PORT-AU-PRINCE, mercredi 7 octobre 2026 (RHINEWS) – Le Dr Ernst Pierre Vincent a pris ses fonctions, mercredi, à la tête de l’Université publique de l’Ouest (UPO), lors d’une installation officielle conduite par le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vijonet Déméro. Le nouveau recteur a présenté un programme articulé autour de sept axes, comprenant l’intégration des établissements constitutifs de l’université, la qualité des formations, l’employabilité, la recherche, les partenariats territoriaux, la gestion des ressources et la participation de la diaspora haïtienne.
Sa nomination, annoncée dans une circulaire ministérielle du 6 octobre, intervient à l’issue du processus de recrutement des dirigeants de l’UPO. Le document prévoit un mandat de quatre ans, conformément au décret sur l’enseignement supérieur. Dans son discours d’installation, le président du Conseil des recteurs des Universités publiques départementales (UPD), le Dr Joram Vixamar, a toutefois annoncé que ce mandat serait ramené à trois ans afin d’harmoniser les mandats au sein du réseau. Les discours transmis ne précisent ni les modalités ni le fondement réglementaire de cet ajustement.
Le ministre Vijonet Déméro a présenté cette installation comme le démarrage opérationnel d’une institution nouvellement créée par circulaire ministérielle, dans le cadre de l’extension et de la modernisation du réseau des universités publiques régionales.
« En vertu des pouvoirs qui me sont conférés et conformément aux termes de la circulaire portant création de l’Université publique de l’Ouest, je vous installe officiellement dans vos fonctions de recteur de l’UPO », a déclaré le ministre.
Il a assigné au nouveau responsable trois orientations prioritaires : garantir la qualité académique et l’équité d’accès, instaurer une gouvernance transparente et inscrire l’université dans le développement régional.
Sur le plan académique, le ministre a demandé que l’UPO propose des formations conformes aux standards internationaux et accessibles à la jeunesse du département de l’Ouest. Il a appelé à établir, dès le début du mandat, une culture du mérite et de la rigueur pédagogique.
Concernant la gouvernance, Vijonet Déméro a insisté sur le respect du cadre administratif et financier défini par la circulaire de création. « L’utilisation des ressources publiques exige une rigueur absolue », a-t-il affirmé, en demandant au recteur de veiller à l’intégrité, à la concertation et à la redevabilité.
Le ministre a également demandé à l’UPO de développer une recherche répondant aux défis environnementaux, économiques et sociaux du département et du pays. « L’UPO ne doit pas être déconnectée de ses réalités territoriales », a-t-il déclaré.
Il a exprimé la confiance du ministère envers l’équipe rectorale, les enseignants et le personnel administratif appelés à accompagner le nouveau responsable. S’adressant aux futurs étudiants, il les a invités à participer activement à leur formation : « Soyez les acteurs exigeants et passionnés de votre propre réussite. » Il a souhaité que la gestion du recteur soit guidée par l’éthique, le service public et l’excellence.
Dans son intervention, Ernst Pierre Vincent a souligné que l’UPO devait se construire avec les responsables, les enseignants et le personnel du Centre de formation pour l’École fondamentale (CFEF), de l’École nationale de géologie appliquée (ENGA) et de l’École nationale supérieure de technologie (ENST), ainsi qu’avec les cadres des pôles de La Gonâve et de la région des Palmes.
Ces composantes auront, selon lui, la responsabilité de renforcer et de diversifier l’offre de formation supérieure dans le département de l’Ouest. Le recteur a reconnu la difficulté d’intégrer trois établissements possédant des missions, des histoires et des cultures organisationnelles différentes.
« Faciliter l’intégration de trois institutions ayant des mandats distincts, des histoires propres et des cultures organisationnelles différentes ne sera pas une mince affaire », a-t-il déclaré. Il a proposé un leadership participatif et responsable, fondé sur des objectifs communs, pour conduire cette intégration.
