PORT-AU-PRINCE, mardi 30 juin 2026 (RHINEWS)– Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a demandé au Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) d’examiner les agissements du juge Cyprien Jn F. Denis Pierre, chargé du supplément d’information dans l’enquête judiciaire sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, estimant que la conduite du magistrat compromet l’avancement de la procédure.
Dans une correspondance adressée le 30 juin 2026 au président du CSPJ, le magistrat Jean Joseph Lebrun, le RNDDH affirme demeurer « extrêmement préoccupé par la conduite de l’instruction judiciaire devant faire jaillir la lumière autour de ce drame national », à quelques jours du cinquième anniversaire de l’assassinat de l’ancien chef de l’État, le 7 juillet prochain.
L’organisation de défense des droits humains soutient que, contrairement à l’enquête menée aux États-Unis, qui « est parvenue à fixer les responsabilités de certaines personnes impliquées dans ce magnicide spectaculaire », l’instruction conduite en Haïti s’apparente à « un simulacre d’instruction ». Elle attribue cette situation à « l’amateurisme, la nonchalance et le laxisme » du juge chargé du supplément d’information.
Selon le RNDDH, huit mois après avoir été désigné pour réaliser ce supplément d’information, le magistrat n’a toujours pas produit son rapport ni sollicité de prorogation de délai, ce qui constituerait, selon l’organisation, une violation des dispositions de la loi du 26 juillet 1979 sur l’appel pénal. Cette situation aurait également pour conséquence, affirme-t-elle, de maintenir plusieurs personnes en détention préventive « au-delà du délai légal », portant atteinte à leur droit d’être jugées dans un délai raisonnable.
Le RNDDH critique également une ordonnance rendue le 19 mai 2026 par le juge, autorisant la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) à perquisitionner les locaux de l’organisation ainsi que la résidence privée de son directeur exécutif afin de rechercher le carnet de notes attribué au président Jovenel Moïse. L’organisation affirme que ce document figure déjà parmi les pièces versées au dossier de l’enquête, comme l’indiquerait une ordonnance rendue le 25 janvier 2024 par le juge d’instruction Walther Wesser Voltaire.
Dans sa lettre, le RNDDH rappelle avoir déjà saisi le CSPJ, le 22 mai dernier, au sujet de ces perquisitions. L’organisation dit regretter que le Conseil ne se soit pas encore prononcé sur ce qu’elle qualifie de « mauvaise foi caractérisée » du magistrat.
Le réseau affirme par ailleurs être convaincu que le juge « instrumentalise la Justice pour faire taire une organisation qui, depuis 1982, œuvre pour le respect, la réalisation et la protection des droits humains ». Il lui reproche notamment des inculpations fondées, selon lui, sur de simples appels téléphoniques ou entretiens, des changements de statut procédural de certaines personnes, des rencontres privées avec des inculpés ainsi que des revirements concernant des mandats d’amener.
Le RNDDH souligne enfin que le parquet n’a pas interjeté appel de l’ordonnance ayant conduit au supplément d’information actuellement en cours. Selon l’organisation, ce rappel vise à « mettre en garde le juge désigné contre ses nombreux excès de pouvoir et ses nombreuses violations des règles de droit et de procédure applicables, qui ne manqueront pas de faire retarder davantage la tenue du procès à venir ».
Dans sa correspondance, le RNDDH dit espérer que les informations transmises permettront au CSPJ de « faire toute la lumière sur les agissements dudit magistrat dans la gestion de ce dossier ».

