Assassinats d’agents de l’UTAG, massacre de Jean-Denis et trafic de munitions : le RNDDH réclame des enquêtes approfondies…

photo:PNH/ Un agent de l'UTAG vue de dos et de face....

PORT-AU-PRINCE, mardi 2 juin 2026 (RHINEWS) – Le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), Pierre Espérance, a appelé à un meilleur accompagnement des familles des policiers tués et à un renforcement urgent des capacités de la Police nationale d’Haïti (PNH), dans un contexte marqué par une série d’événements violents survenus notamment dans dans la région de Verrettes, dans le département de l’Artibonite. Ces événements incluent le massacre de Jean-Denis, l’interception d’un important lot de munitions destiné à des groupes armés, ainsi que l’assassinat d’agents de l’Unité temporaire anti-gangs (UTAG) à Verrettes le 29 mai dernier, des faits que plusieurs sources recoupent comme étant potentiellement liés à des circuits criminels structurés.

Dans sa déclaration, Pierre Espérance a présenté ses sympathies aux familles des policiers victimes d’attaques attribuées à des groupes armés et à l’institution policière. « Nous présentons nos sympathies aux familles des policiers victimes et à l’institution policière », a-t-il déclaré, estimant que ces agents ont perdu la vie dans le cadre de la lutte contre des organisations terroristes qui terrorisent la population.

Il a salué les efforts de la police dans la lutte contre l’insécurité tout en plaidant pour un soutien accru de l’État. « Nous savons que depuis quelque temps, la police fait tout ce qui est en son pouvoir pour combattre les terroristes qui terrorisent la population », a affirmé Pierre Espérance.

Le responsable du RNDDH a insisté sur la nécessité d’un accompagnement social et institutionnel des familles des policiers tués. « Nous demandons aux autorités et à l’État d’accompagner les familles des victimes et leurs enfants, sans négliger de fournir à la police les moyens nécessaires pour protéger la vie et les biens de la population », a-t-il ajouté.

Il a également estimé que certaines pertes humaines auraient pu être évitées. « Nous croyons que certaines situations auraient pu être évitées, particulièrement dans l’Artibonite », a-t-il soutenu, évoquant des failles structurelles. Selon lui, « la mort de plusieurs policiers aurait pu être évitée avec un état-major de la police et une inspection générale plus efficaces », ajoutant espérer un renforcement de ces structures, qu’il considère comme insuffisamment opérationnelles.

Dans ce climat sécuritaire tendu, une correspondance du RNDDH adressée le 22 décembre 2025 à l’Inspection générale de la PNH (IGPNH) met en cause plusieurs agents de l’Unité départementale de maintien d’ordre (UDMO) de l’Artibonite, accusés de liens présumés avec des groupes armés opérant dans la région, notamment le gang armé Kokorat San Ras, la Base “Gran Grif”p et les Talibans. L’organisation affirme que certains agents seraient impliqués dans la vente d’armes et de munitions, la transmission d’informations opérationnelles et la gestion de postes de rançonnement.

Selon le RNDDH, « dans un véritable contrat synallagmatique convenu au détriment de la population, ces agents de la PNH vendent aux gangs susmentionnés des armes et des munitions, leur transmettent des informations stratégiques sur les déplacements de troupes lors des opérations policières planifiées et gèrent avec eux des postes de rançonnement ». L’organisation ajoute que certains postes seraient administrés conjointement avec des brigades locales, notamment à Jean-Denis, identifié comme un point stratégique sous contrôle présumé de réseaux mixtes.

Dans ce dossier, le RNDDH cite plusieurs policiers. L’agent II Midet Fervilon est accusé d’avoir vendu des cartouches à des hommes armés impliqués dans un conflit foncier à Charrette, et d’entretenir des relations avec des individus liés au trafic de psychotropes. L’agent II Tchovilesse Louis-Jeune est mis en cause pour usage abusif d’arme à feu, bastonnade et implication dans plusieurs dossiers judiciaires, notamment une fusillade lors d’une activité culturelle en 2023 et une agression contre un journaliste en octobre 2025.

L’agent III Richardson Auguste est accusé d’entretenir des liens avec le gang des Talibans à Montrouis et d’avoir vendu des armes et munitions issues du commissariat de Saint-Marc, avec des transferts financiers présumés, dont un versement de 250 000 gourdes. L’inspecteur Robenson Saint-Fleur est cité pour spoliation, menaces contre un magistrat et liens présumés avec un chef de gang de Palmiste.

L’inspecteur principal Sergo Souverain est accusé de trafic de munitions et de liens indirects avec des réseaux impliqués dans la fourniture de cartouches à des groupes armés, tandis que l’agent Robenson Saintilus est soupçonné d’avoir facilité une embuscade meurtrière à Liancourt le 22 juillet 2025, ayant coûté la vie à cinq personnes, dont trois policiers. Enfin, l’inspecteur Jean Baptiste Louis Saint est mis en cause pour des liens présumés avec des réseaux de spoliation à Saint-Marc.

Le RNDDH affirme que l’UDMO de l’Artibonite est confrontée à de « multiples problèmes », et que plusieurs de ses membres sont régulièrement cités dans des dossiers d’exécutions sommaires, d’usage abusif de la force et de collusion avec des groupes criminels. L’organisation demande l’ouverture d’une enquête approfondie et la transmission des résultats à la justice.

Par ailleurs, des sources consultées par RHINEWS établissent un lien opérationnel entre plusieurs incidents récents, notamment le massacre de Jean-Denis, l’interception de munitions et l’attaque contre des agents de l’UTAG à Verrettes le 29 mai dernier. Selon ces sources, ces événements s’inscriraient dans une même dynamique d’approvisionnement et de circulation d’armes au profit de groupes armés actifs dans l’Artibonite et dans le bas plateau central.

Ces mêmes sources rapportent que le 3 août 2025, à Jean-Denis, un transporteur présumé de munitions, identifié comme Windy ÉDMOND, aurait été intercepté alors qu’il acheminait deux sacs de cartouches vers la base de Gran Grif. Cette interception aurait provoqué une forte mobilisation d’individus armés, avec la convergence de motocyclettes vers Saint-Marc, plongeant la zone dans un climat de tension.

Les investigations auraient ensuite orienté les recherches vers un individu identifié comme Edouens ÉLAN, présenté comme un maillon potentiel dans le circuit d’approvisionnement. Un fusil à pompe appartenant à une société de sécurité privée aurait été saisi, et un agent brièvement retenu avant d’être relâché. Les enquêteurs auraient recommandé de poursuivre les analyses balistiques et d’examiner les liens entre les réseaux de sécurité privée et les circuits de munitions.

Selon ces sources, des représailles auraient suivi l’interception, notamment l’incendie d’une résidence appartenant à des proches du suspect dans le quartier de Frécineau, tandis qu’une femme aurait échappé à une attaque grâce à l’intervention de riverains. Les recherches se poursuivraient afin d’identifier les responsables et de clarifier les circuits logistiques impliqués.

Les éléments recueillis par le RNDDH et les sources consultées par RHINEWS convergent vers l’hypothèse d’un système de circulation d’armes et de munitions impliquant des acteurs multiples, à la fois au sein de réseaux criminels, de structures locales et, selon des allégations non encore établies judiciairement, au sein de certaines unités policières. Ces éléments sont présentés comme des pistes d’enquête, aucune conclusion judiciaire ou disciplinaire définitive n’ayant été rendue publique à ce stade concernant les policiers mis en cause.