WASHINGTON, vendredi 21 août 2026 (RHINEWS)– Une coalition d’associations de journalistes et d’organisations de défense de la liberté de la presse aux États-Unis demande au Congrès de s’opposer à une nouvelle règle du département de la Sécurité intérieure (DHS) qui impose une durée maximale de séjour aux représentants des médias étrangers et aux journalistes titulaires d’un visa I.
Dans une correspondance adressée aux membres du Congrès, la coalition conteste la règle publiée au Federal Register le 17 juillet 2026 et dont l’entrée en vigueur est prévue le 15 septembre. Le texte prévoit notamment de limiter à 240 jours, soit moins de huit mois, le séjour de la plupart des journalistes internationaux détenteurs d’un visa I. Pour les titulaires d’un passeport de la République populaire de Chine, à l’exception de Hong Kong et de Macao, la durée maximale est fixée à 90 jours.
Les organisations signataires estiment que cette nouvelle réglementation rompt avec une pratique américaine qui permettait aux correspondants étrangers de résider légalement aux États-Unis pendant la durée de leur mission, tant qu’ils demeuraient employés par une organisation de presse étrangère répondant aux critères requis.
« Cette longue durée de séjour a permis aux journalistes d’acquérir les connaissances approfondies, les réseaux et l’immersion nécessaires pour expliquer avec précision et efficacité l’Amérique à des publics du monde entier », écrivent-elles.
La coalition estime que la limitation du séjour risque également de nuire à la couverture internationale des États-Unis et à la réputation du pays en matière de liberté de la presse.
« La nouvelle règle restrictive ternit non seulement la réputation de l’Amérique en tant que phare mondial de la liberté de la presse et refuge pour les journalistes menacés, mais elle réduit également la qualité et la quantité de la couverture consacrée aux États-Unis », affirment les organisations.
Elles soulignent également les conséquences pratiques de la limitation à 240 jours, notamment pour les journalistes et leurs familles qui souhaitent s’établir aux États-Unis, louer un logement ou inscrire leurs enfants dans une école.
La coalition exprime surtout ses préoccupations concernant le pouvoir discrétionnaire accordé aux autorités lors des demandes de prolongation. Selon la correspondance, cette procédure pourrait créer un risque de pressions administratives à l’encontre de journalistes dont les reportages déplairaient au pouvoir en place.
« Accorder aux responsables gouvernementaux une large autorité discrétionnaire pour refuser ou retarder les demandes de visa de journalistes est dangereux », écrivent les organisations, estimant que cette faculté pourrait devenir « un outil administratif de représailles et de censure contre le journalisme critique et indépendant ».
La règle prévoit la possibilité de demander une prolongation, mais celle-ci implique notamment des frais supplémentaires d’au moins 420 dollars par demande et des formalités administratives importantes. Les organisations affirment que le DHS précise qu’une demande de prolongation ne constitue pas en elle-même une approbation du maintien sur le territoire américain.
La coalition se dit également préoccupée par les conséquences de l’éventuel traitement prolongé des demandes, alors que les services concernés font déjà face à un important stock de dossiers en attente.
Les signataires contestent par ailleurs l’argument du DHS selon lequel la réforme vise à renforcer la sécurité et à lutter contre la fraude dans le système des visas. Ils affirment que les journalistes détenteurs d’un visa I font déjà l’objet de contrôles et que leur admissibilité demeure liée à leur relation professionnelle avec une organisation de presse étrangère remplissant les conditions requises.
« Dans la règle publiée, le DHS ne cite aucun schéma de fraude ou d’abus parmi les titulaires de visas I, et encore moins d’exemples de véritables menaces pour la sécurité », soutiennent-elles.
Les organisations redoutent aussi que les nouvelles restrictions américaines puissent avoir des conséquences internationales. Elles rappellent que des journalistes dénoncent déjà, dans plusieurs pays, l’utilisation des procédures de visa comme moyen de pression en réaction à leurs activités professionnelles.
« Cette règle place les États-Unis dans la même catégorie que des gouvernements répressifs et hostiles à la liberté de la presse », écrivent-elles, estimant que son application pourrait encourager d’autres pays à imposer des restrictions similaires aux journalistes américains travaillant à l’étranger.
La nouvelle réglementation prévoit également des limites de séjour pour certains étudiants étrangers et participants à des programmes d’échanges, une mesure que la coalition considère comme susceptible de réduire les échanges de connaissances et de compétences, notamment dans le journalisme.
Les organisations demandent ainsi au Congrès de bloquer la règle avant son entrée en vigueur le 15 septembre. Elles invitent également le DHS, dans l’intervalle, à publier des directives accessibles au public précisant les critères d’éligibilité, les documents requis ainsi que les procédures applicables aux demandes initiales et aux prolongations.
Elles réclament enfin que les décisions relatives aux visas soient protégées contre les considérations politiques et les retards administratifs, avec des critères publiés, des motifs communiqués en cas de refus et une procédure permettant un réexamen rapide.
La coalition invoque enfin le 250e anniversaire des États-Unis pour appeler les élus américains à préserver la tradition de liberté de la presse du pays.
« Une règle relative aux visas qui place les journalistes chargés de rendre compte de l’Amérique sous une limite de 240 jours constitue une mauvaise manière de marquer le 250e anniversaire de l’Amérique », écrivent les organisations.
Parmi les signataires figurent notamment le Committee to Protect Journalists (CPJ), Reporters Without Borders (RSF), PEN America, l’Electronic Frontier Foundation, la National Press Club, la Society of Professional Journalists, l’Inter American Press Association et l’Association of Foreign Press Correspondents-USA.

