La violence armée en Haïti a atteint un niveau inédit, avec l’expansion rapide des gangs, des attaques coordonnées contre des quartiers civils, des centaines de morts en six mois et plus d’un million de personnes déplacées. Dans son dernier rapport, un groupe d’experts des Nations Unies décrit un pays où les groupes criminels consolident leur contrôle territorial et politique, tandis que les autorités peinent à rétablir la sécurité…
PORT-AU-PRINCE, mardi 4 novembre 2025 (RHINEWS)- La situation sécuritaire en Haïti continue de se détériorer sous l’emprise croissante des gangs armés, dont les offensives coordonnées ont provoqué des centaines de morts, des déplacements massifs de population et l’effondrement du contrôle étatique dans de vastes zones du pays, selon le dernier rapport des experts onusiens.
Dans leur analyse couvrant la période d’octobre 2024 à août 2025, les experts soulignent « une expansion significative du territoire contrôlé par les gangs », notamment par l’alliance Viv Ansanm, qui exerce une influence sur près de 85 % de la zone métropolitaine de Port-au-Prince tout en étendant ses opérations dans les départements du Centre et de l’Artibonite.
Les attaques orchestrées par des groupes armés ont visé des quartiers densément peuplés tels que Carrefour, Cité Soleil, Croix-des-Bouquets, Delmas, Gressier, Tabarre et Pétion-Ville, provoquant des massacres, l’incendie de postes de police, de maisons et des déplacements massifs. « La stratégie des gangs consiste à semer la terreur, créer des zones tampons, contrôler les routes et affaiblir la présence de l’État », note le document.
Selon les données citées par l’ONU, 4 754 personnes ont été tuées entre janvier et juin 2025, en hausse de 20,78 % par rapport au semestre précédent. Les violences ont également blessé plus de 3 400 individus, tandis que les enlèvements ont touché 619 personnes sur la même période.
La terreur a poussé près de 1,3 million d’Haïtiens, soit 11 % de la population, à fuir leurs foyers, un nombre « record » selon l’ONU. Certaines zones du Centre et de l’Artibonite ont enregistré des augmentations de déplacements de 79 à 118 %.
Les violations graves incluent des massacres, des exécutions sommaires, la destruction systématique de biens et l’utilisation de violences sexuelles. Au moins 4 852 cas de violences basées sur le genre ont été recensés au premier semestre 2025, dont près de 1 000 viols, majoritairement attribués aux gangs. Des victimes âgées de seulement six ans ont été signalées. « Ces crimes ne sont pas des incidents isolés, mais des tactiques organisées », insistent les experts.
Le rapport rappelle également l’utilisation de drones explosifs par un groupe spécial gouvernemental appuyé par des contractants étrangers : au moins 49 frappes ont été enregistrées entre mars et juin 2025, tuant plus de 400 présumés membres de gangs, mais aussi des civils, suscitant « des préoccupations quant au respect du droit international ».
Parallèlement, les forces de défense communautaires se multiplient, alimentant une spirale de violence. « Dans un contexte d’abandon, les citoyens forment des groupes d’autodéfense, ce qui accroît le risque d’exactions et de règlements de comptes », préviennent les experts.
Alors que les autorités peinent à endiguer la crise, la communauté internationale est appelée à renforcer l’appui sécuritaire, à sanctionner les acteurs impliqués dans la violence armée et à soutenir les populations affectées. « Sans action concertée, les gangs risquent d’étendre leur emprise au-delà de Port-au-Prince, menaçant l’intégrité du pays », conclut le rapport.

