PORT-AU-PRINCE, vendredi 30 octobre 2026 (RHINEWS) – L’insécurité alimentaire aiguë pourrait atteindre un niveau record en Haïti entre mars et juin 2027, avec 6,35 millions de personnes menacées, soit plus de 500 000 supplémentaires par rapport à la même période en 2026, selon les dernières projections du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), rapportées par les Nations unies.
Parmi les personnes concernées, près de deux millions pourraient se retrouver en situation d’urgence alimentaire, correspondant à la phase 4 de l’IPC, caractérisée par de graves pénuries de nourriture et le recours à des stratégies de survie extrêmes pour satisfaire les besoins alimentaires essentiels.
Cette aggravation annoncée résulte notamment de la persistance des violences armées, des déplacements massifs de population, de l’instabilité économique, de la faiblesse des récoltes et des perturbations climatiques liées au phénomène El Niño.
« Nos équipes constatent un désespoir croissant à mesure que la violence continue de forcer des familles à se déplacer », a déclaré Loren Landis, directrice nationale du Programme alimentaire mondial (PAM) en Haïti.
Selon la responsable onusienne, de nombreuses familles ont été déplacées à plusieurs reprises et arrivent dans les sites d’accueil sans ressources. Les conditions de vie précaires, marquées par la promiscuité et l’insalubrité, augmentent leur exposition à la faim et à la malnutrition.
Plus de 1,5 million d’Haïtiens ont été contraints de quitter leur domicile. Les personnes déplacées, particulièrement celles vivant dans les sites d’accueil, ainsi que les populations établies dans les territoires contrôlés par des groupes armés, figurent parmi les catégories les plus vulnérables.
Privées de leurs activités économiques, de leurs terres agricoles et de leurs sources habituelles de revenus, de nombreuses familles éprouvent des difficultés à se procurer quotidiennement de la nourriture, malgré l’assistance humanitaire.
La situation pourrait également se détériorer dans plusieurs régions rurales. Selon les projections de l’IPC, certaines zones actuellement classées en phase 3, correspondant à une situation de crise alimentaire, pourraient passer en phase 4, dite d’urgence, entre mars et juin 2027.
Les perturbations climatiques associées au phénomène El Niño constituent un facteur supplémentaire de vulnérabilité. Les sécheresses et les inondations affectent déjà les productions agricoles et compromettent les préparatifs des prochaines campagnes de semis.
Parallèlement, la présence de groupes armés sur plusieurs axes routiers perturbe les chaînes d’approvisionnement et complique l’acheminement des produits agricoles vers les marchés locaux.
Le PAM avait également averti, en avril, que la hausse des prix des carburants contribuait à l’augmentation du coût des denrées alimentaires, aggravant une crise qui touche déjà plus de la moitié de la population haïtienne.
Face à cette situation, l’agence onusienne indique avoir apporté, depuis le début de l’année, une assistance à 2,6 millions de personnes, en collaboration avec le gouvernement haïtien.
Cette aide comprend des distributions alimentaires d’urgence, des transferts monétaires, des programmes de protection sociale, des repas scolaires et des interventions destinées à prévenir la malnutrition chez les nourrissons et les jeunes enfants.
Selon le PAM, 74 % des repas distribués dans le cadre de ses programmes scolaires sont préparés à partir de produits cultivés par des agriculteurs locaux, une initiative visant également à soutenir la production agricole nationale.
L’organisation met aussi en œuvre des mécanismes de transferts monétaires préventifs et de micro-assurance destinés à protéger les agriculteurs contre les pertes de récoltes provoquées par la sécheresse ou les précipitations excessives.
Toutefois, le PAM affirme avoir besoin de 78 millions de dollars américains supplémentaires pour poursuivre ses opérations humanitaires jusqu’en mars 2027.
« Cette crise aux multiples facettes nous rappelle à quel point il est important non seulement de fournir une aide alimentaire d’urgence vitale, mais aussi d’intensifier les investissements à long terme qui aident les communautés à résister aux chocs et à protéger leurs moyens de subsistance contre des phénomènes tels qu’El Niño », a déclaré Loren Landis.
Ces nouvelles projections interviennent alors que la persistance de l’insécurité continue de perturber les activités économiques, agricoles et commerciales dans plusieurs régions du pays. Elles font craindre une nouvelle détérioration des conditions alimentaires au premier semestre 2027, dans un contexte de besoins humanitaires croissants et de financements insuffisants.

