PORT-AU-PRINCE, mardi 9 décembre 2025 (RHINEWS)- Dans un document remis à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) à la suite d’une invitation datée du 17 novembre 2025, l’homme d’affaires André Apaid apporte une série d’explications détaillées pour « répondre aux allégations, accusations et divulgations sur les réseaux sociaux » selon lesquelles lui-même ou une entreprise familiale seraient impliqués dans la production de marijuana ou de cocaïne, ainsi qu’à une autre accusation évoquant la découverte supposée, sur sa propriété, d’un fossé contenant des ossements humains.
Dans une série de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, le chef du gang 400 Mawozo, Joseph Wilson alias Lanmò San Jou, présenté par certains médias et pages en ligne comme membre de l’organisation dite Viv Ansanm, a formellement accusé André Apaid et Charles Henry Baker de « diriger une entreprise de transformation de produits en cocaïne, en marijuana et de trafic d’organes humains ». Ces vidéos, publiées début novembre 2025 et rapidement relayées, ont relancé et amplifié les accusations publiques contre les deux hommes, provoquant une réaction des autorités et une large couverture médiatique
« Je déclare formellement Sue toutes ces allégations et accusations sont absolument fausses », affirme-t-il en ouverture de sa déposition. Il précise également que son beau-frère, Charles Henri Baker, dit Charlito, serait lui aussi indexé, ce qu’il conteste fermement.
Apaid retrace d’abord sa relation avec Baker, rappelant que ce dernier « a épousé ma sœur, donc est mon beau-frère » et que, après la destruction de six maisons familiales à Turgeau lors du séisme de 2010, Baker « a gracieusement mis à notre disposition la maison dont il disposait à Santo 19 sur l’Habitation Du Jour », un espace initialement voué à l’agriculture et hérité de sa famille. Il indique que vingt-deux adultes et enfants y ont été logés avant que les deux hommes ne décident de construire ensemble la Zone Franche Santo Du Jour destinée à accueillir des entreprises tournées vers l’exportation et censée employer « plus de 10 000 concitoyens et concitoyennes » dans cinq édifices à la Croix-des-Bouquets. Il souligne que Baker était associé à la zone franche elle-même, mais qu’« il n’est associé dans aucune de ces 2 entreprises en question », à savoir Chanvre Industriel d’Haïti S.A. (CIHSA) et Stevia Agro Industrie S.A., qui font l’objet des accusations.
Présentant ce qu’il nomme « mon démenti formel », Apaid explique que deux sociétés fonctionnaient à Santo 19 : CIHSA, installée exclusivement sur cette propriété, et Stevia Agro Industrie, active à Saint-Michel-de-l’Attalaye et à Santo 19. Il rappelle que CIHSA est une société anonyme dont il a été le promoteur, formalisée au Moniteur du 10 février 2021, et fondée sur la production de chanvre industriel. Il insiste sur le fait que « le chanvre cultivé est 100% légal, testé et approuvé par l’OMS depuis 2017 ». Il expose longuement le contexte international, rappelant qu’en décembre 2018, l’administration Trump a légalisé le chanvre industriel et l’huile de CBD à travers le Agriculture Improvement Actde 2018, ouvrant un vaste marché que les États-Unis tentaient de rattraper par rapport à la France et à la Chine. Apaid souligne les usages variés du chanvre, notamment dans l’industrie textile et la construction, affirmant : « À titre d’exemple, les tissus utilisés pour les coussins des véhicules Mercedes Benz sont et ont été longtemps fabriqués à partir de fibres de chanvre. »
Estimant qu’Haïti dispose d’« un avantage très spécial » avec la possibilité de produire trois récoltes par an grâce au climat et à l’ensoleillement, il explique avoir entamé des démarches formelles pour obtenir l’autorisation de produire du chanvre industriel dans le pays. Il indique avoir consulté « deux des plus grandes sommités en Haïti ayant écrit les lois haïtiennes sur ce sujet » et avoir informé ou rencontré les autorités diplomatiques américaines et canadiennes, le Département d’État américain et le Département de l’Agriculture de Floride. Il affirme avoir reçu une autorisation de la Primature pour démarrer les opérations et avoir importé des semences légales depuis les États-Unis, comme l’attestent, selon lui, les documents de KLR Farms, le contrôle de sécurité DHL et un certificat du Département américain de l’Agriculture.
Apaid décrit un processus de production mené en transparence pendant 24 à 30 mois, comprenant l’extraction expérimentale d’huile de CBD, la production de 29,5 litres destinés à des entreprises américaines enregistrées depuis 1977, et des analyses obligatoires réalisées en Haïti et aux États-Unis avant expédition. Il affirme que toutes les expéditions vers les États-Unis étaient déclarées au Department of Homeland Security – US Customs and Border Protection et transformées par une société enregistrée auprès du FDA et du USDA. Le projet était, selon lui, « très prometteur jusqu’à l’arrêt des opérations en fin 2023, suite aux sanctions canadiennes sur ma personne ».
Il soutient que les accusations de production de drogue reposent sur une confusion volontaire entre chanvre séché et feuilles de stevia séchées, entreposées en grandes quantités dans l’usine depuis deux ans. Il indique que cette confusion a été « utilisée à dessein pour projeter, sur les réseaux sociaux, un volume de “Bòz” ». Selon lui, « les pauvres jeunes qui seront invités à acheter ou fumer ces produits ne sentiront aucuns effets » car ni la stevia, ni le chanvre industriel ne relèvent de substances psychotropes.
