La COPAH dénonce la « trahison » et la « compromission » des élites et appelle à un sursaut national à l’occasion de Pâques…

Logo de la Conference des Pasteurs Haitiens (COPAH)...

PORT-AU-PRINCE, lundi 30 mars 2026 (RHINEWS)- La Conférence des pasteurs haïtiens (COPAH) a exprimé, dans un message publié à l’occasion de la commémoration de la crucifixion et de la résurrection de Jésus-Christ, « un profond sentiment de consternation » face à ce qu’elle qualifie de « reniement et de compromission de certaines élites haïtiennes », accusées de contribuer au maintien du chaos dans le pays.

Dans cette déclaration signée notamment par son président, le Dr Ernst Pierre Vincent, et son secrétaire exécutif, le pasteur Ismael Baptiste, l’organisation affirme que certaines élites « s’inscrivent dans une dynamique de collusion avec des acteurs hostiles, contribuant à maintenir et à perpétuer le chaos en Haïti », évoquant des motivations « inavouées et inavouables ». 

La COPAH met en cause des mécanismes qu’elle juge structurels dans la crise actuelle, citant notamment l’organisation d’« élections-sélections » à travers des conseils électoraux qu’elle qualifie de « fantoches », permettant selon elle l’accession au pouvoir « d’individus dépourvus des compétences nécessaires pour gouverner ». Ces structures seraient, d’après le document, influencées par « des ambassades étrangères », des partis politiques et « une frange de la classe économique ». 

L’organisation dénonce également « une succession interminable de gouvernements de transition » qui, tout en affichant la volonté d’organiser des élections, « s’abstiennent de prendre les mesures indispensables pour rétablir la sécurité ». Selon la COPAH, « tout semble mis en œuvre pour empêcher le peuple haïtien d’exercer librement son droit de choisir ses dirigeants ». 

Le message souligne par ailleurs l’articulation entre ces dynamiques internes et des influences externes, évoquant une « immixtion directe des ambassades des grandes puissances » et des « déclarations intempestives de certains diplomates » qui contribueraient à affaiblir les capacités décisionnelles de l’État haïtien et à accentuer « la perte progressive de souveraineté nationale ». 

La COPAH estime en outre que le pays est marginalisé dans les espaces de discussion relatifs à sa propre sécurité, un vide comblé, selon elle, par d’autres acteurs régionaux. Elle cite comme illustration « l’annonce récente par les autorités dominicaines de l’arrivée en Haïti d’une force de répression des gangs », jugée préoccupante. 

Dans un registre mêlant références historiques et religieuses, l’organisation affirme que « le peuple issu de 1804 […] ne peut accepter d’être réduit à un simple objet de manœuvres géopolitiques », tout en dénonçant « l’abdication de certains fils et filles du pays ». Elle établit un parallèle avec la trahison biblique en déclarant : « Si Juda a livré Jésus pour “trente pièces d’argent”, eux ont renoncé à la souveraineté et à l’autodétermination du peuple haïtien », accusant ces acteurs d’avoir trahi l’héritage de figures historiques nationales pour « des avantages dérisoires ». 

Face à cette situation, la COPAH reconnaît une « profonde consternation » et une « désillusion » partagée, mais affirme refuser « de se laisser paralyser par la honte ou le découragement », appelant à « s’armer de courage » et à persévérer. 

L’organisation insiste sur l’ampleur des conséquences des « compromissions » dénoncées, estimant que « les défenseurs de la liberté mettront du temps à s’en relever ». Elle mobilise également la symbolique pascale pour affirmer que « la résurrection transforme l’apparente défaite en victoire », exprimant la conviction que la société haïtienne peut se relever grâce à « la puissance de l’Esprit » et à l’engagement collectif. 

Dans son analyse, la COPAH considère que la crise haïtienne ne résulte pas uniquement du chaos interne, mais aussi de l’action conjointe « d’élites corrompues » et de « forces impérialistes et néocoloniales qui manipulent, exploitent et paralysent tout élan de progrès ». Elle estime que « chaque institution affaiblie » et « chaque compromission avec l’étranger » renforcent un système de domination économique et politique. 

L’organisation appelle ainsi à un engagement accru de la population et à une prise de responsabilité des élites, affirmant que « la libération n’est pas une utopie » mais qu’elle exige « intelligence », « audace », « unité » et « vision ». Elle exhorte également les acteurs nationaux à se positionner comme « de véritables interlocuteurs et partenaires de la communauté internationale, non en simples exécutants ». 

Enfin, la COPAH met en garde contre « les fossoyeurs de la nation » susceptibles de se maintenir au pouvoir par « des manœuvres électoralistes et des subterfuges », appelant à la vigilance et citant l’Évangile : « Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravisseurs ».