QUARTIER-MORIN, dimanche 31 mai 2026 (RHINEWS) – L’ancien député de Quartier-Morin, Hugues Célestin, estime que la multiplication des partis politiques en Haïti traduit une profonde crise de représentativité et d’organisation de la vie politique nationale. Dans un texte intitulé « La République des partis-valises », il dénonce un système marqué, selon lui, par la prolifération de structures politiques sans véritable ancrage populaire, dans un contexte de crise sécuritaire, institutionnelle et électorale.
L’ancien parlementaire décrit avec ironie le phénomène qu’il qualifie d’« industrie des partis-valises », évoquant des responsables politiques se présentant au ministère de la Justice pour enregistrer de nouvelles formations.
« Ils venaient enregistrer leurs boutiques, laissant à d’autres le soin de dénoncer l’effondrement du système et de réclamer justice pour les citoyens abandonnés aux gangs et à la misère », écrit-il, estimant que de nombreuses organisations politiques poursuivent avant tout des objectifs de conquête du pouvoir.
Selon lui, la création de partis politiques s’est accélérée au point que « la République s’est transformée en une immense gare routière où chaque ambition personnelle dispose de son propre autobus, prêt à klaxonner au moment opportun pour se frayer un chemin vers le pouvoir ».
Retour historique sur les partis politiques
Dans son analyse, Hugues Célestin retrace l’évolution des partis politiques en Haïti depuis le XIXe siècle. Il rappelle que les premières formations structurées furent le Parti libéral et le Parti national, fondés au début des années 1870.
Le Parti libéral, explique-t-il, était principalement porté par les élites urbaines et intellectuelles, tandis que le Parti national représentait davantage les intérêts des élites rurales, des militaires et des notables provinciaux.
Malgré leurs rivalités, ces deux organisations contribuaient, selon lui, à structurer le débat sur la nature de l’État haïtien et sur les modalités de son organisation.
L’ancien député souligne que la véritable explosion du nombre de partis intervient après la chute de la dictature des Duvalier en 1986 et l’adoption de la Constitution de 1987 qui consacre la liberté d’association politique.
S’appuyant sur des données de l’International IDEA, il affirme qu’Haïti comptait environ quatre partis avant 1986, puis 35 entre 1986 et 1990, 57 entre 1991 et 1995, 69 entre 1996 et 2000, plus d’une centaine entre 2004 et 2006 et près de 144 autour de 2010.
« En 2026, le plafond semble avoir été atteint puisque le Conseil électoral provisoire (CEP) a enregistré près de 300 partis, groupements et regroupements politiques désireux de participer aux prochaines élections », souligne-t-il.
Des élections jugées difficiles dans le contexte actuel
L’ancien élu consacre une large partie de son texte à la question électorale et au contexte sécuritaire.
Il estime que les élections haïtiennes ont rarement constitué un véritable exercice de souveraineté populaire et soutient que les processus électoraux ont souvent évolué sous l’influence de la communauté internationale.
Hugues Célestin critique également le projet du CEP d’organiser simultanément le référendum constitutionnel et les prochaines compétitions électorales.
« Loin de favoriser l’expression de la souveraineté populaire, il coordonne un processus qui contribue au renforcement de la mise sous tutelle politique du pays », affirme-t-il.
L’ancien député met aussi en avant la dégradation de la situation sécuritaire, évoquant des portions importantes du territoire échappant au contrôle des autorités publiques.
« Plus de cinq millions de citoyens survivent sous la terreur des gangs, entre faim, exil intérieur, assassinats, viols, pillages, enlèvements et abandon de territoires entiers à la loi des fusils », écrit-il, jugeant que les conditions minimales pour la tenue d’élections nationales demeurent fortement compromises.
Défense d’un seuil minimal de représentativité
Dans son texte, Hugues Célestin se prononce en faveur de l’exigence prévue dans le projet de décret électoral imposant aux partis politiques de soumettre une liste d’au moins 30 000 électeurs potentiels afin de participer aux prochaines élections.
Selon lui, il est difficile d’envisager qu’une organisation aspirant à gouverner le pays soit incapable de démontrer un minimum de soutien populaire.
« Un parti politique ne saurait être une simple enseigne commerciale déposée au registre public pour exister symboliquement. Il doit démontrer son enracinement dans la société, sa capacité réelle de mobilisation citoyenne et son existence au-delà des seules périodes électorales », soutient-il.
Il estime qu’une telle disposition pourrait contribuer à rationaliser un paysage politique qu’il juge saturé de partis sans base populaire réelle, tout en renforçant la crédibilité du système électoral.
L’ancien député rappelle également que, selon lui, la faiblesse de la participation électorale illustre la crise de représentativité. Il cite notamment l’élection présidentielle de 2016, remportée par Jovenel Moïse avec environ 600 000 voix sur plus de 5,8 millions d’électeurs inscrits, dans un contexte marqué par un faible taux de participation.
Appel à une reconstruction nationale plus large
Au-delà des débats électoraux, Hugues Célestin plaide pour une réforme globale des institutions.
Il estime que la réduction du nombre de partis politiques ne saurait, à elle seule, résoudre les difficultés structurelles du pays.
« On ne répare pas une maison dont les fondations sont fissurées en repeignant simplement les murs ; de même, on ne saurait corriger les dysfonctionnements du système électoral en isolant la seule question de la réforme des partis politiques de celle, plus fondamentale, de la reconstruction nationale », écrit-il.
Selon lui, les priorités demeurent le rétablissement de l’autorité de l’État, la restauration de la sécurité sur l’ensemble du territoire et la reconstruction de la confiance entre les citoyens et les institutions.
« La reconstruction d’Haïti ne dépend pas de nouvelles règles électorales, mais de la capacité de la nation à restaurer sa souveraineté, à rebâtir ses institutions et à réconcilier le peuple avec l’action politique », conclut l’ancien député de Quartier-Morin.

