par FBG en collaboration avec JRE,
FORT-LIBERTÉ, vendredi 26 septembre 2025 (RHINEWS) – L’archevêque métropolitain de Port-au-Prince, Mgr Max Leroy Mésidor, président de la Conférence épiscopale d’Haïti (CEH), a clôturé vendredi la 144e assemblée ordinaire des évêques par une homélie vibrante à la cathédrale de Fort-Liberté, où il a exhorté les fidèles et les responsables du pays à « oser prendre un nouveau chemin pour rebâtir Haïti dans la paix et la justice ».
« Au terme de notre 144e assemblée ordinaire, nous faisons monter vers le Seigneur notre louange et notre supplication. Nous le bénissons pour la fidélité de son amour qui soutient l’Église en Haïti, pour la foi vivante de tant de baptisés, pour la charité silencieuse de ceux qui se donnent aux plus pauvres, et pour l’espérance indestructible qui, malgré les ténèbres du temps présent, continue d’illuminer nos communautés », a déclaré l’archevêque, entouré de ses pairs, de nombreux prêtres, religieux et fidèles.
Mgr Mésidor a salué l’accueil des habitants de Fort-Liberté, en particulier celui de Mgr Quesnel Alphonse, des autorités locales et de la Police nationale, affirmant : « Que Dieu les bénisse tous et leur accorde des jours de paix et de prospérité. » Il a décrit l’assemblée comme « un temps de grâce où nous avons porté ensemble le souci de la vie de notre Église et du destin de son peuple », dans un contexte national marqué par « la souffrance, l’instabilité et une profonde inquiétude pour l’avenir de la nation ».
L’archevêque a dressé un constat sévère de la situation nationale. « Haïti, notre terre bien-aimée, est malade, elle souffre : l’insécurité se propage partout, beaucoup de familles sont en fuite, l’économie du pays s’effondre, de nombreux jeunes s’exilent tandis que d’autres tombent dans le piège de la délinquance et de la violence », a-t-il souligné. Il a ajouté que « plusieurs dizaines de paroisses sont fermées, ainsi que des œuvres sociales essentielles dans l’éducation et la santé, tandis que des prêtres doivent quitter leurs communautés par crainte pour leur vie ».
Face à ce tableau sombre, il a rappelé la force de la Parole divine. Citant le prophète Aggée, il a déclaré : « Courage, peuple du pays, car je suis avec vous. Le plus beau jour de cette maison viendra » (Ag 2, 4-9). Il a insisté : « Nous aimerions entendre et voir cette parole se réaliser en Haïti aujourd’hui. Nombreux sont ceux qui attendent d’entendre : ‘Courage, vous qui vivez dans ce pays, le Seigneur est avec vous, de plus beaux jours viendront’. »
Appelant à une mobilisation collective, Mgr Mésidor a lancé : « Ensemble, prenons la décision de rebâtir Haïti. Pour cela, il faut un engagement concret, une bonne gouvernance et des institutions publiques au service du peuple. Il faut que les groupes armés prennent conscience du mal qu’ils infligent à la nation et que les institutions et pays qui disent vouloir nous aider le démontrent clairement par des gestes concrets. » Rappelant les paroles du pape Léon XIV le 10 août dernier, il a cité : « Je demande le soutien concret de la communauté internationale pour créer les conditions sociales et institutionnelles qui permettront aux Haïtiens de vivre en paix. »
Mais l’archevêque a souligné que « nous-mêmes devons agir, nous organiser, parler les uns aux autres et bâtir un projet de vie pour tous, et non pour une poignée de privilégiés ». Pour lui, « l’espérance renaît quand le peuple comprend qu’il est acteur de son avenir ».
Revenant sur l’Évangile du jour, il a posé à son tour la question de Jésus : « Pour vous, qui suis-je ? » La réponse de Pierre, « Tu es le Messie, le Christ », a servi de fil conducteur à son message : « Jésus est le Messie souffrant, humilié, torturé et crucifié, mais ressuscité. Le Christ crucifié a vaincu tout mal, et il est la source de notre espérance. »
À l’adresse des pasteurs, il a lancé un appel à la vérité et au courage : « Nous devons avoir une parole solide et claire, qui réveille les consciences, dénoncer l’injustice, inviter à la conversion, défendre la dignité de chaque personne, encourager la paix et rappeler que le bien de tous doit toujours passer avant les intérêts particuliers. » Il a invité les fidèles à traduire l’espérance en gestes concrets : « accompagner les déplacés, soutenir les victimes de violence, épauler les familles brisées par la misère, investir dans l’éducation des enfants et des jeunes pour espérer un autre demain. »
S’adressant directement aux dirigeants haïtiens, il les a exhortés à devenir eux aussi « semence et signe d’espérance », en respectant leurs serments et les biens de l’État, en luttant contre l’impunité et en rétablissant la paix et la sécurité. « Ce n’est pas une faveur qu’ils font au peuple, mais leur mission même, pour laquelle ils reçoivent salaires et privilèges », a-t-il martelé, dénonçant la fermeture croissante des portes internationales au pays.
Dans un passage solennel, il a lancé un cri du cœur : « Haïti ne peut pas mourir, Haïti ne doit pas mourir ! Haïti ne doit pas rester un pays sous le contrôle de groupes armés qui sèment la peur et la souffrance. » Il a plaidé pour « un nouveau chemin », fondé sur le dialogue, une trêve dans la violence et « la construction d’une paix durable, dans la justice et la réparation des torts subis ».
Évoquant la nécessité d’investir dans les infrastructures et surtout dans l’éducation, il a souligné : « Offrons à nos enfants et nos jeunes les outils dont ils ont besoin pour grandir et s’épanouir. » Enfin, il a répété la question du Christ comme une interpellation à tous : « Pour vous, qui suis-je ? » Aux dirigeants, aux groupes armés, à l’Église et à chaque fidèle, il a adressé cette interrogation, rappelant que « la croix, c’est-à-dire les sacrifices acceptés dans l’amour, mène à la vraie victoire ».
Mgr Mésidor a conclu son homélie en appelant à demeurer « pèlerins d’espérance ». « Le Ressuscité est avec nous sur le chemin qui conduit à la joie que rien ni personne ne pourra nous ravir. Confions notre cause à la Vierge Marie, Notre-Dame du Perpétuel Secours. Pour qu’Haïti vive, pour que la paix revienne. Avec Jésus-Christ, tout est encore possible. »

