PORT-AU-PRINCE, mardi 4 août 2026 (RHINEWS) – La Plate-forme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains (POHDH) affirme que la situation des droits humains en Haïti s’est fortement détériorée durant les six premiers mois de l’année 2026. Dans son rapport semestriel, l’organisation décrit un pays confronté à une aggravation de l’insécurité, à l’effondrement des institutions publiques, à une crise de gouvernance, à la paralysie du processus électoral ainsi qu’à une dégradation continue des conditions économiques et sociales. Selon elle, cette conjoncture a entraîné des atteintes généralisées aux droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels de la population. 2026, 08, 4_ POHDH_ BILAN SEMESTRIEL.pdf
La POHDH précise que ce document constitue un état des lieux de la situation des droits humains entre janvier et juin 2026. Sans prétendre à l’exhaustivité, il s’appuie sur les activités de monitoring de l’organisation, des missions de terrain dans les camps de déplacés, les établissements scolaires, les hôpitaux publics et les centres carcéraux, ainsi que sur les travaux de plusieurs organisations partenaires, dont Solidarite Fanm Ayisyèn (SOFA) et le Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés (GARR). Les analyses reposent également sur les enquêtes et les ateliers de concertation organisés par la plateforme.
« Le premier semestre de l’année est marqué par la multiplication ininterrompue des actes de violence et d’insécurité, la recrudescence des cas de kidnapping, le déplacement forcé, l’effondrement accéléré des institutions publiques, la hausse continue des prix des produits de première nécessité et la dégradation des conditions sociales et économiques », souligne la POHDH.
L’organisation estime que plus de 2 000 personnes ont perdu la vie au cours de cette période, tandis que le nombre de déplacés internes dépasse désormais le million. Elle cite également les données de la Commission épiscopale Justice et Paix (CE-JILAP), qui a recensé plus de 800 morts dans sept communes de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince durant les six premiers mois de l’année.
Selon le rapport, cette détérioration affecte l’ensemble des droits fondamentaux. Sur le plan des droits civils et politiques, la plateforme évoque une aggravation de la crise de gouvernance après la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), la poursuite des violences armées, la paralysie du processus électoral, l’augmentation du nombre de déplacés internes, l’effondrement progressif des institutions publiques, notamment judiciaires, ainsi que la persistance de conditions de détention qualifiées de critiques.
La POHDH relève également une dégradation des droits économiques, sociaux et culturels. Elle fait état d’une aggravation de l’insécurité alimentaire, d’une détérioration des conditions de travail, des difficultés persistantes rencontrées par les établissements scolaires et universitaires, ainsi que du dysfonctionnement prolongé de plusieurs hôpitaux publics en raison de l’insécurité.
« Le calvaire des migrants haïtiens se poursuit, tandis que la situation environnementale continue de se détériorer », résume encore la plateforme, qui qualifie le bilan général des six premiers mois de l’année de « désastreux ».
Abordant la situation politique, la POHDH estime que la crise de gouvernance s’est intensifiée après l’expiration, le 7 février 2026, du mandat du Conseil présidentiel de transition, mis en place dans le cadre de l’accord politique du 3 avril 2024. Selon l’organisation, les trois objectifs assignés à la transition — le rétablissement de la sécurité, les réformes institutionnelles et constitutionnelles ainsi que l’organisation des élections — n’ont pas été atteints.
« Le CPT et les gouvernements qu’il a mis en place ont échoué à tous les niveaux », affirme le rapport.
La plateforme soutient que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est demeuré à la tête de l’exécutif après sa révocation par une majorité des membres votants du Conseil présidentiel de transition. Elle affirme que son maintien au pouvoir s’est effectué sans contrepoids institutionnel et dans un contexte où la durée de son mandat n’a pas été définie.
Selon la POHDH, le mécanisme politique mis en place après la fin du mandat du CPT n’a prévu ni instance de contrôle ni comité de suivi opérationnel, malgré les dispositions annoncées dans le pacte politique ayant servi de base à la nouvelle gouvernance. L’organisation estime que cette situation entretient un vide institutionnel et ne permet pas d’évaluer la mise en œuvre des engagements relatifs au rétablissement de la sécurité et à l’organisation des élections.
