Conseil de sécurité de l’ONU : paralysie persistante, veto et incertitudes sur Haïti et d’autres crises au premier semestre 2025…

Les membres du Conseil de Securite de l'ONU en reunion...

NEW YORK, mardi 26 août 2025 (RHINEWS)Le Conseil de sécurité des Nations unies a passé la première moitié de 2025 dans une phase d’attente et de blocage sur plusieurs dossiers majeurs, selon un rapport d’évaluation couvrant la période de janvier à juin. L’organe exécutif a été marqué par des divisions croissantes, des difficultés à atteindre le consensus et des changements notables dans la politique américaine depuis le retour de Donald J. Trump à la Maison-Blanche.

Durant ce semestre, le Conseil n’a adopté que 16 résolutions, contre 20 au premier semestre 2024, et 46 pour l’ensemble de l’année dernière — le nombre le plus faible depuis 1991 (42). La tendance à la baisse du nombre de résolutions se poursuit. Autre signe de division : sept de ces seize résolutions (44%) n’ont pas été adoptées à l’unanimité, sur des dossiers allant de la Libye au Soudan, en passant par l’Ukraine, le Yémen et des régimes de sanctions. « Les sanctions ont toujours été une source de tension et elles sont devenues encore plus controversées ces dernières années », indique une source proche du Conseil.

La difficulté d’obtenir un accord unanime s’est également reflétée dans le faible nombre de déclarations présidentielles, qui nécessitent l’unanimité : quatre seulement au premier semestre 2025, comme en 2024. Pour mémoire, sept avaient été adoptées en 2024 et six en 2023, déjà un plus bas historique depuis l’introduction de ce format en 1994. Les divisions se sont aussi exprimées par l’usage du veto : le 24 février, la Russie a opposé son veto à deux amendements européens concernant une résolution américaine sur l’Ukraine ; le texte final a été adopté avec dix voix pour et cinq abstentions des membres européens (France, Danemark, Grèce, Slovénie, Royaume-Uni). Le 4 juin, les États-Unis ont eux-mêmes mis leur veto à un projet de résolution présenté par les dix membres élus, qui demandait un cessez-le-feu immédiat à Gaza, la libération de tous les otages et la levée sans condition des restrictions sur l’entrée de l’aide humanitaire.

L’activité globale du Conseil a reculé : 191 réunions au premier semestre 2025 contre 214 sur la même période en 2024, pour une durée quasi équivalente (355 heures de débats, contre 358,5 heures en 2024). Fait notable, le nombre de réunions consacrées à « la situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne » a chuté, 22 seulement contre 34 un an plus tôt, une baisse attribuée à la fatigue devant l’absence de résultats concrets et à la ferme opposition américaine à toute décision perçue comme critique envers Israël.

Depuis le 20 janvier, date de l’investiture de Donald Trump pour un second mandat, un changement majeur dans la politique américaine s’est fait sentir. La nouvelle administration a remis en cause les travaux du Conseil sur le climat, contesté certains volets de l’agenda « femmes, paix et sécurité », et cherché à nuancer le langage du droit humanitaire international dans plusieurs textes. La position américaine sur l’Ukraine a aussi évolué : la résolution 2774, proposée par Washington, appelait à une paix durable entre la Russie et l’Ukraine et à une fin rapide du conflit, mais sans référence à la souveraineté ou à l’intégrité territoriale de l’Ukraine, ni condamnation de l’invasion russe de février 2022. Adoptée par dix voix pour et cinq abstentions (tous les Européens), elle illustre la nouvelle ligne américaine. Reste à voir comment l’évolution du ton de Donald Trump, récemment plus critique envers Moscou, influencera la position américaine d’ici fin 2025.

Le rapport souligne aussi les difficultés du Conseil à formuler une approche claire sur plusieurs dossiers, en raison des dynamiques internes ou d’un manque de clarté de la position américaine, notamment sur Haïti. Dans ce cas, l’incertitude concerne plusieurs aspects : en juillet 2025, le mandat du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH)n’a été renouvelé que pour six mois et demi au lieu d’un an, car plusieurs éléments de la réponse onusienne à la crise haïtienne restent indéterminés.

Un point clé d’incertitude porte sur la réponse du Conseil aux recommandations formulées par le Secrétaire général dans sa lettre du 24 février, notamment l’option de créer un Bureau de soutien de l’ONU chargé de fournir un appui logistique et opérationnel à la Mission multinationale de sécurité (MSS) déployée dans le pays. Avant de statuer, les membres du Conseil attendent la position américaine, les États-Unis étant co-pénalistes du dossier avec le Panama et principal soutien financier de la MSS. Le Conseil devra aussi, dans les mois à venir, réexaminer le mandat de la MSS, en grande difficulté financière et arrivant à expiration le 2 octobre 2025, ainsi que finaliser la révision interne du concept de mission du BINUH.

Des tendances similaires se retrouvent au Yémen, où les États-Unis ont remis en cause l’utilité de la mission onusienne d’appui à l’accord de Hodeïda (UNMHA), renouvelée elle aussi pour seulement six mois et demi avec une demande de réexamen. Le texte adopté évoque même la possibilité de « mettre fin » à la mission, reflétant la position américaine, contestée par la Russie et d’autres membres. En Somalie, enfin, le financement de la mission de stabilisation de l’Union africaine (AUSSOM) reste bloqué : la majorité des membres souhaite qu’elle bénéficie de contributions onusiennes pouvant couvrir jusqu’à 75 % de son budget annuel, conformément à la résolution 2719 du 21 décembre 2023, mais les États-Unis s’y opposent farouchement, empêchant toute décision au 15 mai comme prévu initialement.

« Entre veto, divisions et incertitudes budgétaires, le Conseil apparaît dans une posture attentiste, plus spectateur qu’acteur », résume un diplomate européen cité dans le rapport. Reste à savoir si, dans les mois qui viennent, l’organe saura surmonter ses blocages pour assumer sa mission principale : maintenir la paix et la sécurité internationales.