PORT-AU-PRINCE, mardi 4 novembre 2025 (RHINEWS))- L’ouragan Melissa, l’un des plus violents jamais enregistrés dans les Caraïbes avec des vents dépassant les 250 km/h, a laissé Haïti et la Jamaïque meurtries et isolées, plongeant plus de deux millions de personnes dans une situation d’urgence humanitaire. Sur les deux îles, maisons arrachées, routes éventrées, hôpitaux hors service et réseaux vitaux effondrés témoignent de l’ampleur d’un désastre qui dépasse déjà les capacités de réponse locales.
En Jamaïque, où « plus de 1,5 million de personnes – soit plus de la moitié de la population – ont été touchées », selon Farhan Haq, porte-parole adjoint du Secrétaire général de l’ONU, les dégâts s’annoncent colossaux. Plus de 130 routes sont impraticables, des quartiers entiers restent coupés du monde, et les réseaux électriques et de communication sont partiellement paralysés. « Les hôpitaux signalent ne disposer que de quelques jours de réserves alimentaires », a alerté M. Haq, évoquant également des « pénuries graves d’eau et de carburant pour produire de l’électricité ».
À Black River, le principal établissement de santé a été détruit. L’Organisation panaméricaine de la santé dépêche des unités médicales d’urgence et un soutien psychosocial, tandis que le Programme alimentaire mondial (PAM) prépare une assistance pour jusqu’à 360 000 personnes. L’UNICEF œuvre au rétablissement de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement pour éviter une crise sanitaire.
De l’autre côté du canal du Morne, Haïti encaisse de plein fouet une catastrophe supplémentaire, sur fond d’insécurité, de pauvreté et d’effondrement institutionnel. « La tempête a causé au moins 30 décès », a déclaré Daniel Ham, chef adjoint des programmes du PAM à Port-au-Prince, précisant que « de vastes zones agricoles ont été submergées » et que de nombreux logements ont été balayés sur la côte sud. Selon les premières estimations, 1,25 million d’Haïtiens ont été touchés. Le PAM prévoit d’assister jusqu’à 190 000 personnes parmi les plus vulnérables.
Avant le passage du cyclone, l’agence avait déjà effectué 900 000 dollars de transferts anticipés à 50 000 familles. Pendant la tempête, « des camions chargés de riz, de légumineuses, d’huile et de céréales ont été dépêchés vers les abris », notamment à Jérémie et aux Cayes, deux des villes les plus frappées. À mesure que les familles regagnent des villages dévastés, le PAM distribuera des rations de deux semaines avant de mettre en place des transferts monétaires pour relancer les marchés locaux lorsque cela sera possible.
Mais la réponse humanitaire se heurte à des obstacles majeurs : routes coupées, pénuries d’essence, insécurité et manque criant de financement. Le plan humanitaire 2025 pour Haïti, estimé à 908 millions de dollars, n’est financé qu’à 21 %, a rappelé le Bureau des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA). « Malgré les contraintes, les Nations Unies et leurs partenaires demeurent déterminés à rester sur le terrain », a assuré Farhan Haq.
Depuis Doha, où il participait au Sommet mondial pour le développement social, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a réaffirmé « la solidarité de l’Organisation et la poursuite de son assistance » aux pays touchés, après un échange avec le Premier ministre cubain Manuel Marrero Cruz sur les « ravages causés par Melissa ».
Alors que l’eau se retire et que les images de désolation s’accumulent, Haïti et la Jamaïque se retrouvent face à un défi monumental : reconstruire, secourir, et empêcher que la catastrophe climatique ne se transforme en crise humanitaire durable. « Les besoins augmentent chaque heure », a rappelé un responsable humanitaire des Nations Unies. « Le temps presse. »

