GENÈVE (Suisse), mardi 16 décembre 2025 (RHINEWS) – Au moins 289 journalistes ont été tués à Gaza entre octobre 2023 et la mi-décembre 2025 lors des opérations militaires israéliennes, a indiqué mardi le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), faisant également état d’une intensification des arrestations et des restrictions visant les professionnels des médias palestiniens.
Selon le Bureau des droits de l’homme de l’ONU dans le Territoire palestinien occupé, « tout porte à croire que des journalistes palestiniens ont été délibérément pris pour cible en raison de leur travail ». Dans un communiqué, le chef de ce bureau, Ajith Sunghay, a déclaré que « ces abus suscitent la peur et le désespoir et privent les Palestiniens de tout moyen de faire connaître au monde la réalité de leur vie, de demander justice pour des décennies de discrimination, de violence et d’oppression, et de défendre un avenir dans lequel leurs droits humains seraient enfin protégés et respectés ».
Parallèlement aux morts recensées à Gaza, les forces de sécurité et militaires israéliennes ont arrêté au moins 202 journalistes palestiniens à Gaza et en Cisjordanie entre le 7 octobre 2023 et le 31 octobre 2025, selon le Syndicat des journalistes palestiniens. Quarante-et-un d’entre eux étaient toujours détenus à cette date.
Le Bureau des droits de l’homme relève que « la plupart ont été placés en détention administrative, ce qui, dans le contexte de l’occupation israélienne de la Palestine, entraîne une privation arbitraire de liberté et expose les détenus à la torture et à d’autres mauvais traitements, ainsi qu’à des disparitions forcées ». Des journalistes libérés ont décrit des interrogatoires axés sur leurs reportages ou leurs publications sur les réseaux sociaux, fondés sur des accusations jugées vagues d’« incitation », de « soutien au terrorisme » ou de menaces à la « sécurité nationale » d’Israël.
Ces témoignages font état de détentions au secret, d’interrogatoires abusifs, de traitements dégradants, de conditions de détention inhumaines et du recours systématique à la violence physique et sexuelle, y compris deux cas de viol, selon le HCDH. Depuis le 7 octobre 2023, au moins 85 Palestiniens sont morts en détention israélienne, ajoute l’ONU.
La publication de ce bilan intervient alors qu’Israël maintient une interdiction générale d’accès indépendant à Gaza pour les médias internationaux et impose, selon l’ONU, des restrictions excessives au travail des journalistes internationaux en Cisjordanie.
Plus largement, le HCDH estime que le rétrécissement de l’espace du journalisme indépendant s’inscrit dans une répression accrue visant la société civile palestinienne depuis le 7 octobre 2023. L’ONU cite l’usage de la loi antiterroriste israélienne de 2016 et des règlements de défense de 1945 pour perquisitionner des ONG, restreindre leurs financements et arrêter leur personnel. En février 2025, un projet de loi examiné à la Knesset viserait à criminaliser le partage d’informations avec la Cour pénale internationale (CPI), renforçant les sanctions contre les organisations de défense des droits humains.
Le HCDH mentionne également des restrictions imposées aux ONG internationales, rappelant qu’en mars 2025 une décision israélienne a annulé l’enregistrement d’ONG opérant dans les territoires palestiniens occupés, compliquant l’acheminement de l’aide humanitaire de l’ONU et le travail des organisations locales.
L’ONU souligne enfin que des abus ont aussi été commis par l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, évoquant un usage excessif de la force, des détentions arbitraires et des actes de torture contre des journalistes et des défenseurs des droits humains, ainsi que des poursuites liées à l’expression pacifique sur la base de lois vagues relatives à l’« incitation ». Selon le HCDH, les forces de sécurité palestiniennes ont également réprimé violemment des manifestations dirigées contre l’Autorité et ses pratiques.

