QUARTIER-MORIN, lundi 9 février 2026 (RHINEWS)- Dans une analyse de conjoncture intitulée « Sous-traitance et simulacres », l’ancien député de Quartier-Morin, Hugues Célestin, dresse un constat sévère de la situation politique haïtienne à la veille du 7 février, date symbolique marquant à la fois l’anniversaire de la chute de la dictature duvaliériste en 1986 et l’entrée dans une nouvelle phase de transition institutionnelle.
Selon Hugues Célestin, le pays s’apprête à vivre ce moment historique dans un climat de déconnexion profonde entre la vie quotidienne des citoyens et la réalité du pouvoir central. Il décrit une atmosphère de calme apparent dans certaines localités rurales, contrastant avec une situation politique qu’il juge explosive. « Aucun de ceux qui contemplent la beauté du moment ne semble se souvenir que le lendemain scellera un sacrilège politique majeur », écrit-il, estimant que le pays est dirigé par des élites « avidement portées au sommet de l’État » et responsables d’une gouvernance qu’il qualifie de « désastreuse ».
L’ancien parlementaire affirme que les autorités ont décrété l’arrêt des activités sur l’ensemble du territoire, une décision qu’il interprète comme un aveu d’impuissance face à l’insécurité. Il soutient qu’une partie significative du pays échappe déjà au contrôle de l’État et se trouve sous l’emprise de gangs armés. Dans ce contexte, il accuse le pouvoir d’avoir recours à des pratiques coercitives pour contenir les tensions internes. « La DCPJ est instrumentalisée, détournée de sa mission républicaine et progressivement transformée en force de coercition politique », avance-t-il, évoquant une dérive autoritaire.
Hugues Célestin fait également un parallèle historique entre la chute de Jean-Claude Duvalier et la situation actuelle. Selon lui, si 1986 a mis fin à une dictature, elle n’a pas permis de juger le système qui la soutenait. « Le pouvoir s’est reconfiguré sans rompre avec ses logiques profondes », écrit-il, estimant que l’impunité et l’irresponsabilité ont été institutionnalisées à travers des transitions successives qu’il juge « truquées ».
S’appuyant sur les travaux de l’intellectuel et ancien ministre Alain Turnier, notamment Quand la nation demande des comptes, Hugues Célestin affirme que l’État haïtien peine, depuis deux siècles, à instaurer des mécanismes de reddition de comptes. « Les pouvoirs tombent sans jugement, et la nation continue de réclamer des comptes qui ne viennent jamais », souligne-t-il, établissant un lien entre les échecs passés et la crise actuelle.
L’ancien député se montre particulièrement critique à l’égard du Conseil présidentiel de transition (CPT), qu’il accuse d’avoir entretenu l’immobilisme et aggravé le chaos institutionnel. Il estime que cet organe a laissé derrière lui « un vide politique béant », un appareil d’État affaibli et un tissu social profondément fragilisé, tandis que les réseaux informels et les intérêts illicites prospéraient.
Abordant les tensions internes au sein du CPT, Hugues Célestin affirme que la désignation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’inscrit dans une logique de dépendance extérieure. « En Haïti, tous les prétendants au sommet du pouvoir attendent la bénédiction de l’ambassade américaine », écrit-il, estimant que cette dynamique perpétue une gouvernance qu’il qualifie de « sous-traitée ».
En conclusion, l’auteur appelle à une refondation politique portée par la base sociale plutôt que par les élites traditionnelles. Il affirme que « la véritable lutte pour la libération nationale » passe par la construction d’organisations populaires capables de reconstruire l’État et d’intégrer la majorité de la population dans le projet national.