Sur le plan sécuritaire, la plateforme affirme que le droit à la vie continue d’être gravement menacé et que les libertés publiques demeurent fortement restreintes par la progression des groupes armés.
« Le droit à la vie continue d’être banalisé, les libertés publiques sont piétinées, et les forces de l’ordre ne parviennent jusqu’à présent pas à endiguer l’insécurité », écrit-elle.
Le rapport recense plus d’une dizaine d’attaques majeures perpétrées par des groupes armés entre janvier et le début du mois de juillet 2026 dans plusieurs communes, notamment Bel-Air, Cité Soleil, Kenscoff, Croix-des-Bouquets, Marigot et dans le Bas-Artibonite.
Parmi les faits les plus marquants, la POHDH cite l’attaque menée les 29 et 30 mars dans les localités de Jean-Denis, Pont-Benoît et Roger, dans la commune de Petite-Rivière de l’Artibonite, attribuée au gang Gran Grif. Selon le rapport, cette offensive a fait au moins 70 morts, plusieurs dizaines de blessés, provoqué l’incendie de plus d’une centaine de maisons et de jardins, tout en entraînant le déplacement de milliers de personnes.
L’organisation mentionne également les attaques armées du 14 avril à Séguin, dans la commune de Marigot, ayant coûté la vie à au moins sept personnes, ainsi que les affrontements entre groupes armés rivaux dans la plaine du Cul-de-Sac, entre le 24 et le 26 avril, qui ont fait une vingtaine de morts, dont plusieurs membres d’une même famille.
La POHDH revient aussi sur les attaques menées du 4 au 9 juillet dans la commune de Kenscoff, attribuées au gang « 5 Segond ». Selon elle, ces violences ont causé la mort de plus de 61 personnes, dont 14 enfants, et entraîné le déplacement de près de 6 000 habitants.
La plateforme affirme par ailleurs avoir identifié plus de 70 cas d’enlèvements durant ses activités de monitoring, tout en précisant que le nombre réel pourrait être supérieur, de nombreuses familles choisissant de ne pas dénoncer publiquement les kidnappings en raison des pressions exercées par les ravisseurs.
Concernant les libertés publiques, la POHDH estime que les principaux axes routiers demeurent sous le contrôle de groupes armés qui imposent des postes de péage illégaux, limitant fortement la liberté de circulation de la population.
Elle critique également le décret publié le 31 décembre 2025 encadrant la liberté d’expression, qu’elle considère comme « un instrument de contrôle et de censure » incompatible avec la Constitution et les engagements internationaux d’Haïti.
La plateforme dénonce en outre les interventions policières lors de plusieurs mouvements sociaux, notamment les mobilisations des ouvriers en avril ainsi que les manifestations des étudiants et médecins de la Faculté de médecine et de pharmacie, organisées en juin et juillet pour réclamer la réouverture de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti. Selon elle, ces manifestations pacifiques ont été dispersées par la force.
La situation sécuritaire conduit également, selon la POHDH, à un déplacement massif et continu de la population. Le rapport souligne que les vagues de déplacements forcés, amorcées en 2021, se sont poursuivies durant le premier semestre de 2026, touchant principalement les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre.
S’appuyant notamment sur les observations de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la plateforme indique que plus de 13 500 personnes ont fui leurs domiciles dans le département de l’Artibonite entre mars et avril 2026. Dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, le nombre de déplacés internes est estimé à près de 300 000 personnes, à la suite des violences ayant frappé notamment Bel-Air, Wharf Jérémie, Saint-Martin, Tokyo et Cité Soleil.
Les communes de Croix-des-Bouquets, Tabarre, Ganthier, Thomazeau et la plaine du Cul-de-Sac figurent également parmi les zones les plus touchées. Selon la POHDH, les groupes armés y imposent des barrages, des rançons et des violences qui contraignent les habitants à abandonner leurs maisons ainsi que leurs terres agricoles.
« Plus d’un million de personnes ont déjà fui leurs maisons depuis les escalades de violence de juin 2021 », rappelle le rapport.
L’organisation décrit des camps de déplacés où les conditions de vie demeurent extrêmement précaires. La promiscuité, l’insalubrité, l’insuffisance des installations sanitaires, le manque d’eau potable et la propagation de maladies y constituent, selon elle, des violations graves des droits fondamentaux.
