NEW-YORK, vendredi 11 juillet 2025 —Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait voter lundi matin 14 juillet sur un projet de résolution visant à renouveler le mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) pour une période de six mois et demi, jusqu’au 31 janvier 2026. Le texte a été rédigé par le Panama et les États-Unis, coresponsables du dossier haïtien au sein du Conseil.
Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, la situation sécuritaire et humanitaire en Haïti n’a cessé de se détériorer. Les gangs armés contrôlent une large partie de la capitale, Port-au-Prince, et étendent leur emprise sur d’autres régions du pays. Malgré la présence de la Police nationale haïtienne (PNH) et de la mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) dirigée par le Kenya, les efforts pour endiguer la violence peinent à produire des résultats concrets, faute de moyens suffisants en équipements et en financement.
L’ONU alerte régulièrement sur les graves violations des droits humains commises par les gangs, notamment les enlèvements, les violences sexuelles, les abus contre les enfants et les exécutions extrajudiciaires. Le trafic d’armes et de munitions continue d’alimenter ces exactions. Le Secrétaire général a également dénoncé dans son dernier rapport du 27 juin les violences perpétrées par des « groupes d’autodéfense » ainsi que des abus commis par les forces de l’ordre haïtiennes. En parallèle, près de 1,3 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays en raison des violences, sans qu’une réponse humanitaire d’envergure ne se matérialise, faute de financements suffisants de la communauté internationale.
Dans ce contexte, le Secrétaire général a recommandé que le mandat du BINUH soit prolongé d’un an, en insistant sur la nécessité de doter la mission des ressources logistiques et sécuritaires adéquates pour fonctionner dans un environnement aussi hostile. Cependant, les co-auteurs du projet de résolution ont opté pour une extension plus courte, qualifiée de « prolongation technique » par des diplomates, dans l’attente d’évolutions sur plusieurs dossiers majeurs concernant l’engagement des Nations Unies en Haïti.
Le projet de résolution en bleu – dernière version officielle avant le vote – reconduit donc le mandat actuel du BINUH tel que défini dans la résolution 2743 adoptée en juillet 2024. Cette décision de limiter l’extension à six mois et demi vise à permettre au Conseil d’ajuster l’approche des Nations Unies une fois que certains éléments clés auront été clarifiés, notamment les suites à donner à une lettre du Secrétaire général datée du 24 février. Dans cette lettre, Antonio Guterres propose diverses options d’appui additionnel des Nations Unies à la mission MSS, dont la création d’un Bureau de soutien de l’ONU chargé d’un appui logistique et opérationnel.
Les membres du Conseil ont discuté de ces propositions à huis clos le 30 juin, sans toutefois parvenir à une position commune, en grande partie à cause de l’incertitude sur la position des États-Unis. Washington, principal bailleur de fonds de la mission MSS, n’a pas encore défini clairement son engagement futur. Selon plusieurs sources diplomatiques, « les autres membres du Conseil attendent que les États-Unis clarifient leur posture avant d’avancer sur les prochaines étapes pour Haïti ».
Parmi les autres facteurs pouvant influencer la décision du Conseil d’ici janvier 2026 figurent le renouvellement potentiel de l’autorisation de la mission MSS, qui arrive à échéance le 2 octobre, et la finalisation d’un processus interne de révision du concept de mission du BINUH. Ce processus, coordonné entre le Secrétariat de l’ONU et le BINUH, vise à adapter la mission aux réalités du terrain et à intégrer les réformes structurelles prévues dans l’initiative UN80, censée améliorer l’efficacité de l’organisation en période de crise budgétaire.
Les négociations sur le texte de la résolution ont globalement été jugées fluides. Une première version a été partagée le 27 juin, suivie d’une lecture informelle le 30 juin. Après plusieurs révisions et une procédure de silence rompue par les membres du groupe « A3 Plus » (Algérie, Sierra Leone, Somalie et Guyana), une version finale a été soumise directement en bleu le 9 juillet, sans nouvelle procédure de silence.
Un point de friction a toutefois émergé sur la manière de mentionner les recommandations du Secrétaire général. La première version évoquait la « volonté » du Conseil de les examiner. À la demande du groupe A3 Plus et avec le soutien de plusieurs pays, dont la France, le Royaume-Uni, la Grèce, le Danemark, la Slovénie, le Pakistan, la République de Corée et la Chine, les termes ont été renforcés. Le mot « volonté » a été remplacé par « intention », puis la formule « sans délai » a été ajoutée à la demande insistante des mêmes délégations. La version finale du texte exprime ainsi « l’intention du Conseil de sécurité d’examiner sans délai les recommandations du Secrétaire général ».
La Chine a également obtenu l’inclusion d’un paragraphe soulignant l’importance d’un processus politique dirigé et contrôlé par les Haïtiens. Le texte réaffirme ainsi l’engagement du Conseil en faveur « d’une solution globale, conduite et appropriée par les Haïtiens, qui s’attaque aux causes profondes des crises multidimensionnelles actuelles en Haïti ».
Malgré cet accord rédactionnel, plusieurs membres du Conseil demeurent sceptiques quant à la faisabilité de certaines options du Secrétaire général, en particulier la création d’un Bureau de soutien financé par les contributions obligatoires du budget du maintien de la paix. Les États-Unis ont exprimé à plusieurs reprises leurs réticences à voir croître ce type de financement, indiquant qu’ils n’entendaient plus assumer une part démesurée de la charge financière. À l’inverse, la Chine rappelle que « les États-Unis, ayant eux-mêmes promu la création de la mission MSS, doivent honorer leurs engagements ».
Le vote du 14 juillet sera donc l’occasion pour le Conseil de sécurité de prolonger, au moins temporairement, la présence du BINUH en Haïti, tout en laissant la porte ouverte à une redéfinition de son mandat et à une réévaluation globale de la réponse des Nations Unies à la crise haïtienne d’ici janvier 2026.

