurs activités afin d’enquêter sur les crimes de masse, les violences sexuelles et les principales affaires de criminalité financière.
L’ONU prévient toutefois que ces avancées restent limitées et que les gangs conservent « la capacité de mener des attaques meurtrières, d’extorquer les populations et de perturber profondément la vie quotidienne ».
L’organisation fait également état de graves violations des droits humains. Elle attribue aux groupes armés de nombreux homicides, enlèvements, viols et déplacements forcés de populations, tout en soulignant que les violences sexuelles sont utilisées comme « instrument de terreur » dans les zones qu’ils contrôlent.
Elle rapporte en outre que des groupes d’autodéfense et des foules ont tué au moins 87 personnes soupçonnées de collaborer avec les gangs, certaines ayant été battues à mort avant que leurs corps ne soient incendiés. Les Nations Unies indiquent également avoir reçu des informations faisant état de 40 cas présumés d’exécutions sommaires imputées à des membres des forces de sécurité haïtiennes.
Pour les Nations Unies, les crises politique, sécuritaire et humanitaire demeurent étroitement liées. « Il sera difficile d’organiser des élections sans une amélioration de la sécurité. Et les progrès en matière de sécurité auront du mal à durer sans une gouvernance plus solide », souligne l’organisation.
L’ONU estime enfin que les priorités immédiates doivent être la réduction de la capacité d’action des gangs, la création de conditions sécuritaires permettant l’organisation des élections, le renforcement de la protection des femmes et des filles, le financement de la réponse humanitaire ainsi que le renforcement du système judiciaire afin de lutter contre l’impunité.