La POHDH indique que certains sites accueillent plus de 10 000 personnes avec seulement quelques toilettes fonctionnelles et un accès très limité à l’eau potable. Les déplacés souffrent également de malnutrition, de maladies cutanées, d’infections sexuellement transmissibles, de l’absence de suivi médical ainsi que d’une interruption des distributions alimentaires dans plusieurs camps.
« Les camps de déplacés en Haïti sont des espaces de survie où règnent promiscuité, insalubrité et insécurité en permanence », affirme la plateforme.
Le rapport attire également l’attention sur la situation des enfants et des adolescents vivant dans ces sites d’accueil. Selon les observations de la POHDH, la majorité des enfants déplacés ne sont pas scolarisés, tandis que les jeunes diplômés ne disposent d’aucune perspective d’emploi. L’organisation fait également état d’une augmentation des grossesses précoces chez les adolescentes vivant dans les camps, phénomène qu’elle associe à la précarité et à l’absence de mécanismes de protection.
Au-delà du déplacement forcé, la plateforme estime que les institutions publiques poursuivent leur affaiblissement dans un contexte de crise politique persistante. Elle considère que le fonctionnement de l’État demeure profondément affecté par l’absence de contrepoids institutionnels, l’inexistence du Parlement depuis plusieurs années et les difficultés de fonctionnement du système judiciaire.
Selon le rapport, plusieurs institutions publiques ont dû être relocalisées en raison de l’insécurité, notamment le Tribunal de première instance de Port-au-Prince, qui fonctionne désormais dans des conditions jugées inadéquates.
« Le pouvoir exécutif fonctionne en dehors des normes constitutionnelles », soutient la POHDH, qui affirme que la Primature exerce ses fonctions sans mécanisme effectif de contrôle institutionnel.
La plateforme estime également que la justice contribue à alimenter le climat d’impunité. Elle évoque un appareil judiciaire confronté à des difficultés structurelles, à des problèmes d’organisation, au manque de numérisation des dossiers, à des déficiences administratives ainsi qu’à des soupçons de corruption.
Le rapport rappelle qu’en juin 2026, le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) a maintenu la non-certification de 26 magistrats. Il souligne également que, malgré la création de pôles judiciaires spécialisés dans les crimes financiers, les crimes sexuels et les crimes de masse, leur capacité opérationnelle reste limitée.
Parmi les dossiers emblématiques évoqués figure celui de l’ancien directeur général de l’Administration générale des douanes (AGD), Romel Bell. La POHDH rappelle que la Cour d’appel a annulé, en mai 2026, l’ordonnance rendue en novembre 2025 par le juge d’instruction Jean Wilner Morin, invoquant des irrégularités de procédure, alors que ce dernier estimait disposer d’éléments suffisants pour poursuivre plusieurs personnes pour blanchiment des avoirs, financement du terrorisme, enrichissement illicite et autres infractions.
L’organisation cite également l’enquête sur l’assassinat du président Jovenel Moïse comme illustration des difficultés du système judiciaire haïtien.
« Cinq ans après ce crime, les dossiers, auditions et actes d’instruction s’accumulent sans pour autant aboutir à des avancées concrètes », relève le rapport.
La POHDH rappelle qu’aux États-Unis, plusieurs accusés ont déjà été condamnés dans cette affaire, alors qu’en Haïti, le dossier demeure en instruction malgré la succession de plusieurs juges et la détention de nombreux suspects.
Le rapport consacre également un important développement aux conditions carcérales, qualifiées de particulièrement préoccupantes. À l’issue de visites réalisées dans plusieurs établissements pénitentiaires des départements de l’Ouest, du Nord et du Nord-Est, la plateforme affirme que les prisons haïtiennes ne garantissent ni le respect de la dignité humaine ni les droits fondamentaux des personnes privées de liberté.
Selon l’organisation, la majorité des détenus restent placés en détention préventive prolongée, tandis que la surpopulation carcérale atteint des niveaux critiques.
