PORT-AU-PRINCE, mercredi 21 janvier 2026 (RHINEWS)- La Conférence des Pasteurs Haïtiens (COPAH) a appelé les autorités haïtiennes à engager sans délai un dialogue politique national inclusif, à garantir un transfert « responsable, transparent et pacifique » du pouvoir et à créer les conditions nécessaires à l’organisation des prochaines élections, alors que le mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT) arrive à échéance le 7 février 2026. Dans un appel solennel, l’organisation religieuse exhorte les dirigeants à s’abstenir de toute décision unilatérale engageant l’avenir du pays au-delà de cette date et à privilégier un consensus national afin d’éviter un vide institutionnel aux conséquences potentiellement « catastrophiques ».
La COPAH recommande que le dialogue associe les forces politiques, la société civile, les confessions religieuses, le secteur privé et la diaspora, dans l’objectif de définir la suite de la transition et d’assurer la continuité de l’État. Elle souligne que la responsabilité historique des autorités en place n’est « pas de gouverner indéfiniment », mais de préparer un passage de relais ordonné vers une nouvelle autorité issue de ce processus, capable de restaurer la confiance et de conduire le pays vers des élections crédibles.
« En cette heure critique, aucune ambition personnelle ni calcul partisan ne doit prévaloir sur l’intérêt supérieur de la nation », affirme l’organisation.
S’adressant à la future administration de transition, la COPAH plaide pour un rétablissement prioritaire de la sécurité et de l’autorité de l’État, notamment par le renforcement substantiel de la Police nationale, la lutte contre l’impunité et le démantèlement des réseaux criminels. Elle appelle également à la protection accrue des populations vulnérables – femmes, enfants et personnes déplacées- à travers des mécanismes humanitaires, judiciaires et psychosociaux adaptés, ainsi qu’à une réponse urgente à la crise humanitaire et alimentaire en garantissant un accès sécurisé à l’aide.
L’organisation recommande par ailleurs d’anticiper et de gérer « dignement » le retour des migrants rapatriés et de mobiliser l’assistance internationale « dans un cadre de transparence et de responsabilité » afin de restaurer la confiance des partenaires et de la population.
Ces recommandations s’appuient sur un constat que la COPAH qualifie d’alarmant. À l’approche du 7 février 2026, l’organisation estime qu’Haïti « ne peut se permettre un vide de pouvoir à la tête de l’État », alors que « de puissantes forces criminelles minent la paix, la stabilité du pays et l’existence même de l’État ».
Selon des données conjointes du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) et du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, au moins 4 006 personnes ont été tuées et 1 617 blessées entre le 1er janvier et le 31 août 2025 dans des violences principalement liées aux groupes armés. Ces violences incluent des massacres ciblés, des attaques de quartiers résidentiels, des enlèvements et des pillages, tandis que des gangs armés contrôlent une large partie de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, paralysant l’administration publique et les services essentiels.
La COPAH alerte également sur une recrudescence des violences sexuelles, qualifiées d’instruments de terreur et de domination. Les Nations unies ont documenté 6 450 incidents de violences basées sur le genre entre janvier et août 2025, dont une proportion importante de viols collectifs, souvent commis dans des zones où l’accès aux services judiciaires et sanitaires demeure très limité. L’organisation évoque en outre des déplacements internes massifs, avec plus de 1,4 million de personnes déplacées en octobre 2025 selon l’Organisation internationale pour les migrations, vivant dans des conditions précaires qui accentuent la vulnérabilité des femmes, des enfants et des personnes âgées.
Sur le plan humanitaire, la COPAH souligne que 5,7 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, se trouvent en situation d’insécurité alimentaire aiguë, dont 1,9 million en phase d’urgence, selon le Programme alimentaire mondial. Elle avertit que l’insécurité persistante entrave fortement l’accès humanitaire.
À cette crise s’ajoute la perspective de déportations massives, notamment avec la fin annoncée du Statut de protection temporaire (TPS) aux États-Unis le 3 février 2026, exposant plus de 350 000 Haïtiens au risque d’expulsion, ainsi que la poursuite des retours forcés depuis la République dominicaine.
La COPAH affirme s’engager à accompagner le processus par « la prière, l’interpellation morale et la mobilisation des consciences » et appelle les autorités à agir avec « courage, compassion et intégrité » afin d’éviter « l’effondrement total de la nation ». « Chaque jour sans action décisive rapproche Haïti d’un point de non-retour », prévient-elle, tout en estimant que des décisions prises à temps peuvent encore « sauver des vies et ouvrir un avenir » au pays.

