Me Sonet Saint-Louis dénonce le « pari risqué » de Washington en plaçant un Premier ministre de facto plutôt qu’un président provisoire…

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PORT-AU-PRINCE, jeudi 12  février 2026 (RHINEWS)- Dans une analyse de conjoncture, Me Sonet Saint-Louis, professeur de droit constitutionnel à l’Université d’État d’Haïti, critique le choix de Washington de soutenir Didier Fils-Aimé comme Premier ministre de facto au lieu de désigner un président provisoire. « Certains juristes et professeurs de droit manipulent les concepts qu’ils emploient, souvent à l’emporte-pièce. En Haïti, malheureusement, on a fini par tout galvauder — pouvoir monocéphale, pouvoir bicéphale, transition — au point de vider ces notions de leur sens », explique-t-il.

Pour l’expert, le système haïtien, fondé sur la Constitution de 1987, repose sur une séparation souple des pouvoirs. Le président de la République ne peut dissoudre le Parlement, et le Premier ministre doit constituer son contrepoids, révoqué uniquement par le législatif. « Cette démocratie parlementaire protège les citoyens contre l’arbitraire des gouvernants et garantit que toutes les autorités agissent dans le respect de la loi », précise-t-il.

Me Saint-Louis souligne que l’arrivée de Didier Fils-Aimé marque un retour au monocéphalisme, absent de l’architecture constitutionnelle haïtienne. « Ce qui existe actuellement dans notre pays n’a pas de nom stabilisé : c’est un chaos institutionnel, structuré sous la forme d’un autoritarisme non régulé », note-t-il, dénonçant un exécutif échappant aux principes de contrôle mutuel et de responsabilité politique.

L’avocat insiste sur le fait que les ministres du cabinet de Fils-Aimé n’exercent plus de responsabilité collective. « Il est juridiquement et constitutionnellement anormal d’affirmer que le Premier ministre gouverne avec le Conseil des ministres. Les ministres qui font partie du cabinet de Fils-Aimé ne sont pas des gouvernants, mais de simples collaborateurs qu’il peut révoquer à volonté », explique-t-il, rappelant que le principe de solidarité ministérielle exige la collégialité des décisions.

Me Saint-Louis attire également l’attention sur le rôle de Washington dans ce dispositif. « Le niveau de confort politique que reçoit Fils-Aimé de l’international est le même que celui qu’avait le Dr Ariel Henry à une époque. Pourtant, il avait été évacué du pouvoir et remplacé par un CPT qui a terminé sa course dans la honte », souligne-t-il. L’expert estime que cette intervention américaine conforte un pouvoir concentré entre les mains d’un seul homme, au détriment des institutions et de la légalité constitutionnelle.

L’analyste met en garde contre la prolongation illimitée de ce pouvoir de facto. « Une transition sans délai, sans inclusivité, sans accord politique, sans réformes structurelles ou constitutionnelles et sans peuple n’est pas une transition : c’est une confiscation du pouvoir, habillée en promesse d’élections », avertit-il. Me Saint-Louis insiste sur la nécessité d’une participation effective du peuple pour légitimer toute action politique et éviter le glissement vers l’arbitraire et l’autoritarisme.

Enfin, il souligne que le mandat de Fils-Aimé semble sans limite. « Le nouvel homme fort du pays a déclaré qu’il ne remettra pas le pouvoir tant qu’un gouvernement issu des élections ne sera pas établi. Son gouvernement de facto se fixe ses propres contraintes, qui ne dépendent que de sa volonté, de sa morale ou de son tuteur américain », conclut-il, dénonçant un écart profond avec les principes républicains et constitutionnels prévus par la loi.