Le nouveau recteur a dit vouloir bâtir « une véritable université ; une communauté académique unie, moderne, accessible et crédible », ancrée dans son environnement et tournée vers le savoir, l’innovation et le développement.
Il a précisé que l’institution devait prendre en compte les réalités de La Gonâve, de la région des Palmes et de l’ensemble du département, afin de transformer les connaissances produites en réponses aux besoins de la société.
Le premier axe de son programme concerne l’intégration institutionnelle et la gouvernance. Il prévoit de réunir les différentes composantes autour d’une vision commune, tout en respectant leurs mandats et leurs domaines de compétence. Cette démarche devra reposer sur une administration participative, transparente et capable de remettre en question certaines pratiques.
À ce propos, Ernst Pierre Vincent a cité James Kouzes et Barry Posner et leur expression « Challenge the Process », qui invite à questionner les façons de faire. « Nous ne sommes donc pas là pour maintenir le statu quo », a-t-il affirmé.
Le deuxième axe porte sur la qualité et la pertinence des formations. Le recteur prévoit une évaluation rigoureuse des programmes pour vérifier leur adéquation avec les besoins du marché du travail, des collectivités et du développement national. Il souhaite également renforcer l’enseignement, soutenir le perfectionnement professionnel des enseignants et intégrer le numérique et l’intelligence artificielle dans l’apprentissage et l’innovation.
Le troisième axe vise l’apprentissage pratique et l’employabilité. Selon la nature des formations, les programmes professionnels devront comprendre des travaux pratiques, des visites d’entreprises, des stages encadrés, des projets intégrateurs et des partenariats avec les employeurs.
« Notre ambition est de former des diplômés qui possèdent non seulement un diplôme, mais aussi des compétences, une expérience pratique et la capacité de créer de la valeur dans la société », a expliqué Ernst Pierre Vincent.
Le quatrième axe concerne la recherche et l’innovation. Le recteur a identifié l’eau, l’environnement, les risques naturels, l’énergie et les infrastructures parmi les domaines dans lesquels l’UPO devra produire des connaissances et contribuer à des solutions concrètes.
Il a rattaché cette mission à la construction d’une « paix positive », reposant notamment sur l’éducation, les compétences et la production de connaissances. Il l’a distinguée de la « paix négative », comprise comme l’absence de violence, en affirmant que l’université devait contribuer à une transformation sociale, économique et territoriale.
Le cinquième axe porte sur l’ancrage territorial et les partenariats. L’UPO devra maintenir un dialogue avec les employeurs, les collectivités territoriales, les institutions publiques, le secteur privé, les universités, les centres de recherche, les organisations professionnelles et la société civile.
Le recteur souhaite également associer la diaspora à ces échanges, à la fois pour mobiliser ses connaissances et ses compétences et pour lui permettre de bénéficier progressivement de formations à distance, de programmes hybrides et de dispositifs de formation continue.
Le sixième axe concerne la gestion des ressources et les infrastructures. Ernst Pierre Vincent a annoncé la nécessité de déterminer le coût réel des programmes et les besoins prioritaires des différents pôles. Il a cité les locaux, la sécurité, l’eau, l’électricité, la connectivité, les équipements et l’accessibilité parmi les conditions essentielles au fonctionnement de l’université.
Il a insisté sur la responsabilité de l’État dans le financement et l’accompagnement de l’institution. « L’État devra également lui donner les moyens nécessaires à son fonctionnement et à son développement », a-t-il déclaré, tout en s’engageant à une utilisation rigoureuse, transparente et judicieuse des ressources disponibles.
Le septième axe prévoit des mécanismes spécifiques de participation de la diaspora. Le recteur souhaite permettre aux professeurs, chercheurs, scientifiques, ingénieurs, entrepreneurs et autres professionnels établis à l’étranger d’accompagner les étudiants, de collaborer avec les enseignants et de participer aux projets de recherche.
