ONU : “le Conseil de sécurité se reunit mercredi pour se pencher sur le renouvellement du mandat du BINUH face à l’aggravation de la crise en Haïti”…

Les membres du Conseil de Securite de l'ONU en reunion...

NEW YORK, lundi 19 janvier 2026 (RHINEWS)- Le Conseil de sécurité des Nations unies devrait se prononcer ce mercredi 21 janvier 2026 sur un projet de résolution visant à renouveler le mandat du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), qui arrive à expiration le 31 janvier, dans un contexte marqué par une détérioration continue de la situation sécuritaire, politique et humanitaire dans le pays.

Les membres du Conseil doivent également tenir leur briefing trimestriel sur Haïti. Le Représentant spécial du Secrétaire général et chef du BINUH, Carlos Ruiz Massieu, est attendu pour présenter un exposé sur les développements récents ainsi que sur le dernier rapport du Secrétaire général consacré à la mission. Des consultations à huis clos devraient suivre cette séance.

Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti est plongée dans une crise multidimensionnelle marquée par l’impasse politique, une violence extrême et une situation humanitaire jugée critique. Selon les Nations unies, des groupes armés contrôlent désormais environ 90 % de Port-au-Prince, recourant à des meurtres, enlèvements et violences sexuelles « dans un climat d’impunité généralisée ».

Ces derniers mois, les gangs ont étendu leurs activités au-delà de la capitale, notamment dans des zones des départements de l’Artibonite et du Centre. Des attaques armées fin novembre et début décembre 2025 ont fait plusieurs victimes et provoqué des déplacements massifs de population dans le Bas-Artibonite. D’après le dernier rapport du Secrétaire général publié en octobre 2025, les homicides intentionnels dans l’Artibonite et le Centre ont augmenté de 210 %, avec 1 303 victimes recensées entre janvier et août 2025, contre 419 sur la même période en 2024.

Le rapport du BINUH fait état d’au moins 1 247 personnes tuées et 710 blessées entre le 1er juillet et le 30 septembre 2025. Les opérations des forces de sécurité sont responsables de 61 % des morts et blessés, tandis que les attaques de gangs représentent environ 30 % des victimes. Neuf pour cent des cas sont attribués à des groupes d’autodéfense. Le BINUH souligne que « 22 % des victimes lors des opérations anti-gangs étaient des résidents touchés par des balles perdues à leur domicile ou dans le cadre de leurs activités quotidiennes », ajoutant que certains agents de sécurité « ont continué à exécuter sommairement des personnes soupçonnées de liens avec des gangs ».

Depuis mars 2025, la Police nationale d’Haïti a recours à des drones visant des membres de gangs, avec l’appui de contractants militaires privés américains. Selon le BINUH, ces opérations ont causé la mort d’au moins 547 personnes entre mars et septembre 2025, dont 20 civils, parmi lesquels 11 enfants. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a estimé que « la plupart de ces frappes de drones sont probablement illégales au regard du droit international des droits humains ».

Sur le plan sécuritaire international, le Conseil de sécurité a adopté le 30 septembre 2025 la résolution 2793, autorisant la transformation de la Mission multinationale de soutien à la sécurité en une « force de suppression des gangs » pour une période initiale de 12 mois. Cette force, distincte d’une mission onusienne, est mandatée pour mener des opérations directes contre les gangs, avec un effectif autorisé de 5 550 personnels. La résolution prévoit également la création d’un Bureau d’appui des Nations unies en Haïti pour soutenir cette force.

La situation politique demeure incertaine, avec un risque de vide institutionnel à l’approche de l’expiration, le 7 février, du mandat du Conseil présidentiel de transition. Bien qu’un décret électoral ait été adopté en décembre 2025, les autorités de transition ont renoncé à un référendum constitutionnel précédemment annoncé.

La crise humanitaire reste aiguë. Selon l’UNICEF, environ 1,4 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, dont plus de 741 000 enfants, et 5,7 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë. L’agence s’inquiète également du retour forcé de centaines de milliers de Haïtiens depuis la République dominicaine « souvent sans documents ni soutien », exposés à des risques de « sans-abrisme, de violence, d’exploitation et d’apatridie de fait ».

Le renouvellement du mandat du BINUH constitue l’enjeu central pour le Conseil de sécurité en janvier. Plusieurs membres estiment essentiel de préserver l’intégrité de la mission et de lui garantir les ressources nécessaires afin de soutenir un processus politique « dirigé et approprié par les Haïtiens », la gouvernance, les droits humains et la protection des populations civiles, alors que les divergences persistent au sein du Conseil sur l’approche sécuritaire à adopter face à la crise haïtienne.