PORT-AU-PRINCE, mardi 7 juillet 2026 (RHINEWS) – Cinq ans après l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse, le directeur exécutif du Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), Pierre Espérance, a dénoncé lundi ce qu’il considère comme des dérives dans le traitement judiciaire du dossier, accusant certains acteurs de l’appareil d’État d’utiliser la justice à des fins de persécution politique contre lui et son organisation.
Lors d’une déclaration prononcée à l’occasion du cinquième anniversaire du meurtre de Jovenel Moïse, Pierre Espérance a estimé que, malgré les avancées enregistrées dans plusieurs procédures à l’étranger, notamment aux États-Unis, la justice haïtienne n’a toujours pas permis d’établir pleinement les responsabilités dans cette affaire.
Le responsable du RNDDH a rappelé qu’une ordonnance avait été rendue en janvier 2024 dans le cadre de l’instruction ouverte en Haïti. Après un recours contre cette décision, la Cour d’appel aurait confié la poursuite de l’instruction au juge Denis Cyprien Pierre.
Selon Pierre Espérance, le magistrat, saisi du dossier depuis plusieurs mois, n’aurait pas la capacité de conduire efficacement cette affaire complexe. « Ce juge est incompétent », a-t-il affirmé, reprochant au magistrat de ne pas s’appuyer suffisamment sur les éléments déjà contenus dans l’ordonnance et dans le dossier d’instruction.
Le directeur exécutif du RNDDH a également critiqué la manière dont certains protagonistes de l’affaire auraient été traités par la justice haïtienne. Il affirme que des personnes qui figurent parmi les acteurs importants du dossier auraient été convoquées comme témoins, sans toutefois se présenter devant le juge, sans que cela n’entraîne, selon lui, de conséquences judiciaires.
« Certains inculpés dans l’affaire ont été invités comme témoins et ne se sont même pas présentés, mais le juge agit comme si de rien n’était », a déclaré Pierre Espérance.
Il a cité notamment le cas de Martine Moïse, veuve de l’ancien président, estimant que le traitement réservé à certaines personnes soulève des interrogations sur l’impartialité de la procédure.
Selon lui, cette situation contraste avec les mesures judiciaires prises contre des personnes qu’il considère comme étrangères au crime. « Tout porte à croire que ceux qui sont impliqués dans ce crime sont suffisamment puissants pour utiliser la justice afin de persécuter ceux qui n’ont rien à voir avec le dossier », a-t-il déclaré.
Pierre Espérance accuse également le juge Denis Cyprien Pierre d’agir sans coordination avec le commissaire du gouvernement et de prendre des décisions qu’il juge arbitraires dans le cadre de l’instruction.
« Il ne travaille pas avec le commissaire du gouvernement. Il fait ce qu’il veut dans le cadre du dossier », a-t-il soutenu, affirmant que le magistrat utiliserait la procédure judiciaire contre des personnes qui, selon lui, ne sont pas liées à l’assassinat de Jovenel Moïse.
Le responsable du RNDDH a notamment évoqué le cas du journaliste Jean-Monard Métellus. Il affirme que ce dernier n’a jamais été concerné par l’enquête sur l’assassinat du président et qu’il ne figure pas parmi les personnes visées dans le dossier avant de faire l’objet, selon lui, d’un mandat d’amener.
« Comment un juge peut-il se lever un jour, viser quelqu’un qui n’a jamais été concerné par l’enquête et délivrer ensuite un mandat contre lui ? », s’est interrogé Pierre Espérance, estimant que de telles pratiques constituent une atteinte à la liberté d’expression et à la liberté d’association.
Il a également dénoncé sa propre situation, affirmant avoir été initialement sollicité comme témoin dans le cadre de l’affaire avant d’être, selon lui, la cible d’actions judiciaires qu’il considère comme injustifiées.
Pierre Espérance a par ailleurs mis en cause le ministre de la Défense, Mario Andrésol, ainsi que le directeur de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), Marc Justin, les accusant d’avoir financé et organisé une campagne de dénigrement visant le RNDDH et ses dirigeants.
« Depuis le début du mois de janvier 2026, Mario Andrésol et Marc Justin, avec la DCPJ, paient des personnes pour nous attaquer et mener une campagne de dénigrement contre nous », a-t-il déclaré.
D’après lui, cette campagne se traduirait notamment par la diffusion de contenus hostiles sur les réseaux sociaux et par des pressions psychologiques destinées à affaiblir le travail de l’organisation de défense des droits humains.
« Quand un responsable de la DCPJ s’entend avec un ministre du gouvernement pour persécuter des personnes et monter des dossiers contre elles, ce n’est rien d’autre que de la persécution politique », a affirmé Pierre Espérance.
Le responsable du RNDDH a indiqué que son organisation avait saisi le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) afin de dénoncer ce qu’elle considère comme des actes de corruption, des irrégularités dans la gestion du dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse et l’incompétence présumée du juge Denis Cyprien Pierre.
Il appelle le CSPJ à ouvrir une enquête et demande également au président de la Cour d’appel d’examiner le comportement du magistrat chargé de l’instruction.
« Nous demandons au CSPJ d’ouvrir une enquête sur la corruption, les mauvais traitements dans le dossier Jovenel Moïse et l’incompétence du juge », a-t-il déclaré.
Cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse, Pierre Espérance estime que la justice haïtienne n’a pas encore permis de faire toute la lumière sur ce crime, qu’il attribue à un réseau de personnes disposant, selon lui, d’importantes capacités d’influence.
« Nous voulons la vérité sur l’assassinat de Jovenel Moïse. Tous ceux qui ont participé à ce complot doivent répondre de leurs actes devant la justice », a-t-il affirmé.
Il a assuré que le RNDDH poursuivrait son combat contre l’impunité, la corruption et les violations des droits humains, affirmant que son organisation ne cédera pas aux pressions.
« Nous sommes des défenseurs des droits humains. Nous continuerons à dénoncer toutes les persécutions politiques et toutes les tentatives d’utiliser la justice contre nous », a conclu Pierre Espérance.
La rédaction de RHINEWS reste ouverte à la réaction du ministre de la Défense Mario Andrésol, du directeur de la DCPJ Marc Justin, du juge Denis Cyprien Pierre, de Martine Moïse ainsi que de toute autre personne mise en cause dans les déclarations de Pierre Espérance.