Il envisage également l’ouverture progressive de certaines formations aux Haïtiens vivant à l’étranger, par l’enseignement à distance, les programmes hybrides, la formation continue et des formations professionnelles spécialisées.
« C’est cette capacité de rassembler les compétences disponibles à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, mais aussi de rendre le savoir accessible au-delà de nos frontières, que nous devons mettre au service de la nouvelle génération », a-t-il déclaré.
Né à Port-au-Prince, Ernst Pierre Vincent a rappelé avoir effectué une partie de ses études dans le département de l’Ouest, où il est ensuite devenu éducateur et responsable communautaire. Il a présenté son accession au rectorat comme l’aboutissement d’une aspiration ancienne à participer aux innovations et aux réformes de l’enseignement supérieur haïtien, après son expérience de fondateur et de directeur d’une école classique.
Il a remercié le ministre Vijonet Déméro pour sa confiance et le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour avoir agréé sa nomination. Il a également salué les personnes qui l’ont encouragé à présenter sa candidature, sa famille, le comité d’évaluation des dossiers, les membres du jury et les directeurs du CFEF, de l’ENGA et de l’ENST pour les échanges menés durant la sélection.
Son discours s’adressait notamment aux membres du cabinet ministériel, aux représentants de l’ANESRS, aux recteurs des universités publiques en région, aux responsables de la direction générale, de l’inspection générale et des directions techniques et départementales du MENFP, au délégué départemental de l’Ouest, au maire de Delmas, aux cadres du secteur éducatif et à la presse.
Pour sa part, Joram Vixamar a souligné que la direction d’une université publique dans l’Ouest s’exerçait dans un contexte de difficultés institutionnelles, sécuritaires et socio-économiques. Il a salué la résilience de la communauté universitaire et présenté la nouvelle responsabilité comme une mission de construction institutionnelle.
Le président du Conseil des recteurs a retenu trois exigences : la consolidation académique, l’ancrage territorial et social, ainsi que le bien-être de la communauté universitaire.
La première consiste, selon lui, à restaurer, maintenir et améliorer les programmes afin de former des diplômés capables de contribuer au développement. La deuxième suppose un dialogue avec les acteurs locaux et la recherche de réponses scientifiques et éthiques aux difficultés des communautés. La troisième porte sur des conditions d’étude et de travail dignes pour les enseignants, le personnel administratif et les étudiants, favorisant la libre pensée, la recherche et la création.
« Le Conseil des recteurs ne sera pas un simple observateur de votre mandat », a assuré Joram Vixamar. Il a annoncé un accompagnement fondé sur la mutualisation des efforts, le partage des bonnes pratiques et la défense de l’autonomie et de la dignité des établissements publics d’enseignement supérieur.
Il a appelé le réseau à renforcer sa cohésion face aux obstacles, estimant que « le savoir demeure notre meilleure arme de refondation nationale ». Il a souhaité au nouveau recteur de faire preuve de sagesse, de fermeté morale et d’un esprit de rassemblement.
Ernst Pierre Vincent est titulaire d’un doctorat en études de résolution des conflits de Nova Southeastern University, en Floride.
Il est détenteur de deux maîtrises obtenues dans cette université, l’une en résolution des conflits et l’autre en leadership. Elle fait état d’une expérience d’enseignement à Nova Southeastern University et d’une fonction de professeur affilié à Baptist University of Florida, dans les domaines de l’administration des affaires et du leadership.
Le répertoire scientifique de Nova Southeastern University recense sa thèse doctorale consacrée à la dénationalisation et à l’apatridie en République dominicaine. Cette étude examine les conséquences de l’arrêt constitutionnel TC 168-13 du 23 septembre 2013, les effets de la loi de naturalisation 169-14 et l’implication de la communauté internationale, en s’appuyant notamment sur les récits des personnes concernées et des observations réalisées dans le pays.
Ernst Pierre Vincent détient un diplôme de premier cycle en ministère chrétien de Trinity International University.

