Renan Hédouville dénonce des violations massives des droits humains et fustige le rôle de l’ONU et le cadre électoral prévu pour 2026…

Renan Hédouville, Protecteur du Citoyen

PORT-AU-PRINCE, lundi 15 décembre 2025 (RHINEWS)- La situation des droits humains en Haïti et dans le monde est marquée par des violations graves, systématiques et persistantes, estime l’ancien Protecteur du citoyen, Renan Hédouville, dans un texte de réflexion rendu public à la mi-décembre, à l’approche de l’année 2026.

Selon Renan Hédouville, le mois de décembre, traditionnellement associé aux commémorations liées aux droits humains, ne saurait être célébré dans un contexte mondial et national qu’il juge alarmant. « Il est inconcevable de dire qu’on a joyeusement commémoré certaines de ces dates », affirme-t-il, estimant que la réalité actuelle « compromet l’effectivité des droits humains » à l’échelle planétaire  .

Dans son analyse, l’ancien protecteur évoque des violations massives observées en 2025 à travers le monde, citant des cas d’arrestations arbitraires, de détentions politiques et de persécutions. Il mentionne notamment l’arrestation en Tunisie d’Ahmed Néjib, figure historique de l’opposition, la détention du maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu en Turquie, la condamnation du journaliste français Christophe Gleize en Algérie, ainsi que des persécutions visant des communautés chrétiennes au Nigéria  . Il fait également référence à des violences électorales en Tanzanie et à l’arrestation en Iran de la lauréate du prix Nobel de la paix 2023, Nargès Mohammadi, soulignant qu’elle a été récompensée pour « son combat contre l’oppression des femmes en Iran et pour la promotion des droits de l’homme »  .

S’agissant d’Haïti, Renan Hédouville affirme que l’exercice des droits civils et politiques est « mis à rude épreuve », notamment à la suite de la publication d’un décret électoral annonçant la tenue des élections générales en août 2026. Selon lui, l’exclusion de personnalités sanctionnées par le Conseil de sécurité de l’ONU pour leurs liens présumés avec des gangs armés soulève de sérieuses interrogations juridiques. Il se demande « en vertu de quel principe ou de quel texte juridique » un Conseil électoral provisoire ou l’Exécutif pourrait écarter des citoyens d’un processus électoral dit démocratique et inclusif  .

Renan Hédouville rappelle que la Déclaration universelle des droits de l’homme garantit le droit à un procès équitable et la présomption d’innocence. Il cite notamment l’article 10 de la DUDH, selon lequel « toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial », ainsi que l’article 11 affirmant que toute personne est présumée innocente jusqu’à l’établissement légal de sa culpabilité  .

L’ancien Protecteur du citoyen critique par ailleurs le rapport du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) accusant le commissaire du gouvernement de Miragoâne, Jean Ernst Muscadin, d’exécutions extrajudiciaires. Il s’interroge sur ce qu’il qualifie d’« acharnement » contre ce magistrat, tout en relevant l’absence de réaction du BINUH face à des crimes particulièrement violents commis par des gangs, dont la mort d’un nourrisson à Kenscoff en février 2025 et l’assassinat de Micheline Dor en 2023  .

De manière plus générale, Renan Hédouville dresse un tableau qu’il qualifie de « catastrophique » de la situation sociopolitique en Haïti, estimant que « tous les principes fondamentaux en matière de droits humains sont aujourd’hui au rouge », notamment le droit à la sécurité, le respect du droit à la vie, la protection de l’enfance et l’exercice des droits civils et politiques  .

Il dénonce également ce qu’il décrit comme une « politique des droits de l’homme à géométrie variable » de l’Organisation des Nations unies en Haïti. À ce titre, il rappelle l’introduction du choléra en 2010 par un contingent onusien, affirmant que cette épidémie a causé plus de 10 000 décès, et déplore l’absence de réparations effectives pour les victimes, plus de quinze ans après les faits  .

Renan Hédouville évoque enfin l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, qualifié de « crime révoltant », et regrette l’absence de commission d’enquête internationale sous l’égide de l’ONU, malgré des demandes répétées. Il souligne que la justice américaine a, de son côté, engagé des poursuites et prononcé plusieurs condamnations, tandis que le traitement du dossier par la justice haïtienne reste, selon lui, « indigne et révoltant »  .

Tout en reconnaissant la gravité de la situation, l’ancien Protecteur du citoyen appelle à rester mobilisés à l’approche de 2026. Il estime que le pays doit mener un combat contre « la tyrannie, l’oppression et la violence téléguidée », afin de parvenir à « une paix durable en Haïti, axée sur le développement économique et social et sur la stabilité politique »  .