PORT-AU-PRINCE, vendredi 17 avril 2026 (RHINEWS) — Le Kolektif Ayisyen Afwodesandan (KAAD) a salué, vendredi, la mobilisation citoyenne autour de la mémoire de la dette imposée à Haïti par la France en 1825, tout en appelant à intensifier les efforts en faveur de réparations pour les peuples afrodescendants.
Dans un communiqué publié à l’occasion du 17 avril, marquant les 201 ans de l’ordonnance signée par Charles X, le collectif affirme que « le combat continue » un an après une « grande mobilisation de conscience » organisée pour le bicentenaire. Il rend hommage « au courage de ces différents groupes de citoyens […] qui, sans relâche, ont mené cette longue et dure bataille d’éveil de la conscience mondiale ».
Le KAAD rappelle que cette ordonnance, imposée sous la menace militaire, contraignait Haïti à verser 150 millions de francs, soit « plus de 21 milliards de dollars américains aujourd’hui ». Il souligne qu’en juillet 1825, « sous la menace des canons brandis contre Port-au-Prince, le président Boyer et le Sénat haïtien ont signé […] les conditions contraignantes » du texte, dénonçant un dispositif financier qui a révélé « un système destiné à paralyser les progrès et le développement du pays ». Désignée comme la « Rançon de l’Indépendance », cette dette a « paralysé l’économie d’Haïti » et affecté durablement la société, en orientant les ressources vers son remboursement au détriment des investissements publics.
Replaçant cette situation dans une perspective historique plus large, le collectif qualifie la traite transatlantique et l’esclavage de « l’injustice la plus inhumaine et la plus durable contre l’humanité jamais perpétrée » et estime que « la question est posée, le crime est reconnu, l’obligation de réponse s’impose : il faut rendre justice et réparations aux peuples afrodescendants ».
Dans ce contexte, le KAAD se félicite de l’adoption, le 25 mars 2026, par l’Assemblée générale des Nations Unies, de la résolution A/80/L.48 qualifiant la traite transatlantique de « crime le plus grave contre l’humanité ». Le texte, porté par le Ghana et approuvé par 123 États, a toutefois suscité des oppositions et abstentions, notamment de la part des États-Unis, de l’Argentine et d’Israël.
S’exprimant avant le vote, le président ghanéen John Dramani Mahama a déclaré : « Aujourd’hui, nous nous rassemblons […] pour affirmer la vérité et ouvrir la voie à la guérison et à la justice réparatrice ». La résolution met en avant l’ampleur, la brutalité et les conséquences durables de l’esclavage, tout en soulignant la nécessité de réparations comme « un pas concret » vers la justice et la dignité.
Les États-Unis ont, de leur côté, exprimé leur opposition. Leur représentant, Dan Negrea, a jugé le texte « hautement problématique », affirmant que Washington « ne reconnaît aucun droit légal à des réparations pour des torts historiques ».
Lors de la commémoration des victimes de l’esclavage, la présidente de l’Assemblée générale, Annalena Baerbock, a dénoncé « l’une des violations des droits de l’homme les plus graves de l’histoire », tandis que le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à s’attaquer aux héritages persistants de l’esclavage, notamment les inégalités et le racisme, en plaidant pour des actions « plus audacieuses ». La poétesse barbadienne Esther Philips a, pour sa part, insisté sur l’exigence de justice, affirmant qu’« il ne saurait y avoir de paix sans justice — une justice réparatrice ».
« Le KAAD […] appelle à une mobilisation à l’échelle mondiale de la conscience citoyenne afin que réparations et justice soient rendues », conclut le communiqué.

