Affaire Jovenel Moïse : Me Renan Hédouville estime que les condamnations à Miami offrent à la justice haïtienne « une occasion de redorer son image »…

Renan Hédouville, Protecteur du Citoyen

PORT-AU-PRINCE, lundi 11 mai 2026 (RHINEWS)  L’ancien protecteur du citoyen haïtien, Me Renan Hédouville, a estimé dimanche que la condamnation de quatre accusés dans le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse devant un tribunal fédéral de Miami constitue « une étape importante vers la manifestation de la vérité » et une opportunité pour la justice haïtienne de « redorer son image » sur la scène internationale.

Dans un texte daté du 10 mai 2026, Me Hédouville rappelle que les Colombiens Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago et Walter Veintemilla, ainsi que l’Haïtiano-Américain James Solages, ont été reconnus coupables le 8 mai par un jury fédéral américain pour leur participation à l’assassinat du chef de l’État haïtien, tué dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 à sa résidence de Pèlerin 5, dans la commune de Pétion-Ville.

Selon lui, après plus de neuf semaines d’audiences, de témoignages et de plaidoiries, « un jury composé de douze membres a rendu un verdict de culpabilité » contre les quatre accusés. Il souligne également que le procès s’est déroulé « dans une atmosphère où la justice américaine a été mise en valeur ».

Me Hédouville a salué le rôle de la juge fédérale Jacqueline Becerra, affirmant qu’elle a « imposé, avec compétence et autorité, le respect scrupuleux de toutes les règles en matière de distribution de la justice et du droit à la défense ».

« La condamnation des quatre individus présents à la barre constitue, à bien des égards, une étape importante vers la manifestation de la vérité », écrit-il, ajoutant qu’elle représente « une certaine satisfaction pour les proches du président Moïse, ses alliés et ceux qui luttent véritablement pour le respect des droits humains ».

L’ancien ombudsman souligne toutefois que le dossier continue de suivre son cours en Haïti, où le juge d’instruction Denis Cyprien poursuit les auditions dans le cadre de l’enquête judiciaire. Il estime néanmoins que certaines révélations faites récemment ont « grandement affaibli la justice haïtienne », notamment celles du juge Jean Roger Noëlcius, qui a reconnu avoir signé « involontairement » un mandat d’arrêt visant un président en exercice.

Pour Me Hédouville, ce dossier à dimension transnationale représente une opportunité pour le système judiciaire haïtien de restaurer sa crédibilité face aux critiques dénonçant un appareil judiciaire « moribond, inopérant et rongé par l’impunité ».

Il critique particulièrement le fonctionnement du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), créé en 2012 pour superviser et assainir le système judiciaire haïtien. Selon lui, cette institution « n’a pas pu relever le niveau du système judiciaire » et la procédure de certification des magistrats aurait parfois été utilisée « pour sanctionner arbitrairement des magistrats ayant su garder une certaine neutralité politique ».

« Aujourd’hui, il est temps de repenser la justice haïtienne si nous voulons construire un État de droit », affirme-t-il encore, plaidant pour une réforme du CSPJ et un renforcement de l’indépendance des magistrats.

Dans son texte, Me Hédouville invoque également des instruments internationaux de protection des droits humains, notamment la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Convention américaine relative aux droits de l’homme, pour dénoncer l’absence de recours accordés, selon lui, à certains magistrats non certifiés par le CSPJ.

Il conclut en appelant les acteurs du système judiciaire haïtien à « conjuguer leurs efforts pour redorer l’image » de la justice nationale, avertissant que sans réforme profonde, « Haïti restera toujours un État en faillite aux yeux de l’opinion internationale ».