Fin du TPS haïtien : les travailleurs du secteur des soins commencent à manquer aux États-Unis, selon Forbes…

Vue partielle du bâtiment logeant Jackson Hospital à Miami…

WASHINGTON, mercredi 2 septembre 2026 (RHINEWS)  La fin du Statut de protection temporaire (TPS) accordé aux Haïtiens commence déjà à exercer une pression supplémentaire sur le secteur américain des soins à domicile et de la prise en charge des personnes âgées et handicapées, rapporte le magazine Forbes dans un article publié le 31 août par Richard Fowler.

Selon l’article, les conséquences de la politique migratoire américaine dépassent désormais la seule situation des bénéficiaires haïtiens du TPS et touchent directement les établissements de soins, les familles et les patients qui dépendent de cette main-d’œuvre.

« La perte de cette part importante de la main-d’œuvre signifie que les personnes handicapées et les personnes âgées vont perdre des gens sur lesquels elles comptent pour certaines de leurs fonctions les plus élémentaires », a déclaré le Dr Giridhar Mallya, responsable principal des politiques à la Robert Wood Johnson Foundation, cité par Forbes. Il évoque notamment l’aide pour se laver, se nourrir ou prendre ses médicaments.

Le secteur des soins de longue durée était déjà confronté à d’importantes difficultés de recrutement avant la fin annoncée du TPS. « L’industrie des soins de santé est quelque peu paralysée », estime Mallya, expliquant que les établissements ne savent pas comment remplacer des postes « qui étaient déjà difficiles à pourvoir avant cette décision ».

En Floride, l’impact pourrait être particulièrement important. La Florida Health Care Association avait alerté en juillet le département américain de la Sécurité intérieure (DHS) sur les conséquences potentielles de la perte de travailleurs haïtiens. Selon une estimation citée dans sa lettre, si environ un bénéficiaire haïtien du TPS sur cinq travaille dans le secteur de la santé, jusqu’à 35.000 travailleurs de santé en Floride pourraient être concernés par les changements de politique migratoire.

L’association a demandé au DHS de travailler avec les autorités fédérales et de l’État afin d’évaluer l’impact sur les établissements de soins de longue durée avant de prendre des mesures susceptibles de réduire davantage les effectifs. « La perte, même d’un faible pourcentage de ces auxiliaires expérimentés, serait préjudiciable à la continuité des soins des résidents », avait-elle averti.

Le phénomène ne se limite pas à la Floride. Forbes rapporte que des établissements de santé dans plusieurs États, notamment à New York, au Massachusetts et dans l’Ohio, commencent également à faire face au départ ou à la perte de travailleurs haïtiens.

Le magazine souligne que les conséquences ne se résument pas à la difficulté de remplacer un salarié. Les aides à domicile et les assistants de soins développent souvent, au fil des mois ou des années, une connaissance approfondie des habitudes, des traitements et des besoins particuliers de leurs patients. Leur départ peut donc provoquer une rupture dans la continuité des soins.

L’article cite notamment le cas de Solange French, 91 ans, qui dépend depuis trois ans de Martha Nelson, une aide à domicile haïtienne de 69 ans. Nelson prépare ses repas, l’aide dans les tâches quotidiennes, l’accompagne à ses rendez-vous médicaux et lui apporte une présence régulière. « Elle est avec moi tout le temps. La vie serait impossible » sans elle, a déclaré French à l’Associated Press, selon Forbes.

Nelson, arrivée aux États-Unis après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, conserverait avec elle une copie de son autorisation de travail et craindrait que chaque journée de travail soit sa dernière. Son cas illustre, selon l’article, les conséquences humaines de la perte de travailleurs dans un secteur où la relation de confiance entre soignant et patient est essentielle.

Le nombre de travailleurs haïtiens concernés est significatif à l’échelle nationale. Une analyse citée précédemment par PolitiFact estime qu’environ 13.000 bénéficiaires haïtiens du TPS travaillent quotidiennement comme assistants de soins infirmiers et contribuent à la prise en charge de quelque 65.000 patients. D’autres estimations évoquent environ 8.000 travailleurs haïtiens supplémentaires dans les services destinés aux enfants et aux personnes âgées.

Ces chiffres interviennent alors que la fin du TPS haïtien a déjà provoqué des suppressions d’emplois et des perturbations dans plusieurs secteurs. Reuters rapportait en août qu’environ 21.000 bénéficiaires haïtiens du TPS travaillaient comme aides-soignants ou dans des fonctions de soins, au service d’environ 77.000 patients à travers les États-Unis.

Pour Mallya, la situation s’inscrit dans une crise plus large. « Il s’agit de l’une des nombreuses politiques d’immigration qui mettent le système de santé sous pression », affirme-t-il, selon Forbes.

L’article rappelle enfin que les besoins en personnel de soins devraient continuer à augmenter avec le vieillissement de la population américaine. La question posée n’est donc plus seulement celle de l’avenir des Haïtiens bénéficiant du TPS, mais aussi celle de la capacité des États-Unis à maintenir une main-d’œuvre suffisante pour prendre en charge les personnes âgées et handicapées.

La fin des protections accordées aux Haïtiens risque ainsi de transformer une décision migratoire en problème de main-d’œuvre et de continuité des soins pour de nombreuses familles américaines, conclut en substance l’analyse de Forbes.

Lire l’article de Forbes de Richard Fowler⁠: https://www.forbes.com/sites/richardfowler/2026/08/31/ending-haitian-tps-is-already-straining-americas-caregiving-workforce/