PORT-AU-PRINCE, lundi 8 juin 2026 (RHINEWS) – Le Collectif du 4 Décembre (C4D) a dénoncé, dans une note publique publiée dimanche, ce qu’il qualifie de « coup de force intolérable » survenu le 5 juin au siège du Conseil électoral provisoire (CEP), où l’installation d’un nouveau directeur général aurait été imposée par les autorités gouvernementales.
Dans ce document signé par son coordonnateur général, Jean-Robert Argant, le C4D affirme que « l’utilisation d’un déploiement spectaculaire et disproportionné de forces de dissuasion pour imposer l’installation d’un Directeur général choisi unilatéralement par le gouvernement, au mépris de l’indépendance de cet organe républicain, constitue une agression flagrante contre l’Institution ».
L’organisation estime que « le choix de la brutalité politique plutôt que de la concertation est une faute impardonnable et lourde de conséquences ». Elle s’interroge également sur l’usage des forces de l’ordre dans ce dossier, demandant pourquoi la force publique est mobilisée « pour assiéger et contraindre une institution républicaine » alors qu’elle manquerait ailleurs pour combattre « la corruption, le kidnapping et le banditisme ».
Le Collectif du 4 Décembre s’adresse également au Premier ministre par intérim, Alix Didier Fils-Aimé, et aux membres de son gouvernement. Selon l’organisation, le pouvoir en place souffrirait d’« un déficit majeur de légitimité » et l’appui de certains réseaux politiques ou de la communauté internationale « ne saurait, même au pire des cas, légitimer un tel absolutisme ».
Le C4D soutient par ailleurs que, compte tenu de la fragilité de la transition politique et de l’adoption du décret électoral, un dialogue préalable aurait dû être privilégié. Il souligne que le président du CEP avait, selon ses termes, « formellement tendu la main par correspondance officielle pour aplanir les différends ».
Tout en critiquant l’action gouvernementale, le Collectif invite également le CEP à faire preuve de retenue et de pragmatisme. L’organisation estime que l’institution électorale ne doit pas « prendre d’action provocatrice » ni se laisser influencer par des « réseaux partisans » ou des « chapelles politiques avérées », afin de préserver les conditions nécessaires à l’organisation d’élections crédibles.
Dans sa déclaration, le C4D rappelle que l’organisation des élections repose, selon lui, sur une complémentarité entre le CEP, chargé des aspects techniques et organisationnels, et l’Exécutif, appelé à fournir les conditions sécuritaires nécessaires. « Toute action bafouant ce jumelage ne fera qu’exprimer une volonté manifeste et dangereuse de contrôler le processus électoral », affirme le document.
Le Collectif du 4 Décembre exhorte enfin les autorités à « cesser d’avilir nos institutions par des pratiques liberticides et rétrogrades » et à privilégier le dialogue. Il dit refuser de « cautionner cette manœuvre délibérée visant à inféoder l’institution électorale à des fins partisanes » et prévient que « tout hold-up électoral programmé sera rejeté par la population ». L’organisation soutient également que le gouvernement sera tenu pour responsable de toute dérive susceptible de menacer « la stabilité politique et l’avenir démocratique de la nation ».
« Le dialogue s’impose, messieurs ! Il n’est pas trop tard s’il s’agit de sauver notre pays », conclut le texte.

