“Inacceptable : le CPT et le gouvernement poursuivent leur œuvre totalitaire,” selon Sonet Saint-Louis…

Sonet Saint-Louis, Avocat

PORT-AU-PRINCE, 11 juillet 2025 (RHINEW)– Me Sonet Saint-Louis a vivement dénoncé l’initiative du Conseil présidentiel de transition (CPT) et du gouvernement haïtien visant à remplacer la Constitution de 1987 par voie référendaire, qualifiant cette démarche de « totalitaire » et de « trahison politique ». Dans une déclaration publique relayée ce jeudi, il appelle à une insoumission généralisée face à ce qu’il considère comme une imposture juridique et un danger pour la souveraineté nationale.

Selon Sonet Saint-Louis, l’avant-projet de Constitution endossé par le CPT est le fruit du travail de « crétins-fraudeurs », une expression qu’il admet avoir longtemps évité de dire publiquement en tant qu’enseignant, mais qu’il juge désormais indispensable pour qualifier le niveau de dégradation intellectuelle et juridique observé. « Ce texte est tellement dépourvu de toute valeur qu’il est inutile de le soumettre à la correction : il est bon pour la poubelle », affirme-t-il.

Il critique notamment le décret gouvernemental lançant le processus référendaire alors que, selon lui, « l’ONU vient à peine de nommer un commissaire pour gérer l’effondrement du pays ». Ce geste du pouvoir en place serait, à ses yeux, l’expression d’un autoritarisme décomplexé. « Ceux qui gouvernent notre république ne valent rien et il est temps que nous nous engagions dans une véritable radicalité pour les mettre hors d’état de nuire », a-t-il soutenu.

Trois éléments, selon le professeur, illustrent l’« imbécillité » de l’avant-projet. Le premier est l’harmonisation des mandats des parlementaires, ramenés à cinq ans. Une erreur fondamentale, selon lui, car elle méconnaît le caractère permanent du Sénat. « La Chambre des députés fonctionne comme une législature. Ce n’est pas le cas du Sénat, qui est renouvelé par tiers tous les deux ans, et dont le temps est, en quelque sorte, infini », souligne Saint-Louis, qui recommande aux auteurs du texte de lire Emmanuel Kant : « Une Constitution est avant tout une œuvre philosophique avant d’être juridique. »

Le deuxième point concerne l’introduction d’un Conseil constitutionnel aux côtés d’un pouvoir judiciaire indépendant, sans que les juges soient élus par le peuple. « C’est du bricolage », tranche Saint-Louis, qui rappelle que dans un État unitaire comme Haïti, la Cour de cassation remplit déjà la fonction de Cour suprême. Il reproche aux rédacteurs de ne pas maîtriser les bases du réalisme juridique, ni de comprendre les dangers de combinaisons institutionnelles incohérentes.

La troisième contradiction est, selon lui, un paradoxe insurmontable : « Le CPT, qui n’a aucun lien avec la Constitution, a pourtant prêté serment sur cette dernière. Il la cite pour fonder ses décisions, et la détruit aujourd’hui par décret. » Pour Saint-Louis, cette contradiction confirme l’illégitimité du processus et l’hypocrisie du pouvoir en place.

« Non à l’inadmissible ! », proclame-t-il, appelant les citoyens à organiser une révolte nationale pour empêcher l’organisation du référendum. « Chez moi, dans mon quartier, il n’y aura pas de bureau de vote », annonce-t-il. Il estime que tout citoyen lucide doit refuser de collaborer à ce qu’il qualifie de « simulacre de démocratie ».

Pour le professeur, l’heure n’est plus à la discussion mais à l’action. « Refuser de cautionner cette imposture, refuser de collaborer à un simulacre de démocratie, c’est déjà poser un acte de souveraineté », insiste-t-il, appelant les Haïtiens à dire non à « la manipulation », à « l’effacement de la volonté populaire » et à « la liquidation de notre histoire constitutionnelle ».

Face à ce qu’il nomme la « bêtise de nos élites », Sonet Saint-Louis conclut : « Nous sommes acculés à l’insoumission : elle seule peut nous protéger — à condition d’être lucide, organisée et enracinée dans l’intérêt national. »