QUARTIER-MORIN, jeudi 6 août 2026 (RHINEWS) – L’ex-député de Quartier-Morin (Nord) Hugue Célestin estime que l’accueil réservé à l’ancien président Michel Joseph Martelly lors de son retour en Haïti, le 15 juillet dernier, illustre une crise de la mémoire politique du pays. Dans une tribune intitulée « L’ovation de l’oubli », il soutient que cette mobilisation témoigne d’une tendance à dissocier les responsables politiques de leur bilan et appelle à préserver la mémoire des crises qui ont marqué la vie publique haïtienne.
Décrivant l’ambiance qui régnait à l’aéroport international Toussaint Louverture, dans le salon diplomatique de l’aérogare Guy Malary, l’auteur évoque une foule de sympathisants venue accueillir l’ancien chef de l’État. « À contempler un tel enthousiasme, un observateur étranger aurait pu croire que le pays accueillait celui qui avait vaincu les gangs, rétabli la sécurité publique, restauré l’autorité de l’État », écrit-il, avant d’affirmer que « les apparences étaient trompeuses ».
Selon Hugue Célestin, cet accueil contraste avec la situation actuelle du pays, marquée par l’insécurité, les déplacements forcés, la pauvreté et l’affaiblissement des institutions. Il estime que « le jugement politique peut se détacher des résultats concrets des gouvernants » pour reposer davantage sur « des fidélités, des frustrations et des espérances déçues ».
Dans sa tribune, l’auteur soutient que la présidence de Michel Martelly a contribué à installer un mode de gouvernance dont les effets continueraient de peser sur les institutions haïtiennes. Il affirme que cette période a été caractérisée par le clientélisme, la concentration du pouvoir, l’affaiblissement des contre-pouvoirs et une progression de l’impunité. « On aurait tort de réduire la présidence de Michel J. Martelly à un simple mandat de cinq ans. Elle a contribué à installer une manière de gouverner dont les effets continuent de peser sur la République », écrit-il.
Hugue Célestin établit également un lien entre cette gouvernance et la montée en influence des groupes armés, tout en reconnaissant que ces derniers existaient avant l’arrivée de Michel Martelly au pouvoir. « Il existe toutefois une différence fondamentale entre hériter d’un problème et permettre qu’il prospère jusqu’à devenir l’un des principaux centres de pouvoir de la vie nationale », affirme-t-il.
L’auteur revient par ailleurs sur le dossier PetroCaribe, qu’il présente comme « le symbole le plus éclatant des dérives de cette période ». Citant le rapport d’audit publié en 2019 par la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA), il rappelle que les décaissements effectués dans le cadre du programme PetroCaribe entre septembre 2008 et septembre 2016 se sont élevés à plus de 1,6 milliard de dollars américains, dont environ 1,04 milliard de dollars, soit près de 65 %, ont été engagés sous la présidence de Michel Martelly. Il souligne que ces constats ont alimenté un débat national sur « la transparence, la reddition de comptes et la gouvernance publique ».
Hugue Célestin estime que la réhabilitation de personnalités politiques dont le bilan demeure controversé pourrait favoriser la répétition des erreurs du passé. « Une nation incapable de distinguer ceux qui l’ont servie de ceux qui l’ont conduite à sa perte compromet sa capacité à bâtir un avenir fondé sur la responsabilité, la justice et la lucidité », écrit-il.

