Le renvoi du Premier ministre bute sur le droit, selon Me Guerby Blaise…

Post image

PORT-AU-PRINC, lundi 26 janvier 2026 (RHINEWS)- L’avocat et constitutionnaliste haïtien Me Guerby Blaise estime que la controverse autour du renvoi du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé relève moins d’un désaccord politique que d’une impasse juridique créée par les lacunes des décrets encadrant le Conseil présidentiel de transition (CPT).

Réagissant à des analyses publiques récentes, notamment celles du politologue Sauveur Pierre Étienne et de l’analyste Guichard Doré, Me Blaise reconnaît la « pertinence » de leurs lectures politiques tout en contestant leurs conclusions juridiques. Selon lui, la fonction de Premier ministre ne découle pas d’une « seule résolution politique », mais d’un mécanisme cumulatif prévu par les textes en vigueur.

« La qualité de Premier ministre résulte à la fois d’une décision politique, prise par vote majoritaire au sein du CPT, et d’un acte juridique, à savoir la publication de cette résolution au Journal officiel », rappelle-t-il, en se fondant sur le décret créant le CPT et celui du 27 mai 2024 relatif à son fonctionnement.

Au cœur du blocage, Me Blaise pointe l’article 11 de ce décret, qui confie exclusivement au président du CPT, Laurent Saint-Cyr, la responsabilité de transmettre les résolutions adoptées au Journal officiel. « Cette transmission incombe au seul président du CPT, qui ne devrait pas se délier de sa responsabilité », soutient-il, ajoutant qu’aucune disposition ne prévoit une suppléance ou une sanction en cas de refus ou d’empêchement du président d’agir.

L’avocat souligne que la suppléance prévue à l’article 17 du décret « se cantonne à la tenue des réunions du Conseil » et « ne s’étend pas aux actes de représentation administrative et juridique du CPT ». Dès lors, en l’absence de publication formelle de la résolution de renvoi, « Alix Didier Fils-Aimé demeure juridiquement le Premier ministre du pays », affirme-t-il.

Me Blaise dit avoir alerté « les conseillers-présidents et la société civile » sur la « rédaction lacunaire » des décrets fondateurs du CPT. Il estime aujourd’hui que les signataires de la résolution de renvoi « paient les conséquences de leur choix de préférer la cupidité et la flatterie à la compétence juridique ». Selon lui, le soutien affiché par plusieurs partenaires internationaux — dont l’Union européenne, les États-Unis, la France et le Canada — à l’égard du Premier ministre est, dans ce contexte, « juridiquement légitime ».

Abordant la question plus large de la gouvernance de la transition, Me Blaise rappelle qu’il s’était opposé dès l’origine à ce qu’il qualifie de « mauvaise gouvernance » du CPT, allant jusqu’à appeler à sa dissolution. Il soutient que la légitimité du Premier ministre est liée à « l’existence et à la durée juridique du CPT », tout en mettant en garde contre une interprétation extensive de l’article 28.1 du décret du 27 mai 2024. « L’article 149 de la Constitution ne s’applique pas dans ce contexte juridique et politique », insiste-t-il, rejetant l’idée d’une suppléance présidentielle automatique par le Conseil des ministres.

À l’approche de la fin du mandat du CPT, fixée au 7 février 2026, Me Blaise estime que le Premier ministre pourrait être appelé à « liquider les affaires courantes », tout en perdant la capacité « d’engager juridiquement l’État ». Il appelle enfin la société civile et les acteurs politiques à proposer « une négociation intelligente » avec la communauté internationale afin d’éviter une nouvelle crise institutionnelle, évoquant la possibilité d’un bicéphalisme intégrant le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire comme « co-pouvoir de l’État ».

Dans un avertissement final, l’avocat invite le chef du gouvernement à la prudence : « Alix Didier Fils-Aimé devrait se méfier des mêmes opportunistes et flatteurs » qui, selon lui, ont contribué aux impasses actuelles du processus de transition.