Haïti : “Sonet Saint-Louis fustige l’échec du Conseil présidentiel de transition et appelle à une refondation démocratique”…

Sonet Saint-Louis, Avocat

LA GONÂVE, vendredi 20 juin 2025 (RHINEWS)  Dans un texte au ton tranchant, l’avocat et professeur de droit constitutionnel Sonet Saint-Louis critique sévèrement la gouvernance actuelle du Conseil présidentiel de transition (CPT) et du gouvernement dirigé par Alix Fils-Aimé. Il appelle à un sursaut national en faveur d’une nouvelle architecture institutionnelle, fondée sur l’intégrité, la compétence et le respect de la souveraineté populaire.

« On se demande comment cet exécutif provisoire compte se maintenir en vie : il a tout raté — sécurité, référendum, élections », déplore Me Saint-Louis. Pour lui, les responsables en place « bluffent, rêvent et veulent prendre leurs désirs pour la réalité ».

Alors que l’année 2025 s’achemine vers sa fin, le juriste estime qu’il est déjà « trop tard » pour le CPT, accusé de n’avoir respecté « aucune de ses promesses ». « L’histoire retiendra que c’est le gouvernement le plus incapable que le pays ait connu depuis le départ des Duvalier. Je croyais que celui d’Ariel Henry était le pire. Mais chaque jour, on creuse davantage l’abîme dans la bêtise. »

Dénonçant l’argument récurrent selon lequel « le système est mauvais », Me Saint-Louis répond sans détour : « En vérité, la majorité de ceux qui nous ont gouvernés étaient des dirigeants qui, dès leur prise de pouvoir, ne savaient rien faire. […] Qu’avaient-ils accompli une fois dans la sphère publique ? Rien ! C’étaient des incapables nés, qui rêvaient de gagner leur vie par le vice. »

Cette génération de politiciens, dit-il, « ayant fait leurs classes dans le vol et le crime organisé », ne peut être porteuse d’aucun projet constructif pour Haïti. Il accuse cette classe politique de perpétuer une dynamique de domination étrangère et de chaos organisé : « Cette classe politique […] est l’instrument par lequel la domination internationale du pays est organisée et maintenue. Sa marque de fabrique : le vol, le crime et l’assassinat. »

À propos du soutien international dont bénéficie encore le CPT, Me Saint-Louis dénonce une stratégie délibérée d’effondrement de l’État haïtien. « Si une fraction de la communauté internationale cherche à la maintenir au pouvoir, ce n’est pas parce qu’il n’existe pas de solutions crédibles, mais parce que cette classe politique […] a été d’une grande utilité dans cette stratégie. »

Face à cette situation, il propose une sortie de crise claire : la désignation d’un juge de la Cour de cassation pour diriger une nouvelle transition, soutenue par un gouvernement neutre et compétent, chargé de préparer les élections générales. « Préparons-nous, de manière déterminée, à une nouvelle gouvernance, par la mise en place d’une solution de recours. »

Le professeur appelle à une large concertation politique et citoyenne en vue d’une refondation démocratique. Il insiste sur la nécessité de corriger les failles de la Constitution de 1987 et de rétablir l’autorité de l’État à travers des institutions justes, crédibles et au service du bien commun.

« Ce pays a encore en lui les ressources humaines, morales et culturelles nécessaires pour se relever. Mais cela ne se fera pas sans vigilance, sans courage, ni sans lucidité », écrit-il. Et de conclure : « L’avenir d’Haïti ne se négociera pas entre quelques mains : il se construira avec le peuple et pour le peuple. »