DELIVRANS et SOL AYITI alertent le CEP sur les risques d’élections précipitées en Haïti…

Jacques Desrosiers, Secrétaire Général de l’Association des Journalistes Haïtiens (AJH),...

PORT-AU-PRINCE, jeudi 13 août 2026 (RHINEWS)- Les groupements politiques DELIVRANS et SOL AYITI ont appelé le Conseil électoral provisoire (CEP) à revoir certains aspects du processus électoral envisagé en Haïti, estimant que des élections organisées sans garanties suffisantes pourraient déboucher sur une nouvelle crise politique et institutionnelle.

Dans une lettre ouverte adressée jeudi au président du CEP, Jacques Desrosiers, les deux groupements, qui se présentent comme régulièrement inscrits et agréés par l’institution électorale, ont exprimé leur « profonde préoccupation » face à la crise multidimensionnelle qui affecte le pays depuis plusieurs décennies.

« Il faut, définitivement, mettre un terme à cette trajectoire de désolation et réaffirmer le droit de chaque Haïtien à la vie, à la sécurité et à l’espérance », écrivent-ils.

DELIVRANS et SOL AYITI se disent favorables à la tenue d’élections, mais insistent sur la nécessité d’un scrutin « crédible, transparent, inclusif et équitable ». Ils saluent les annonces laissant envisager la tenue d’élections avant la fin de l’année, tout en estimant que cette perspective doit être conditionnée à la création de garanties permettant aux citoyens, aux candidats et aux observateurs de participer librement au processus.

Les deux groupements mettent notamment en garde contre les difficultés liées à l’inscription des électeurs dans les zones éloignées, enclavées ou affectées par l’insécurité. Ils jugent « profondément incohérent et potentiellement discriminatoire » d’imposer à des citoyens de parcourir de longues distances pour s’inscrire, puis de renouveler ce déplacement le jour du scrutin.

Ils demandent ainsi une décentralisation du processus d’inscription afin de rapprocher les opérations électorales des populations concernées.

La situation sécuritaire constitue également l’une des principales préoccupations exprimées dans la lettre. DELIVRANS et SOL AYITI affirment que plusieurs axes routiers demeurent difficilement accessibles et que certaines zones de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre restent exposées à la menace de groupes armés.

Selon eux, cette situation pourrait compromettre « la liberté de circulation des électeurs, des candidats et des observateurs, l’égalité d’accès aux bureaux de vote ainsi que la neutralité des moyens logistiques de l’État ».

Les deux formations estiment qu’une compétition électorale ne peut être équitable lorsque certains candidats ou électeurs peuvent circuler librement tandis que d’autres en sont empêchés en raison de l’insécurité.

Elles expriment également des réserves sur la neutralité du pouvoir exécutif et de l’administration publique pendant le processus électoral. Elles évoquent notamment le risque d’une utilisation partisane des ressources humaines, financières, logistiques ou sécuritaires de l’État au profit de certains acteurs politiques.

« Aucune formation politique, qu’elle soit au pouvoir ou dans l’opposition, ne doit pouvoir bénéficier d’un avantage institutionnel dans l’organisation du scrutin », soutiennent-elles.

DELIVRANS et SOL AYITI appellent par ailleurs le CEP à garantir sa propre indépendance et son impartialité, estimant que l’institution chargée d’organiser les élections doit maintenir une « équidistance stricte » à l’égard de l’ensemble des compétiteurs.

Les deux groupements demandent aussi une réévaluation du calendrier électoral sur la base de critères liés notamment à la sécurité, à l’inscription des électeurs, à l’accessibilité des centres de vote, à la disponibilité du matériel électoral, à la formation du personnel, à la campagne électorale et aux mécanismes de contestation.

Ils réclament, en outre, une concertation avec les forces politiques qui ne participent pas au gouvernement ou à la coalition au pouvoir, ainsi qu’une révision des dispositions du décret électoral susceptibles, selon eux, de limiter la participation et l’égalité entre les candidats.

Les organisations demandent également la protection du droit à l’éligibilité et le rejet de toute exclusion qui ne serait fondée ni sur une décision judiciaire ni sur une disposition légale incontestable.

Face à l’ensemble de ces préoccupations, DELIVRANS et SOL AYITI proposent l’établissement d’une « gouvernance de transition neutre, inclusive et consensuelle », chargée notamment de garantir la sécurité, la continuité de l’État et l’impartialité du processus électoral.

Ils précisent toutefois que leur démarche ne vise pas à retarder indéfiniment les élections.

« Il ne s’agit pas de retarder indéfiniment les élections. Il s’agit, au contraire, d’éviter de précipiter le pays vers des élections contestées qui pourraient ouvrir la voie à une nouvelle période de crise », affirment-ils.

À l’approche du 14 août, date à laquelle ils évoquent la cérémonie de Bois-Caïman de 1791, les deux groupements rappellent que la liberté constitue, selon eux, un droit fondamental et non une faveur accordée par le pouvoir.

« Haïti ne peut plus se permettre de sacrifier une génération supplémentaire », préviennent-ils, appelant à la démocratie, à la liberté et à l’organisation d’élections susceptibles de contribuer à une sortie durable de crise.

Ils invitent enfin le président du CEP à prendre en considération leurs préoccupations afin d’éviter que le processus électoral ne débouche sur une nouvelle période de contestations, d’exclusions et d’instabilité.