GROS-MORNE, lundi 12 octobre 2026 (RHINEWS)– La Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH) dénonce l’impunité entourant les violences armées en Haïti après des attaques attribuées au gang « Kokorat san ras » dans la commune de Gros-Morne, entre le 28 septembre et le 5 octobre. Selon un bilan préliminaire cité par l’organisation, plus de 11 personnes ont été tuées et plus de 8 000 autres contraintes de quitter leur domicile.
Dans un communiqué publié lundi, la POHDH appelle les autorités à placer la protection de la population au centre des opérations de sécurité et demande que les auteurs des violences, ainsi que les acteurs qui contribuent à les entretenir, répondent de leurs actes devant la justice.
« Chaque massacre commis dans le pays est un massacre de trop, et chaque personne tuée représente une mort de trop », affirme l’organisation dans ce texte rédigé en créole haïtien.
La POHDH souligne que les attaques à Gros-Morne sont survenues immédiatement après une opération ponctuelle menée à Ti Bwadòm contre le groupe criminel par la Force de suppression des gangs. Les informations qu’elle indique avoir recueillies font état de graves problèmes de planification et de coordination lors de cette intervention. Le communiqué ne fournit toutefois pas de précisions sur ces défaillances.
Selon l’organisation, le déroulement de cette opération et, plus largement, les modalités d’intervention de la Police nationale d’Haïti, des forces armées, des groupes privés de mercenaires et des forces multinationales renforcent ses interrogations sur la volonté et les motivations des autorités dans la lutte contre les violences.
La POHDH rappelle également que les attaques de gangs contre la commune de Kenscoff, en juillet et en août, ont causé la mort de plus de 160 personnes, selon les chiffres qu’elle cite. Elle mentionne aussi les attaques perpétrées à Gressier du 17 au 21 août, qui auraient fait plus d’une vingtaine de morts et contraint plusieurs centaines de personnes à fuir leur domicile.
L’organisation décrit une multiplication des assassinats, des massacres, des enlèvements, des troubles, des déplacements forcés, des viols, des destructions de biens publics et des actes d’extorsion. Elle souligne que ces violences aggravent la pauvreté et touchent toutes les catégories de la population, notamment les personnes âgées, les enfants, les personnes handicapées et les nourrissons.
Exprimant sa solidarité avec les familles et les proches des victimes, la POHDH estime que ces actes constituent de graves violations des droits humains et de la dignité des personnes, particulièrement du droit à la vie, à la sécurité, à la protection et à l’intégrité physique.
Elle accuse les dirigeants de l’État de ne pas prendre en considération les souffrances de la population, alors que celle-ci contribue au financement du Trésor public. Selon elle, leur comportement accentue les violences, tant structurelles que conjoncturelles, et affaiblit les institutions chargées des services publics.
« Ceux qui tirent ne sont pas les seuls criminels », soutient la POHDH. Elle considère que les acteurs politiques ou économiques, nationaux ou internationaux, qui contribuent à alimenter cette violence portent également une responsabilité dans les vies détruites et doivent rendre des comptes devant la justice. Le communiqué ne désigne cependant aucun acteur en particulier et ne détaille pas de cas individuels.
L’organisation dénonce parallèlement une justice qu’elle décrit comme étant « à genoux » et minée par « la corruption et l’impunité ».
« La lutte contre la violence doit placer la vie humaine au premier plan », insiste-t-elle, en demandant que les opérations prévoient des mesures adéquates de protection de la population.
La POHDH met en garde contre des stratégies susceptibles de permettre à des personnes ou à des groupes de tirer profit de l’insécurité et de renforcer l’économie criminelle. Elle rejette également les interventions qui, selon elle, viseraient à manipuler la population ou à donner l’apparence d’une action alors que la situation demeure inchangée, voire s’aggrave.
« La lutte contre la violence doit passer par la lutte contre l’impunité à tous les niveaux de l’État », affirme l’organisation.
Elle rappelle que le premier ministre de facto, en sa qualité de président du Conseil supérieur de la Police nationale, et son gouvernement ont la responsabilité d’assurer la sécurité de la population.
La POHDH souligne que le contrôle du territoire et la protection des vies relèvent des responsabilités régaliennes de l’État haïtien. Elle appelle la police et la justice à assumer leurs obligations et demande au ministère des Affaires sociales et du Travail de prendre les dispositions nécessaires pour apporter une assistance adaptée aux victimes.
L’organisation invite enfin la population à rester vigilante, estimant que les autorités de facto et leurs alliés ne semblent pas manifester la volonté nécessaire pour combattre les violences qui continuent d’endeuiller le pays.