Le Centre de rééducation des mineurs en conflit avec la loi (CERMICOL), conçu pour accueillir une centaine de mineurs, héberge désormais près de 800 détenus provenant de plusieurs établissements pénitentiaires, dont des femmes, des mineurs et des détenus transférés des prisons civiles de Port-au-Prince, Cabaret et Croix-des-Bouquets.
La POHDH décrit des cellules surpeuplées où certains détenus sont contraints de dormir à tour de rôle ou dans des sanitaires, dans un environnement marqué par l’insuffisance des soins médicaux, l’accumulation des déchets et des conditions d’hygiène dégradées.
Elle souligne également les difficultés rencontrées par le personnel pénitentiaire, confronté au manque de matériel, à des infrastructures inadéquates et à des interruptions fréquentes de l’alimentation électrique, compliquant la gestion des établissements carcéraux.
Après avoir dressé un constat alarmant de la situation des droits civils et politiques, la Plate-forme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains (POHDH) estime que les droits économiques, sociaux et culturels de la population haïtienne continuent également d’être gravement affectés par la crise multidimensionnelle que traverse le pays.
Dans son rapport semestriel couvrant les six premiers mois de l’année 2026, l’organisation souligne que l’insécurité, l’instabilité politique, la faiblesse des institutions publiques et la dégradation des conditions économiques ont accentué la précarité alimentaire, fragilisé le marché du travail, paralysé une partie du système éducatif et aggravé les difficultés d’accès aux soins de santé.
Sur le plan alimentaire, la POHDH affirme que la situation demeure particulièrement préoccupante. Elle cite les données de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA), selon lesquelles plus de 5,83 millions de personnes, soit environ 52 % de la population, traversent une situation de crise alimentaire. Parmi elles, près de 1,9 million de personnes seraient confrontées à une situation d’urgence.
Selon la plateforme, cette crise alimentaire, qui existait déjà depuis plusieurs années, s’est considérablement aggravée avec l’expansion des violences armées dans plusieurs régions du pays. Les activités agricoles, essentielles à la production nationale, ont été fortement affectées par les attaques des gangs, les déplacements forcés, les restrictions de circulation et les exigences financières imposées aux agriculteurs.
« Certains paysans ont été chassés de leurs terres et voient leurs plantations complètement brûlées », affirme la POHDH.
L’organisation cite notamment les départements de l’Artibonite, de l’Ouest et du Sud comme des zones particulièrement touchées. Dans l’Artibonite, elle indique que des groupes armés de la coalition Viv Ansanm se sont emparés de terres agricoles dans plusieurs localités, notamment Petite-Rivière de l’Artibonite, Liancourt, Marchand Dessalines et Jean Denis.
La plateforme estime que cette situation contribue à une baisse supplémentaire de la production agricole nationale, renforçant ainsi la dépendance d’Haïti aux importations alimentaires.
Elle souligne également que l’augmentation des prix des produits pétroliers a eu un impact direct sur le coût de la vie et le pouvoir d’achat des ménages, aggravant davantage les difficultés économiques des familles.
Concernant le droit au travail, la POHDH relève que le chômage demeure persistant dans un contexte marqué par la fermeture d’entreprises, la réduction des activités économiques et l’insécurité généralisée.
Selon son analyse, plusieurs entreprises ont été contraintes de fermer leurs portes, certaines ayant été pillées ou ayant réduit leurs effectifs en raison de la violence. Le secteur informel, qui constitue une composante importante de l’économie haïtienne, subit également de lourdes conséquences.
La plateforme rappelle que plusieurs marchés importants de Port-au-Prince, notamment ceux de Croix-des-Bossales, Hippolyte et Salomon, demeurent dysfonctionnels depuis plusieurs années en raison de l’insécurité. Dans l’Artibonite également, plusieurs marchés locaux ont été affectés par les attaques armées et les difficultés de circulation.
Les ouvriers de la sous-traitance figurent parmi les catégories les plus touchées, selon la POHDH. Elle évoque notamment les difficultés rencontrées par les travailleurs de la Société nationale des parcs industriels (SONAPI) et de la Compagnie de développement industriel (CODEVI), confrontés à l’augmentation des coûts de transport, à l’inflation et à la précarité salariale.
