GENÈVE (Suisse), mardi 6 janvier 2026 (RHINEWS)- L’intervention militaire menée par les États-Unis au Venezuela et la capture du président Nicolás Maduro continuent de provoquer de vives réactions au sein des Nations unies, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HCDH) estimant mardi que l’opération « a porté atteinte à un principe fondamental du droit international » et affaibli l’architecture de la sécurité collective.
S’exprimant devant la presse à Genève, la porte-parole du HCDH, Ravina Shamdasani, a rejeté l’argument avancé par Washington, qui invoque le bilan « déplorable et de longue date » du gouvernement vénézuélien en matière de droits humains pour justifier l’intervention. « La responsabilité des violations des droits humains ne peut être établie par une intervention militaire unilatérale en violation du droit international », a-t-elle déclaré.
Dans la nuit de vendredi à samedi, des forces spéciales américaines ont pris le contrôle de sites stratégiques à Caracas ainsi que de plusieurs zones côtières du pays. À l’issue de l’opération, le président Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores, ont été capturés puis transférés aux États-Unis, où ils font l’objet de mandats d’arrêt pour trafic de drogue et d’autres crimes. Placé en détention, M. Maduro a comparu lundi devant un juge fédéral à Manhattan. Selon des informations de presse, il a clamé son innocence lors de l’audience et affirmé avoir été « enlevé » par Washington.
« Loin d’être une victoire pour les droits humains, cette intervention militaire, qui contrevient à la souveraineté vénézuélienne et à la Charte des Nations Unies, porte atteinte à l’architecture de la sécurité internationale, rendant chaque pays moins sûr », a ajouté Mme Shamdasani, faisant écho aux inquiétudes exprimées par de nombreux observateurs quant au risque de précédents similaires dans d’autres États.
Pour le bureau des droits de l’homme de l’ONU, les enjeux dépassent largement le seul cas du Venezuela. La porte-parole du HCDH a appelé la communauté internationale à « s’unir et à parler d’une seule voix », soulignant que les événements du week-end constituent « une violation du droit international établi par les États membres ». Cette position a été reprise la veille lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, au cours de laquelle le Secrétaire général de l’ONU a appelé au « plein respect » des principes inscrits dans la Charte des Nations Unies, notamment la souveraineté des États et la non-agression.
« Il est clair que cette opération a porté atteinte à un principe fondamental du droit international, selon lequel les États ne doivent pas menacer ou recourir à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État », a insisté Mme Shamdasani. « La question est de savoir si les États membres respectent et défendent les lois et la Charte qu’ils ont eux-mêmes établies, non pas de manière sélective, mais dans leur ensemble. »
Lors de la réunion du Conseil de sécurité lundi, les États-Unis ont défendu une lecture radicalement différente de l’événement. Leur représentant, Mike Waltz, a qualifié l’opération de simple « mise en œuvre de la législation » américaine, affirmant que Nicolás Maduro avait été arrêté comme « un trafiquant » afin d’être jugé aux États-Unis « pour les crimes perpétrés contre notre population depuis quinze ans ». Washington assume ainsi une conception extraterritoriale de l’État de droit, qu’il justifie également par des impératifs de sécurité.
Le HCDH s’inquiète parallèlement des conséquences immédiates de l’intervention sur la situation intérieure du Venezuela. L’état d’urgence décrété par les autorités samedi suscite, selon Mme Shamdasani, de sérieuses préoccupations, dans la mesure où il autorise des restrictions à la liberté de circulation, la saisie de biens jugés nécessaires à la défense nationale, ainsi que la suspension du droit de réunion et de manifestation.
Ces mesures interviennent dans un contexte de durcissement autoritaire documenté de longue date. Lors de sa dernière intervention devant le Conseil des droits de l’homme, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, avait mis en garde contre une « répression qui s’approfondit », évoquant la militarisation croissante de la société vénézuélienne et les menaces visant journalistes et défenseurs des droits humains. « Le verrouillage de l’espace civique s’est intensifié, étouffant les libertés », avait-il déclaré, citant notamment des cas de détentions arbitraires et de disparitions forcées.
Sur le plan humanitaire, la situation du pays demeure critique. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), 7,9 millions de personnes, soit plus d’un quart de la population, ont besoin d’une aide humanitaire urgente après des années de déclin économique, de répression et d’instabilité. « Ce qui s’est passé au niveau politique au Venezuela est très dramatique, mais pour la grande majorité de la population, la situation humanitaire quotidienne n’a pas changé de manière radicale », a déclaré à Genève Jens Laerke, porte-parole de l’OCHA. « La situation telle qu’elle était immédiatement avant la crise perdure donc à ce jour, et c’est sur cette base que nous allons poursuivre notre travail humanitaire cette année. »
Parmi les personnes identifiées comme ayant besoin d’assistance, environ 900 000 présentent des besoins jugés « très élevés », notamment en matière d’alimentation, de nutrition, d’éducation et de santé, des services que « l’État vénézuélien n’a pas été en mesure de fournir à ses citoyens depuis plusieurs années ». Malgré la mobilisation de la quasi-totalité des agences onusiennes, l’action humanitaire reste entravée par un déficit chronique de financements. En 2025, seuls 17 % des plus de 600 millions de dollars requis pour le plan de réponse humanitaire ont été réunis, faisant du Venezuela l’une des crises les moins financées au monde.
La situation demeure également préoccupante pour les millions de Vénézuéliens ayant fui le pays au cours de la dernière décennie. S’il est encore trop tôt pour mesurer l’impact de l’intervention américaine sur les flux migratoires, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) affirme surveiller étroitement l’évolution de la situation aux frontières. « Bien sûr, nous suivons de près la situation et les mouvements transfrontaliers, et nous nous associons à d’autres agences des Nations Unies et à des partenaires humanitaires pour soutenir les efforts de secours d’urgence et protéger les personnes déplacées dans le besoin, selon les nécessités », a déclaré à Genève la porte-parole du HCR, Eujin Byun.
Malgré des ressources insuffisantes, les Nations unies réaffirment ainsi leur engagement aux côtés du peuple vénézuélien, dans un contexte marqué à la fois par une crise politique majeure, une détérioration persistante de la situation des droits humains et une urgence humanitaire durable.

