PORT-AU-PRINCE, jeudi 20 novembre 2025 (RHINEWS)– La Fondasyon Je Klere (FJKL) a officiellement sollicité du Commissaire du Gouvernement près le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, Me Jean Fritz Paterson Dorval, des informations jugées urgentes sur l’état d’avancement des dossiers impliquant l’ex-sénateur Nenel Cassy. Dans une correspondance signée par sa directrice exécutive, Marie Yolène Gilles, l’organisation affirme avoir « l’honneur de solliciter du Parquet des informations relatives à l’état d’avancement des dossiers relatifs au prévenu Nenel Cassy poursuivi depuis des années pour plusieurs infractions graves ».
La FJKL soutient que plusieurs dossiers transmis depuis longtemps pour réquisitoire définitif sont « gardés au Parquet au-delà des délais prévus par la loi », une situation qu’elle qualifie de « dépassement surréaliste des délais » pouvant être assimilée, selon elle, à « des actes de corruption, d’abus de fonction, d’abus d’autorité, d’obstruction à la justice ou de complicité ».
S’agissant du dossier du Bureau de Monétisation des Programmes d’Aide au Développement (BMPAD), l’organisation rappelle que l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC) avait transmis, le 4 octobre 2018, un rapport d’enquête « de plus de quatre cents pages » au commissaire de l’époque, Me Clamé Ocnam Dameus. Le 14 novembre 2018, le parquet avait requis l’ouverture d’une instruction contre plusieurs responsables, et le juge Jean Wilner Morin, chargé d’instruire le dossier, avait relevé « des liens de complicité de Nenel Cassy avec ces prévenus ». La FJKL signale que « le dossier est transmis au parquet pour réquisitoire définitif et n’est jamais retourné » au cabinet du juge.
En ce qui concerne l’affaire du groupe armé « Fantom 509 », la FJKL souligne que la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) avait transmis en 2021 plusieurs rapports partiels et suppléments d’enquête concernant notamment Reynald Courtois, Louinson Lundy, Schneider Alexandre alias BC, Maxime Jean, Raphaël Jean alias Ti Blanc et d’autres individus poursuivis pour association de malfaiteurs et complot contre la sûreté intérieure. Le dossier avait été confié au juge Renord Registre, lequel « a depuis quitté le pays pour des raisons de sécurité ».
La FJKL rappelle également l’assassinat du diplomate et entrepreneur Jacques Pierre Matilus le 3 février 2021 à Delmas 40 B. La lettre précise qu’« un couteau ensanglanté avait été retrouvé étonnamment au véhicule de Nenel Cassy par la DCPJ ». Instruite par le juge Ikenson Edumé, l’affaire demeure bloquée puisque Nenel Cassy, surnommé « Neg Kouto a », « n’a toujours pas répondu de ces faits par devant ses juges ».
Dans le dossier d’enrichissement illicite, de blanchiment et de fausses déclarations de patrimoine, la FJKL rappelle qu’un rapport de l’ULCC publié le 15 novembre 2023 recommandait des poursuites contre l’ex-sénateur. Ce dossier avait été remis au juge Jean Wilner Morin, qui l’a transmis au parquet pour réquisitoire définitif. « Ce dossier non plus n’est jamais retourné au cabinet du juge avec le réquisitoire définitif », déplore l’organisation.
La FJKL évoque aussi le dossier relatif aux accusations de complot contre la sûreté intérieure de l’État, d’actes de terrorisme, d’incendies criminels et de financement du terrorisme en lien avec les graves événements de Kenscoff. Elle rappelle que la DCPJ avait procédé à l’arrestation de Nenel Cassy le 2 août 2025 dans l’enceinte d’un restaurant à Pétion-Ville, et que le dossier avait été transféré au parquet le 19 août. Selon la FJKL, l’ancien commissaire du gouvernement Frantz Monclair aurait libéré les prévenus et classé le dossier sans suite. L’organisation questionne : « Votre annonce de rouvrir le dossier et de saisir le Cabinet d’instruction a-t-elle suivi d’effet ? Quel juge d’instruction a été désigné ? ».
La FJKL affirme avoir appris que le dossier n’aurait jamais été retourné au greffe et que la décision de classement sans suite n’y serait pas enregistrée. Elle estime qu’il s’agirait, si ces informations sont confirmées, de « faits graves d’entrave à la justice, de soustraction de pièces dans des dossiers criminels, de destruction de documents officiels et d’abus de fonction ».
« Tous les dossiers relatifs au prévenu Nenel Cassy ont-ils disparu mystérieusement au greffe du Parquet de Port-au-Prince ? Quels sont les responsables de ces actes criminels ? Quel est l’apport du Parquet dans le climat d’insécurité généralisée du pays si les dossiers montés au prix de lourds sacrifices par la DCPJ ne font l’objet d’aucune réponse pénale pour cause de corruption ? », interroge l’organisation.