Face à leurs conditions de travail, plusieurs organisations syndicales, dont la Centrale nationale des ouvrières et ouvriers haïtiens (CNOHA) et Batay Ouvriye, ont organisé des mouvements de mobilisation du 13 au 15 avril 2026 pour réclamer une amélioration des conditions salariales.
Les travailleurs réclamaient notamment un salaire minimum de 3 000 gourdes, alors que le salaire en vigueur était fixé à 685 gourdes pour certains secteurs en avril 2026.
La POHDH affirme que ces manifestations ont été dispersées par les forces de l’ordre, dénonçant un usage abusif de gaz lacrymogène contre des manifestants pacifiques. Elle indique également que des travailleurs de CODEVI auraient été victimes de licenciements après ces mobilisations.
Le gouvernement a finalement adopté, le 6 mai 2026, un arrêté fixant le salaire minimum à 1 000 gourdes, une décision jugée insuffisante par les organisations ouvrières.
Dans le domaine de l’éducation, la POHDH estime que la crise sécuritaire continue de provoquer une importante désorganisation du système scolaire et universitaire.
Elle rappelle que plusieurs établissements scolaires et universitaires avaient déjà été contraints de fermer ou d’abandonner leurs locaux en raison des violences. Selon les données croisées du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), de l’UNICEF et d’organisations syndicales, plus de 1 600 écoles et centres d’apprentissage seraient fermés ou incapables de fonctionner normalement.
Cette situation affecte particulièrement les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre.
La plateforme indique que plusieurs établissements scolaires sont obligés de partager les mêmes espaces, tandis que certains fonctionnent seulement quelques jours par semaine, provoquant d’importantes pertes pédagogiques pour les élèves.
Le système universitaire public est également durement touché. Selon le rapport, sur les onze entités de l’Université d’État d’Haïti (UEH), dix ne peuvent plus fonctionner normalement dans leurs locaux habituels à cause de l’insécurité.
La POHDH affirme que les institutions universitaires déplacées doivent souvent utiliser des espaces inadaptés, marqués par l’absence de bibliothèques, le manque de salles appropriées, la surcharge des effectifs et les coupures d’électricité.
Les conditions de travail des enseignants constituent également une source majeure de préoccupation. L’organisation rapporte plusieurs mouvements de protestation lancés par des syndicats d’enseignants réclamant notamment le paiement des arriérés de salaires, des primes de risque et la réhabilitation des établissements scolaires.
Elle cite notamment la grève générale annoncée en janvier 2026 par plusieurs organisations syndicales, ainsi que les mobilisations menées au cours du premier semestre par la Confédération nationale des éducatrices et éducateurs d’Haïti (CNEH), la Fédération nationale des travailleurs en éducation et en culture (FENATEC) et l’Union nationale des normaliens d’Haïti (UNNOH).
La POHDH dénonce également les violences policières qui auraient accompagné certaines manifestations étudiantes, notamment celles organisées par les étudiants de l’École normale supérieure (ENS) et de la Faculté de médecine et de pharmacie (FMP) pour réclamer de meilleures conditions d’apprentissage et la réouverture des espaces hospitalo-universitaires.
Dans le secteur sanitaire, la plateforme décrit une situation particulièrement critique. Elle affirme que plusieurs hôpitaux publics restent fermés ou fonctionnent très en dessous de leurs capacités en raison de l’insécurité, du manque de ressources humaines et de l’insuffisance des équipements.
L’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), l’Hôpital Sanatorium et la maternité Isaïe Jeanty et Léon Audain figurent parmi les établissements cités comme toujours paralysés ou difficilement accessibles.
Cette situation exerce une pression considérable sur les rares centres encore opérationnels, notamment l’Hôpital universitaire de la Paix, présenté comme l’un des principaux établissements publics fonctionnels de la région métropolitaine.
Selon la POHDH, cet hôpital fait face à une surcharge constante en raison de l’afflux de blessés par balles, de déplacés internes et de patients souffrant de maladies chroniques.
Les personnels de santé sont également confrontés à des conditions de travail difficiles, marquées par les retards de paiement, le manque de matériel et les risques sécuritaires sur les trajets.
La plateforme cite le cas des médecins stagiaires de l’Université de la Fondation Jean-Bertrand Aristide (UNIFA), qui ont observé un mouvement de grève en avril 2026 pour réclamer le paiement de salaires impayés depuis plusieurs mois.
Dans le département du Centre, l’Hôpital universitaire de Mirebalais demeure dysfonctionnel depuis les attaques armées du 31 mars 2025, tandis que dans le Nord, l’Hôpital universitaire Justinien a connu une interruption d’activités en avril et mai 2026 en raison d’un mouvement de grève du personnel réclamant le paiement d’arriérés de salaires.
Pour la POHDH, cette crise sanitaire menace non seulement l’accès immédiat aux soins, mais également l’avenir du système médical haïtien, en raison de la fermeture prolongée des hôpitaux universitaires qui affecte la formation des futurs professionnels de santé.
Face à la dégradation continue de la situation des droits économiques, sociaux et culturels, la Plate-forme des Organisations Haïtiennes des Droits Humains (POHDH) formule une série de recommandations visant à répondre aux urgences humanitaires tout en s’attaquant aux causes structurelles de la crise.
Dans son rapport semestriel couvrant les six premiers mois de l’année 2026, l’organisation appelle les autorités haïtiennes à adopter des mesures urgentes pour garantir les droits fondamentaux de la population, notamment l’accès à l’alimentation, à la santé, à l’éducation et au travail.
La POHDH exhorte l’État haïtien à renforcer les politiques publiques destinées à lutter contre l’insécurité alimentaire, notamment par un appui accru à la production agricole nationale. Elle recommande la mise en place de programmes de soutien aux agriculteurs victimes des violences armées, ainsi que des mécanismes permettant aux paysans déplacés de regagner leurs terres et de reprendre leurs activités de production.
L’organisation insiste également sur la nécessité de développer une stratégie nationale de relance agricole afin de réduire la dépendance du pays aux importations alimentaires et de renforcer la capacité de résilience des communautés rurales affectées par la crise.
Sur le plan économique et social, la POHDH demande aux autorités de prendre des mesures concrètes pour protéger les travailleurs et garantir des conditions de travail décentes. Elle appelle notamment au respect des droits syndicaux, à l’amélioration des conditions salariales et à la mise en œuvre de politiques favorisant la création d’emplois dans un contexte marqué par la fermeture d’entreprises et la contraction de l’activité économique.
Concernant l’éducation, la plateforme recommande la mise en place d’un plan d’urgence pour permettre la réouverture des écoles et des universités affectées par l’insécurité. Elle préconise un accompagnement renforcé des établissements déplacés ou endommagés, ainsi que des mesures visant à garantir aux élèves, aux étudiants et aux enseignants des conditions d’apprentissage et de travail adaptées.
La POHDH appelle également à un investissement accru dans le système éducatif public afin de prévenir une aggravation des inégalités d’accès à l’éducation et de limiter les conséquences à long terme des interruptions scolaires sur les jeunes générations.
Dans le secteur sanitaire, l’organisation demande aux autorités de prendre des dispositions immédiates pour rétablir le fonctionnement des hôpitaux publics paralysés et renforcer les capacités des centres de santé encore opérationnels. Elle recommande notamment l’amélioration des conditions de travail du personnel médical, le paiement régulier des salaires et la disponibilité des médicaments et équipements essentiels.
La plateforme souligne également l’importance de protéger les infrastructures sanitaires contre les violences armées et de garantir un accès sécurisé aux soins pour les populations vivant dans les zones affectées par l’insécurité.
Au-delà des secteurs sociaux, la POHDH estime que la résolution durable de la crise passe par un renforcement des institutions publiques et de l’État de droit. Elle appelle les autorités à adopter des politiques fondées sur le respect des droits humains, la transparence et la responsabilité publique.
L’organisation recommande enfin une meilleure coordination entre l’État, les organisations de la société civile et les partenaires internationaux afin d’apporter des réponses cohérentes aux multiples crises auxquelles la population haïtienne est confrontée.
Pour la POHDH, les mesures d’urgence ne pourront produire des résultats durables sans une approche globale intégrant la sécurité, la gouvernance, le développement économique et la protection des droits fondamentaux. Elle estime que seule une action publique structurée et centrée sur les besoins de la population pourra permettre au pays de sortir progressivement de la crise actuelle.

