SPARIS, mardi 20 janvier 2026 (RHINEWS)- La liberté d’expression et la sécurité des journalistes connaissent un recul mondial d’une ampleur inédite, alerte l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) dans son rapport mondial sur les tendances en matière de liberté d’expression et de développement des médias pour la période 2022-2025. Le document fait état d’une baisse globale de 10 % de la liberté d’expression dans le monde entre 2012 et 2024 et recense environ 310 journalistes tués entre 2022 et 2025, toutes circonstances confondues, dont une majorité dans des contextes de conflit.
Selon le rapport, cette dégradation est étroitement liée à la montée de l’autocensure et à la multiplication des attaques visant les professionnels de l’information. L’UNESCO indique que l’autocensure parmi les journalistes a augmenté de 63 % depuis 2012, à un rythme moyen d’environ 5 % par an, sous l’effet de pressions politiques, économiques, juridiques et numériques croissantes.
« La liberté d’expression et d’information n’est pas une option : c’est la condition même d’une paix durable. Face à un déclin historique, nous devons agir ensemble pour protéger et défendre le droit de chacun à penser, à écrire et à informer », déclare le directeur général de l’UNESCO, Khaled El-Enany. « L’UNESCO continuera à mener les efforts mondiaux visant à renforcer le pluralisme et à garantir que la diversité soit non seulement protégée, mais aussi activement encouragée », ajoute-t-il.
Le rapport précise qu’au cours de la période 2022-2025, environ 310 journalistes ont été tués dans le monde, dont une part importante alors qu’ils couvraient des guerres ou des zones de conflit. Pour la seule année 2025, l’UNESCO recense plus de 90 journalistes tués, dont environ 60 dans des contextes de conflit armé. Ces chiffres marquent une forte augmentation par rapport à la période précédente 2018-2021 et confirment une tendance lourde à la recrudescence des violences mortelles contre les journalistes.
Malgré les engagements internationaux visant à mettre fin à l’impunité, les poursuites judiciaires restent limitées. L’UNESCO note que si le taux d’impunité pour les meurtres de journalistes est passé de 95 % en 2012 à environ 85 % en 2024, la grande majorité des auteurs de ces crimes échappent toujours à la justice.
Au-delà des homicides, les journalistes sont confrontés à un spectre élargi d’attaques physiques, numériques et juridiques. Depuis 2018, plus de 900 journalistes en Amérique latine et dans les Caraïbes ont été contraints de quitter leur pays à la suite de menaces directes. Les journalistes couvrant les questions environnementales sont également de plus en plus ciblés, l’UNESCO ayant recensé 749 attaques entre 2009 et 2023, avec une nette intensification ces dernières années.
Le rapport met également en lumière l’ampleur du harcèlement en ligne, en particulier à l’encontre des femmes journalistes. Une étude menée en 2025 par le Centre international pour les journalistes (International Center for Journalists, ICFJ) pour ONU Femmes, en partenariat avec l’UNESCO, révèle que 75 % des femmes journalistes et des travailleuses des médias ont été victimes de violences en ligne dans le cadre de leur travail en 2025, contre 73 % en 2020.
Malgré ce constat jugé alarmant, l’UNESCO relève plusieurs évolutions positives. Entre 2020 et 2025, environ 1,5 milliard de personnes supplémentaires ont eu accès aux réseaux sociaux et aux plateformes de messagerie, élargissant les possibilités de participation civique à l’échelle mondiale. Le journalisme d’investigation collaboratif s’est développé, favorisant la multiplication d’enquêtes transfrontalières, tandis que de nombreuses rédactions ont renforcé leurs capacités de vérification des faits. Par ailleurs, des lois reconnaissant les médias communautaires se sont multipliées dans plusieurs pays, contribuant à préserver des sources locales d’information jugées essentielles.
Face à la situation, l’UNESCO appelle ses 194 États membres à agir. Le rapport souligne la nécessité de protéger et d’investir dans le journalisme libre et indépendant afin de favoriser des sociétés pacifiques. Il insiste également sur l’importance de la transparence dans l’environnement numérique et de la coopération entre États, plateformes et société civile. L’Organisation rappelle avoir publié en 2023 ses Principes pour la gouvernance des plateformes numériques, élaborés par des contributeurs de plus de 130 pays, et indique accompagner ses États membres dans le renforcement de leurs autorités indépendantes de régulation.
L’éducation aux médias et à l’information est présentée comme un autre levier central. L’UNESCO indique avoir formé plus de 10 500 créateurs de contenu issus de plus de 150 pays afin de renforcer la confiance du public, promouvoir des pratiques éthiques et développer des contenus favorisant une approche critique de l’information.
Publié tous les quatre ans, le rapport mondial sur les tendances en matière de liberté d’expression et de développement des médias est le seul document de portée internationale analysant ces évolions sur plusieurs années. L’édition 2022-2025, intitulée « Journalisme : façonner un monde en paix », s’appuie sur les contributions de plus de 100 experts et sur des données issues de centaines de sources universitaires et institutionnelles, collectées principalement entre janvier 2022 et décembre 2025.
Basée à Paris, l’UNESCO dispose de bureaux dans 54 pays et emploie plus de 2 300 personnes. Elle coordonne notamment plus de 2 000 sites du patrimoine mondial, de réserves de biosphère et de géoparcs mondiaux, ainsi que plus de 13 000 écoles associées, chaires universitaires et centres de formation et de recherche. « Les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix », rappelle l’Acte constitutif de l’UNESCO adopté en 1945.