À propos de Stevia Agro Industrie S.A., société anonyme publiée au Moniteurdu 13 décembre 2018, il décrit la stevia comme une plante dont l’extraction permet de produire « un sucre en poudre très blanc » utile notamment pour les diabétiques. Il raconte avoir importé des plantules réfrigérées depuis le Mexique, les États-Unis, la Chine et le Kenya, conduit de vastes propagations sous serre à la Croix-des-Bouquets, puis transporté les plants au Plateau Central pour de grandes plantations. Il rappelle qu’une visite de presse avait eu lieu à Débauché le 30 avril 2021. Il explique que l’usine de transformation à la Croix-des-Bouquets était équipée pour extraire et sécher la stevia, produisant un sucre qui, selon lui, a été « présenté, de par son apparence, comme de la drogue – cocaïne. Ceci est faux. » Il affirme que la stevia extraite a été exportée vers le Mexique et les États-Unis pour être mise en sachets.
Concernant l’allégation d’un fossé contenant des ossements humains, il assure : « Ce fossé n’existe pas sur notre propriété de 30 hectares », réfutant catégoriquement tout lien avec un trafic d’organes. Il invite les autorités à « se transporter dès que possible dans la zone » pour vérifier l’absence d’une telle installation.
Apaid consacre une partie importante de sa déposition au mégaprojet agricole Anacaona FZ, société anonyme publiée en octobre 2021. Il décrit cette initiative comme un « grand projet Agro Industriel » sur 6 000 hectares appartenant à la famille Dejoie, voué à la production massive de stevia, d’avocats Hass, de pois Congo et de myrtilles, avec un investissement prévu de 250 millions de dollars sur dix ans, incluant des engagements financiers d’investisseurs privés, d’une société canadienne, de la BID et d’autres groupes internationaux. Il affirme que le projet avait vocation à générer plus de 300 millions de dollars d’exportations annuelles et employer plus de 20 000 personnes. Il détaille également les actions sociales prévues ou engagées, parmi lesquelles des concessions de terrains pour une école d’excellence, un marché public, un centre de santé, des infrastructures routières ou encore des dons aux communautés locales.
L’homme d’affaires souligne que toutes les autorisations gouvernementales obtenues pour CIHSA, Stevia Agro Industrie et la zone franche l’ont été « après études approfondies des bienfaits pour la société haïtienne et pour la création d’emplois », en conformité avec les exigences du Ministère de l’Environnement et d’une firme recommandée par la BID.
Il affirme que les entreprises textiles et agricoles de ses familles employaient plus de 6 000 personnes jusqu’aux sanctions canadiennes de juin 2023, qu’il qualifie d’« injustes ». Il indique que ces sanctions ont entraîné la fermeture des entreprises et la perte des emplois, tandis que l’insécurité à la Croix-des-Bouquets accentuait les difficultés. Il déclare n’avoir eu « aucun contact ni téléphonique, ni direct, ni indirect, ni par personne interposée avec aucun des chefs de gangs » opérant dans la zone, rejetant toute idée d’entente avec des groupes armés. Il affirme que sa famille a vécu « dans l’angoisse et dans une anxiété continue » face aux tirs fréquents et incidents répétés autour de leur résidence, soulignant être restés en « communication strictement avec les commissariats et les autorités policières ».
Selon son récit, ils ont quitté Santo 19 en mars 2024 après deux attaques majeures : la première contre les commissariats de Cessless et de Bon Repos, où quatre policiers ont été tués, et la seconde contre la résidence du chef de la police, située à deux blocs de la sienne. Il relate avoir protégé temporairement trois véhicules de police réfugiés sur sa propriété, augmentant le risque pour sa famille. Il met aussi en avant une attaque contre leurs maisons le 12 octobre 2024, au cours de laquelle un agent de sécurité a été grièvement blessé. Il décrit également une nouvelle attaque survenue le 7 novembre 2025, qu’il estime intervenue à un moment où il progressait dans la contestation juridique des sanctions au Canada.
Apaid affirme qu’il tente de comprendre « le fil d’Ariane qui conduit ces jours-ci à ce montage massif contre ma personne » et évoque « une coordination cynique, médiatique et massive », tout en se refusant « pour l’instant » à identifier publiquement des responsables. Il dit avoir « résisté de toutes mes forces pour ne pas répondre à un chef de gang qui tue, qui viole, qui pille, qui brûle, qui kidnappe, qui ment, qui rançonne … et qui s’est fait utiliser ». Il indique être revenu au pays dès que le commissaire du gouvernement de la Croix-des-Bouquets et le BLTS se sont saisis de l’affaire, afin de fournir les explications nécessaires.
L’homme d’affaires précise que ses familles et ses entreprises ont envisagé de porter plainte, mais qu’elles estiment que la situation sécuritaire ne permet pas encore une telle démarche. Il annonce que « d’autres détails viendront préciser à l’avenir mon rôle dans les tentatives de mettre la paix dans notre pays en 2004, 2020 et 2021 », et affirme que la présente déclaration « constitue ma déposition devant la DCPJ / BLTS ce 25 novembre 2025 ». Il se dit disponible pour toute demande de clarifications supplémentaires.

