Jean Garry Denis dénonce une « dérive populiste » après le drame de la Citadelle…

Jean-Garry Denis, directeur executif de l'INHOPP...

PORT-AU-PRINCE, vendredi 29 mai 2026 (RHINEWS) – L’ex-directeur général du Ministère de la Culture et de la Communication (MCC), Jean Garry Denis, a dénoncé jeudi ce qu’il qualifie de « dérive populiste » des autorités culturelles à la suite du drame survenu le 11 avril 2006 à la Citadelle, qui avait coûté la vie à plus d’une trentaine de personnes.

Dans un texte intitulé « Le drame de la Citadelle : entre responsabilité institutionnelle et dérive populiste », l’ancien haut fonctionnaire estime que cette tragédie « met en évidence de graves défaillances dans la gestion et la sécurisation de ce site patrimonial ».

Selon lui, les autorités compétentes, « notamment le Ministre de la Culture et le Directeur général de l’ISPAN », auraient privilégié « une logique de désignation de boucs émissaires au sein des échelons subalternes, plutôt que d’assumer une véritable responsabilité institutionnelle visant à gérer durablement la crise et à prévenir de futurs risques ».

Jean Garry Denis affirme que plusieurs faiblesses structurelles étaient connues de longue date. Il cite notamment « une centralisation excessive des décisions et des ressources à Port-au-Prince », « une insuffisance criante de personnel », précisant que « seulement deux agents munis de bâtons » assuraient la sécurité d’un site de « 10 000 m² », ainsi qu’« un autoritarisme administratif limitant l’autonomie des autorités régionales ».

L’ancien directeur général évoque également « l’absence de suivi des requêtes formulées par les bureaux régionaux », particulièrement durant la semaine sainte, période marquée par l’arrivée de milliers de pèlerins sur le site historique.

Dans son analyse, Jean Garry Denis soutient qu’il était « prévisible qu’un site aussi emblématique, régulièrement fréquenté par de grandes foules, devienne le théâtre d’un drame en raison de son abandon par l’État ».

Il rappelle plusieurs faits antérieurs qu’il considère comme révélateurs des lacunes institutionnelles entourant la protection du monument. Il mentionne notamment le vol des couleuvrines de la Citadelle, après lequel « des initiatives du secteur privé du Nord ont appuyé la PNH dans la sécurisation du site », sans qu’une action publique durable n’ait suivi.

L’ex-responsable affirme également avoir organisé un forum sur la sécurisation des biens culturels, initiative qui aurait été « boycottée par les autorités concernées, dont l’actuel DG de l’ISPAN, alors Ministre de la Culture ».

Il soutient par ailleurs qu’une proposition de mission de la Direction générale, soumise « une semaine avant le drame » afin d’évaluer l’afflux de pèlerins et recommander des mesures de sécurité adaptées, aurait été ignorée par le titulaire du ministère.

Jean Garry Denis déplore aussi l’absence de suivi concernant des travaux d’enrochement et de maçonnerie au Fort Saint-Joseph, estimant que l’édifice a continué à « se dégrader sous l’effet des intempéries ».

Au-delà du drame lui-même, l’ancien directeur général critique « l’absence d’une politique publique cohérente et durable en matière de protection du patrimoine ». Selon lui, « les interventions ponctuelles, souvent motivées par des considérations politiques ou médiatiques, ne sauraient remplacer une stratégie nationale de sauvegarde des biens culturels ».

Il estime que « la fragilité des infrastructures, l’insuffisance des moyens humains et financiers, ainsi que le manque de coordination interinstitutionnelle traduisent une gouvernance culturelle déficiente ».

« La Citadelle, symbole de résistance et de souveraineté, mérite une gestion à la hauteur de son importance historique et identitaire », écrit-il.

Jean Garry Denis critique également la réaction des autorités après le drame, affirmant que le ministre de la Culture avait procédé à « la révocation des directeurs de l’ISPAN et du MCC dans le Nord », accusant l’un d’eux de « passivité tendancieuse ».

Il juge que l’attitude du directeur général de l’ISPAN, « demeuré silencieux face au lynchage médiatique injuste d’un cadre particulièrement productif », traduit « une absence de solidarité institutionnelle ».

Citant la formule latine « Tu quoque mi fili », il affirme qu’elle constitue « la meilleure formule historique pour qualifier ce comportement ».

En conclusion, l’ancien responsable souligne que « la culture constitue l’un des principaux vecteurs de rayonnement international et demeure un élément essentiel de cohésion nationale », appelant à la protéger « contre les dérives populistes et les instrumentalisations politiques qui menacent sa pérennité ».