NEW-YORK, dimanche 29 juin 2025 (RHINEWS) – Le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunira le mercredi 2 juillet pour un nouveau briefing consacré à la situation en Haïti. Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du suivi régulier de la Mission intégrée des Nations Unies en Haïti (BINUH) et sera l’occasion d’examiner le dernier rapport du Secrétaire général sur l’évolution de la crise sécuritaire, politique et humanitaire dans le pays.
C’est Miroslav Jenča, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, qui présentera les conclusions du rapport. Celui-ci dresse un tableau alarmant de la situation, marquée par « une intensification sans précédent de la violence armée, l’effondrement des institutions publiques, et une instabilité politique chronique ».
Le document, qui couvre la période d’octobre 2024 à février 2025, souligne que « les violences perpétrées par des gangs lourdement armés ont provoqué des pertes humaines massives et provoqué le déplacement de dizaines de milliers de personnes ». Selon le Secrétariat, les capacités de l’État sont « réduites à néant dans plusieurs régions du pays », tandis que les services essentiels, comme la santé, l’éducation et l’accès à la nourriture, sont « au bord de l’effondrement total ». Des zones entières, rurales comme urbaines, sont désormais confrontées à « un risque imminent de famine ».
Le rapport met aussi en lumière les limites actuelles de la Mission multinationale de soutien à la sécurité, dirigée par le Kenya. Bien que partiellement déployée, cette force « ne dispose toujours pas des moyens humains, logistiques et financiers pour enrayer la spirale de violence ». L’ONU insiste sur « l’impératif d’un appui renforcé à la Police nationale haïtienne », dont les effectifs, les infrastructures et les capacités sont jugés « gravement insuffisants ».
« Les gangs ont tiré parti de l’agitation politique et de l’incapacité des autorités à répondre efficacement à la crise sécuritaire pour intensifier leurs attaques coordonnées », prévient le rapport. Des bastions encore relativement épargnés, comme Pétion-Ville ou Kenscoff, sont désormais visés, tandis que « la brutalité croissante des exactions » inquiète particulièrement les observateurs. Au cours de la période analysée, au moins quatre massacres de grande ampleur ont été documentés à Port-au-Prince et dans l’Artibonite, chacun ayant fait entre 70 et plus de 200 victimes.
Le rapport alerte également sur l’essor du vigilantisme dans un contexte d’impunité généralisée. « La faiblesse de la réponse sécuritaire et la progression des gangs ont favorisé la prolifération de groupes d’autodéfense, souvent composés de civils armés et d’officiers de police locaux », indique le texte. Ces groupes, connus sous le nom de Bwa Kale, sont responsables d’un nombre croissant de lynchages, tandis que la police elle-même « a commis un nombre préoccupant d’exécutions extrajudiciaires ».
Malgré un embargo formel sur les armes, les groupes criminels continuent de s’approvisionner abondamment en matériel militaire. « Des quantités croissantes de fusils de calibre .50 et de munitions sophistiquées ont été observées entre les mains des gangs, renforçant considérablement leur capacité létale », affirme le rapport. Ces armes proviennent à la fois de détournements de stocks nationaux – notamment en Haïti et en République dominicaine – et de transferts illicites depuis des marchés civils régionaux.
Outre le trafic d’armes, le rapport souligne que le chaos haïtien constitue un terreau fertile pour d’autres activités criminelles transnationales, notamment la contrebande de civelles – de petites anguilles très prisées sur les marchés asiatiques. Ce commerce non réglementé, qualifié de « hautement lucratif et propice au blanchiment d’argent », bénéficie directement aux gangs et à leurs réseaux de soutien économique. « Ce trafic crée un réseau financier opaque qui alimente l’instabilité et compromet tout effort de redressement », affirme le rapport.
Enfin, les experts pointent les obstacles politiques majeurs qui freinent tout progrès. « Des ambitions concurrentes et des allégations de corruption au sein des autorités de transition ont entravé les efforts de stabilisation », constate l’ONU. « Très peu de progrès ont été réalisés vers le rétablissement de la sécurité publique ou l’organisation d’élections nationales. » Le dysfonctionnement de l’État s’est aggravé, y compris au sein même de la hiérarchie policière, où « de vives tensions internes ont sérieusement nui à la capacité opérationnelle de la force ».
La réunion du 2 juillet devrait permettre aux membres du Conseil de sécurité d’évaluer les résultats limités de la réponse internationale actuelle et de réfléchir à des ajustements stratégiques. Elle intervient alors que l’ONU lance un nouvel appel à l’aide, dénonçant un « sous-financement chronique » de son plan de réponse humanitaire, dans un pays où « plus de la moitié de la population a désormais besoin d’une assistance d’urgence ».

