OEA : les États-Unis remettent en question l’utilité de l’organisation face aux crises au Venezuela et en Haïti…

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SAINT JOHN’S, ANTIGUA-ET-BARBUDA, vendredi 27 juin 2025 (RHINEWS)Le sous-secrétaire d’État américain Christopher Landau a prononcé, hier, un discours à la tonalité directe et critique devant l’Assemblée générale de l’Organisation des États américains (OEA), mettant en cause la pertinence de l’organisation face aux grandes crises de l’hémisphère, en particulier au Venezuela et en Haïti.

S’exprimant au nom du gouvernement des États-Unis et du secrétaire d’État Marco Rubio, M. Landau a salué l’élection du nouveau secrétaire général, Albert Ramdin, tout en appelant à une transformation profonde de l’OEA. « Nous espérons bien entendu que votre mandat sera couronné de succès et que nous pourrons travailler ensemble pour rendre l’ensemble de notre continent plus sûr, plus fort et plus prospère », a-t-il déclaré.

Revenant sur les racines historiques de l’organisation, il a rappelé que les États-Unis avaient joué un rôle moteur dans la première conférence panaméricaine en 1889 et que l’OEA était issue d’un long processus visant à « promouvoir le commerce, régler les différends frontaliers et prévenir les ingérences extérieures ». Toutefois, il a interpellé les États membres : « Pouvons-nous vraiment affirmer que l’organisation atteint ses objectifs aujourd’hui ? »

M. Landau a annoncé que l’OEA faisait l’objet d’un examen stratégique dans le cadre d’un décret présidentiel émis par Donald Trump au début de son mandat. Ce décret demande au Département d’État d’évaluer si les organisations internationales auxquelles appartiennent les États-Unis sont toujours dans l’intérêt du pays. « L’OEA est évidemment l’une des organisations que nous examinons », a-t-il précisé, ajoutant : « Je ne suis pas sûr de pouvoir prédire l’issue de cet examen. »

Abordant la situation au Venezuela, le diplomate américain a évoqué « une élection volée de manière éhontée », où le régime Maduro aurait ignoré les résultats électoraux malgré les preuves apportées par l’opposition. « En réponse à cette fraude électorale éhontée, qu’a fait cette organisation ? À notre connaissance, rien de concret », a-t-il lancé, fustigeant l’inaction de l’OEA face à « un régime qui a fait passer le Venezuela d’un des pays les plus prospères de notre continent à l’un des plus misérables ».

Il a également dénoncé le simulacre d’élections organisé par Caracas en mai, visant notamment à désigner des représentants pour gouverner l’État d’Essequibo, revendiqué par le Venezuela mais situé au Guyana. « Si cette organisation n’est pas disposée ou est incapable de réagir ou de remédier à cette situation […] alors nous devons nous demander quel est l’intérêt de cette organisation », a-t-il martelé.

La crise haïtienne a également occupé une place importante dans son allocution. Qualifiant la situation d’« extrêmement décourageante », il a décrit un pays où « des gangs armés contrôlent les rues et les ports de la capitale » et où « l’ordre public s’est pratiquement totalement effondré ». Selon lui, malgré l’ampleur de la crise et ses conséquences régionales, l’OEA n’a rien entrepris de significatif. « Là encore, qu’a fait cette organisation ? », a-t-il demandé.

M. Landau a rappelé que les États-Unis ont engagé près d’un milliard de dollars pour soutenir la mission de sécurité multinationale dirigée par le Kenya et validée par les Nations unies, tout en saluant les contributions d’autres pays de la région. Il a toutefois averti : « Les États-Unis ne peuvent pas continuer à assumer ce lourd fardeau financier. » Il a ainsi lancé un appel direct à l’OEA pour qu’elle joue un rôle constructif en Haïti : « Si l’OEA n’est pas disposée ou est incapable de jouer un rôle constructif en Haïti, alors nous devons sérieusement nous demander pourquoi l’OEA existe. »

Malgré le ton ferme, le sous-secrétaire a aussi tendu la main à ses homologues : « Je suis ici pour tendre la main de l’amitié à cette organisation et à tous ceux qui veulent bien la saisir. Mais l’amitié est une voie à double sens. »

Il a exprimé son inquiétude face à une tendance, selon lui, de certains États membres ou observateurs à voir l’OEA comme un « forum pour tourmenter les États-Unis », regrettant ce climat d’opposition systématique. Il a pourtant réaffirmé l’intérêt de son pays pour une coopération économique renouvelée : « J’aimerais contribuer à canaliser les capitaux américains vers le reste de la région afin de développer des économies ‘jaguars’ des Amériques. »

Dans cette optique, il a plaidé pour l’élection de Rosa María Payá à la Commission interaméricaine des droits de l’homme, la décrivant comme « une défenseure intègre de la démocratie et des droits de l’homme » et « une voix idéale pour cet organisme ». Il a exhorté les États membres à voter pour elle lors de l’élection prévue le lendemain.

M. Landau a appelé l’OEA à passer à l’action : « L’heure n’est plus aux simples discours et slogans sur la solidarité continentale. Il est temps que l’OEA montre des résultats. Soutenons les peuples du Venezuela et d’Haïti, non seulement par nos paroles, mais aussi par nos actes. » Il a plaidé pour une organisation renforcée, au service de la démocratie, des droits humains et du développement partagé : « Nous souhaitons que cette organisation fasse partie de la solution, et non du problème. »