MIAMI, lundi 20 avril 2026 (RHINEWS)- Le procès fédéral tenu à Miami dans l’affaire de l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse continue de reposer largement sur les déclarations de coopérants clés, dont le ressortissant colombien Germán Alejandro Rivera García, alias « Colonel Mike », ancien militaire présenté comme l’un des coordinateurs du groupe de mercenaires impliqués dans l’opération du 7 juillet 2021.
Selon les éléments versés au dossier et rapportés notamment par le Miami Herald, Rivera décrit une chaîne de décision progressive ayant transformé une opération initialement présentée à certains participants comme une action de neutralisation politique en un projet explicite d’assassinat. Il affirme que cette évolution a été comprise par l’ensemble des 22 anciens militaires colombiens engagés dans la mission, qui auraient été informés que l’objectif était une attaque contre la résidence présidentielle visant directement le chef de l’État.
Dans son témoignage, Rivera explique avoir été influencé par les propos de plusieurs intermédiaires, notamment Arcángel Pretel Ortiz, qu’il identifie comme un acteur central du réseau logistique. Il déclare que Pretel lui avait présenté le président haïtien comme « responsable de tous les maux et souffrances du peuple haïtien », ce qui l’aurait amené à estimer qu’une action violente pouvait être « justifiée ». Il affirme avoir relayé cette perception à un autre interlocuteur identifié comme M. Pineda, en déclarant qu’« un groupe de Colombiens serait justifié de tuer le président d’Haïti ».
Rivera met également en cause plusieurs autres participants dans la structuration du complot. Il cite James Solages, présenté comme l’un des coordinateurs sur le terrain, à qui il attribue des instructions d’une extrême radicalité. Selon sa déposition, Solages aurait ordonné que l’ensemble des personnes présentes dans la résidence présidentielle soient exécutées, déclarant qu’il fallait « assassiner le président ; assassiner la femme du président, assassiner les enfants du président, la grand-mère et le grand-père ; assassiner les agents de sécurité, assassiner le chien, le chat et le perroquet », ajoutant que « toutes les personnes dans cette maison devaient mourir, qu’il n’y avait personne d’innocent ».
Rivera affirme avoir rejeté cette directive, indiquant qu’il aurait répondu aux autres membres du commando : « nous n’allons pas faire cela », en précisant selon ses propres mots que « l’objectif que nous avons est le président ». Il décrit ainsi des tensions internes au sein du groupe sur l’étendue de la violence à exercer.
Dans la structuration du réseau, Rivera désigne également Antonio Intriago, chef de la société CTU Security, qu’il dit avoir cherché à tenir à l’écart de certains détails opérationnels. Des échanges de messages présentés au jury suggèrent que Rivera et Pretel auraient convenu de ne pas informer Intriago de l’imminence de l’attaque, désignée sous le terme codé de « party ». Dans un message cité au procès, Pretel écrit : « Si tu n’as pas dit à Tony, laisse comme ça. Laissons-le tranquille. »
Le témoin situe également le rôle de Joseph Félix Badio, ancien responsable haïtien présenté comme un intermédiaire politique et opérationnel. Joseph Félix Badio aurait, selon lui, rejoint la phase finale du dispositif, apportant une coordination supplémentaire aux déplacements du groupe. Rivera affirme que Badio était présent dans le convoi ayant quitté la zone de rassemblement dans les heures précédant l’attaque et qu’il a entendu ce dernier dire à un groupe comprenant des policiers haïtiens et des Colombiens : « It’s time. It should be easy. »
Le commando, selon Rivera, s’était auparavant réuni dans une résidence située dans une zone montagneuse appartenant à l’homme d’affaires haïtien Rodolphe Jaar. C’est là qu’il affirme avoir compris que l’objectif n’était plus ambigu et concernait directement une attaque contre la résidence présidentielle. Il précise que plusieurs véhicules ont ensuite été mobilisés pour se diriger vers la résidence officielle.
Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, Rivera décrit un convoi composé de plusieurs voitures. Il affirme que Badio occupait le véhicule de tête avec deux Colombiens, tandis que lui-même se trouvait dans un second véhicule et qu’une troisième équipe était chargée de pénétrer dans la résidence. Il indique que deux groupes de Colombiens sont entrés dans la maison, tandis que d’autres restaient à l’extérieur pour sécuriser le périmètre.
Concernant le déroulement précis de l’assaut, Rivera déclare ne pas savoir qui a tiré les coups mortels ayant entraîné la mort de Jovenel Moïse ni ceux ayant blessé son épouse, Martine Moïse. Il affirme toutefois que les gardes présidentiels présents auraient déposé leurs armes sans résistance à l’arrivée des assaillants. Cette version est contestée par l’accusation, qui estime que des éléments auraient été altérés ou manipulés par certains accusés.
Rivera rapporte également des échanges internes autour de la protection ou de l’élimination de certains acteurs. Il affirme avoir entendu des propositions visant à assassiner des policiers haïtiens présents sur les lieux, proposition qu’il dit avoir refusée en observant la peur des agents sur place. Il déclare : « Je pouvais voir la peur des policiers haïtiens dans leurs visages », expliquant qu’il s’est opposé à une escalade de violence supplémentaire.
Le témoin évoque aussi un projet politique post-assassinat. Selon ses déclarations, certaines discussions prévoyaient que la juge Windelle Coq Thélot puisse être installée au pouvoir après l’opération, accompagnée par des membres du commando jusqu’au palais national afin de prêter serment.
Dans les heures suivant l’assassinat, Rivera décrit une phase de confusion et de réorganisation interne. Il affirme que les participants ont tenté de coordonner leurs versions des faits et de contrôler la circulation des informations, notamment à travers des échanges de messages et des instructions visant à limiter les divulgations internes.
Il indique également avoir été détenu par les autorités haïtiennes après son arrestation, affirmant avoir subi des actes de torture pendant sa détention, notamment des coups, des blessures physiques graves et des conditions de détention dégradantes avant son transfert vers les États-Unis en janvier 2023.
Le témoignage de Rivera, qui a plaidé coupable et coopère avec les autorités américaines, est utilisé par les procureurs fédéraux pour établir l’existence d’un réseau transnational structuré impliquant des acteurs colombiens, haïtiens et américains dans la planification et l’exécution de l’assassinat de Jovenel Moïse. La défense, pour sa part, continue de soutenir des hypothèses alternatives sur la chronologie de la mort du président et le rôle exact des différents groupes présents sur les lieux.
Les éléments cités proviennent des audiences du tribunal fédéral de Miami et des enquêtes publiées par le Miami Herald, notamment ses comptes rendus détaillés des témoignages et des pièces présentées au jury dans le dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse.

