PORT-AU-PRINCE, samedi 9 mai 2026 (RHINEWS)- Le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a estimé que les récentes condamnations prononcées aux États-Unis dans le dossier de l’assassinat du président Jovenel Moïse constituent une avancée importante, tout en affirmant que de nombreuses zones d’ombre demeurent autour des auteurs intellectuels, des commanditaires et des circuits financiers liés au crime.
Lors d’une interview à RHINEWS, le directeur exécutif du RNDDH, Pierre Espérance, a rappelé que le procès organisé à Miami par la justice américaine avait abouti, le vendredi 8 mai 2026, à des verdicts contre plusieurs accusés ayant plaidé coupable ou collaboré avec les autorités américaines dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du chef de l’État haïtien, tué le 7 juillet 2021 à sa résidence privée de Pèlerin 5.
Selon lui, malgré ces développements judiciaires, « le procès n’a pas encore permis de connaître clairement qui a commandité le crime, qui sont les auteurs intellectuels et les véritables auteurs matériels ». Il a soutenu que plusieurs personnes visées par l’enquête se trouvent toujours en Haïti et n’ont pas encore comparu devant la justice.
Le responsable du RNDDH a également affirmé que des éléments déjà révélés dans les procédures judiciaires américaines pointaient vers des complicités internes impliquant « des responsables de la sécurité au plus haut niveau », notamment au sein du Palais national et de la Police nationale d’Haïti, ainsi que des proches collaborateurs du président assassiné. Il a évoqué aussi des individus liés à l’ancien président Michel Martelly.
Pierre Espérance a dénoncé des « campagnes de dénigrement » visant certaines personnes, dont lui-même n’ayant rien avoir avec cette affaire, affirmant que « pendant que des faits sont exposés devant les tribunaux, certains cherchent à intoxiquer l’opinion publique afin de détourner l’attention de la justice ».
Le défenseur des droits humains a également critiqué l’absence de collaboration de certains proches du président assassiné avec les enquêteurs haïtiens et américains. Selon lui, « des membres de la famille présidentielle, des collaborateurs et des responsables politiques n’ont jamais réellement coopéré avec la justice pour faire avancer l’enquête ».
Le RNDDH a par ailleurs insisté sur la nécessité d’accélérer l’instruction judiciaire en Haïti. L’organisation a rappelé qu’après plusieurs changements de magistrats instructeurs, le dossier se trouve actuellement devant la Cour d’appel, où un juge poursuit les investigations.
L’organisation a appelé le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) et le ministère de la Justice à fournir au magistrat chargé du dossier les garanties sécuritaires, logistiques et matérielles nécessaires pour poursuivre l’enquête « avec sérénité » et « sans considérations politiques, économiques ou sociales ».
« Il faut que le juge puisse travailler librement, avec toute la protection nécessaire pour lui et son équipe », a déclaré Pierre Espérance, estimant que les autorités judiciaires devaient évaluer rapidement les besoins du magistrat afin d’éviter toute pression ou tentative de manipulation.
Le responsable du RNDDH qui a répondu vendredi à une invitation du juge en charge de l’enquête, a également appelé à approfondir le volet financier du dossier. Il a évoqué des mouvements de fonds ayant transité avant l’assassinat à travers des banques privées en Haïti et estimé que les autorités devaient déterminer l’origine et la destination des transactions afin d’identifier les commanditaires du crime.
Selon lui, les autorités haïtiennes devraient demander à la Banque de la République d’Haïti d’exiger la coopération des banques commerciales dans le cadre des investigations financières.
« La société haïtienne doit comprendre comment un commando a pu pénétrer dans la résidence présidentielle, assassiner le chef de l’État et repartir sans véritable résistance », a-t-il déclaré, jugeant « inacceptable » que plusieurs années après les faits, les motivations profondes du crime et les responsabilités exactes ne soient toujours pas totalement établies.
Le RNDDH affirme poursuivre ses propres recherches sur le dossier et assure vouloir continuer à collaborer avec les autorités judiciaires afin que toute la lumière soit faite sur l’assassinat de Jovenel Moïse.

